"Super investor", un maniaco-dépressif en mal de stabilité

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par Julien Ponthus et Christian Plumb

PARIS (Reuters) - Psychose maniaque dépressive : maladie mentale qui se traduit par des accès de surexcitation alternant avec des périodes de dépression.

La définition du Petit Robert semble aller comme un gant au "Super investor", la grand-messe annuelle du capital-investissement célébrée cette semaine dans un palace parisien.

Ebranlée par la crise financière de 2008 et la récession qui a suivi, l'industrie du private equity ne cesse d'alterner depuis entre optimisme et morosité.

"La réalité, c'est qu'avant 2007 tout le monde était trop confiant. Maintenant, tout le monde est trop inquiet", a confié à Reuters, en marge de ce salon, Guy Hands, l'emblématique et controversé patron du fonds Terra Nova.

Guy Hands, considéré par certains comme une star déchue du secteur après le rachat catastrophique de la maison de disque EMI en pleine bulle financière, déclare avoir fait son deuil de ce qu'il appelle les années "Woodstock" du private equity.

Selon lui, la bulle du crédit entre 2003 et 2007 a artificiellement généré un âge d'or du capital-investissement dont l'exubérance -pour certains observateurs- se retrouve encore dans le nom de la conférence "Super investor" où 900 personnes étaient attendues jusqu'à vendredi.

Pour Guy Hands, le secteur du capital-investissement s'oriente vers des "années frustrantes" où les fonds devront abandonner des opportunités d'investissement faute de moyens financiers.

UN MODÈLE REMIS EN QUESTION

Les "Super investors", dont les plus connus en France sont Axa Private Equity ou PAI Partners, investissent dans des entreprises non cotées pour le compte d'investisseurs institutionnels.

Ils utilisent des montages financiers fondés sur de fortes proportions de dette (LBO) pour gonfler leurs bénéfices lorqu'ils revendent, après quelques années, les entreprises qu'ils ont achetées.

Ce modèle a été remis en question par la crise de 2008 qui a fermé les robinets du crédit bancaire, limitant drastiquement les possibilités d'acquisition des fonds d'investissement.

Pire, la récession de 2009 a littéralement étranglé des entreprises rachetées sous LBO, incapables de rembourser les intérêts de la dette que les fonds avaient contractée pour les racheter.

Pour couronner le tout, les nouvelles règles prudentielles décidées pour empêcher une nouvelle crise financière ont rendu l'investissement dans le private equity plus onéreux pour les banques et les assurances, ce qui tarit les sources de financement des fonds.

COCKTAIL EXPLOSIF

La courte reprise du secteur début 2010 avait fait espérer à certains financiers que la crise de 2008 n'était qu'un incident de parcours sans impact durable. Mais la résurgence de la crise mi-2011 agite la menace d'une nouvelle tournée du cocktail explosif composé d'un mélange de 'credit crunch' et de récession.

Ce revirement de climat est d'autant plus brutal que la première moitié de 2011 avait été marquée en France par une myriade de transactions comme les ventes du groupe d'ingénierie électrique Spie, de l'administrateur de biens Foncia ou de l'équipementier ferroviaire Delachaux.

Banquiers, avocats et gérants de fonds se préparaient même au printemps dernier à un possible retour en France des "mega deals", ces opérations nécessitant l'investissement de plusieurs milliards d'euros.

Las, quelques mois plus tard, les banques ont drastiquement limité les financements.

"Il y a eu un véritable coup d'arrêt en septembre, alors qu'on s'était vu repartir au début de l'année", indiquait la semaine dernière à Reuters Antoine Ernoult-Dairaine, un dirigeant du fonds d'investissement Sagard qui a récemment racheté Croustipâte, une marque de pâte à cuire pour une valorisation estimée à 115 millions d'euros.

"Aujourd'hui, il est très compliqué de lever de la dette, plus l'opération est importante, plus c'est difficile, Il faut convaincre trois, quatre, voire cinq banques", expliquait-il.

Pour les banquiers d'affaires qui conseillent et financent les gérants de fonds, il ne fait guère de doute que peu de transactions seront finançables au-dessus de quelques centaines de millions d'euros dans les prochains mois, voire les prochaines années.

"Je pensais que les choses seraient mauvaises en termes de crédit bancaire mais pas aussi mauvaises que cela", a résumé Guy Hands, se préparant à une longe période de "frustration".

Edité par Dominique Rodriguez

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