Summers se retire de la course à la présidence de la Fed

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LAWRENCE SUMMERS RENONCE À DIRIGER LA FED
LAWRENCE SUMMERS RENONCE À DIRIGER LA FED

par Mark Felsenthal

WASHINGTON (Reuters) - Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton et ex-conseiller économique de Barack Obama, a décidé de se retirer de la course à la présidence de la Réserve fédérale américaine, a annoncé dimanche le président américain.

"J'ai parlé à Larry Summers aujourd'hui et accepté sa décision de retirer sa candidature à la présidence de la Réserve fédérale", a déclaré Barack Obama.

"Larry a été un membre essentiel de mon équipe lorsque nous avons été confrontés à la pire crise économique depuis la Grande dépression (des années 30). Je lui serai toujours reconnaissant de son dévouement infatigable au service du pays, et je suis impatient de continuer à profiter de ses conseils à l'avenir", a souligné le président.

Lawrence Summers, qui a la réputation d'un brillant économiste et d'un politicien avisé, était considéré comme le favori pour la succession de Ben Bernanke, dont le second mandat à la tête de la Fed expire en janvier.

Mais le nom de Summers a été matière à polémiques du fait de son soutien aux mesures de déréglementation dans les années 1990 mais aussi pour des propos qu'il a tenus sur les aptitudes des femmes alors qu'il était président de l'université de Harvard.

Avec le retrait de Summers, la grande favorite est désormais Janet Yellen, vice-présidente de la Fed depuis 2010, âgée de 67 ans.

Vingt sénateurs démocrates ont d'ores et déjà signé une lettre appelant Barack Obama à nommer Janet Yellen, qui, si elle était choisie par la Maison blanche, puis confirmée par le Congrès, deviendrait la première femme à accéder à la présidence de la Fed.

KOHN, GEITHNER, FERGUSON...

Cet ancien professeur de l'Université de Berkeley en Californie fut notamment présidente de la banque de la Réserve fédérale de San Francisco et chef de l'équipe des conseillers économiques de la Maison blanche sous Bill Clinton.

La nomination de Janet Yellen n'est cependant pas acquise.

D'autres noms circulent pour succéder à Ben Bernanke, comme celui de Donald Kohn, 70 ans, qui s'est retiré de la vice-présidence de la Fed en 2010 après avoir travaillé pendant 40 ans au sein de la banque centrale américaine. On avance aussi le nom de Timothy Geithner, âgé de 52 ans, qui fut secrétaire au Trésor durant le premier mandat de Barack Obama, ou encore celui de Roger Ferguson, 61 ans, qui, s'il était nommé, serait le premier afro-américain à diriger la Fed.

Le numéro deux des républicains du Sénat américain, John Cornyn, avait dit jeudi qu'il voterait contre Lawrence Summers. De même, quatre démocrates siégeant à la commission bancaire du Sénat auraient sans doute voté contre lui s'il avait été le choix de Barack Obama.

"J'ai conclu, à contrecoeur, que tout processus de confirmation serait pour moi orageux et ne servirait pas les intérêts de la Réserve fédérale, de l'administration en place ou, au bout du compte, la reprise économique en cours", a dit Lawrence Summers dans une lettre à Barack Obama.

Les démocrates contrôlent 54 sièges sur 100 au Sénat, mais le successeur de Ben Bernanke devra rallier au moins 60 voix pour surmonter les obstacles de procédure - et donc convaincre une partie des élus républicains.

POURSUITE EN VUE DES TAUX BAS

Les investisseurs ont jugé que le retrait de Lawrence Summers ouvrait la voie au maintien d'une politique de taux d'intérêt bas, favorable aux actifs à risque.

En attendant l'ouverture des transactions cette semaine, les futures sur indices S&P 500 gagnaient 1% percent et les futures sur obligations du Trésor américain à 10 ans progressaient également, ce qui signifie que les rendements des titres souverains devraient baisser à l'ouverture.

Le dollar perd lui aussi du terrain contre les principales devises, le billet vert étant affecté par la perspective de taux bas .

"Les marchés (à risque) vont monter sur la nouvelle", note Scott Frew de Rockingham Capital Advisors à Hartford, dans le Connecticut. "Le marché perçoit a clairement Yellen comme étant favorable à un soutien plus massif ("dovish") que Summers."

La Fed a pris des mesures exceptionnelles pour soutenir la croissance depuis la crise financière, précipitée par la faillite le 15 septembre 2008 de Lehman Brothers. Elle a injecté environ 2.750 milliards de dollars (2.070 milliards d'euros) dans les marché en cinq ans et achète actuellement 85 milliards de dollars de titres du Trésor et créances hypothécaires par mois.

Cette vague d'argent facile a très largement contribué à la hausse de Wall Street à des records historiques, ainsi qu'à la baisse des rendements des obligations du Trésor à des plus bas record. L'ensemble des marchés mondiaux, notamment les marchés émergents, ayant également profité de cet afflux de dollars.

Mais l'annonce par la Fed depuis quelques mois de son intention de procéder à un démantèlement progressif de ce programme, si la croissance et l'emploi sont au rendez-vous, a inversé la tendance et renvoyé les rendements des titres du Trésor à leurs plus hauts niveaux en deux ans.

Lors de sa réunion du comité de politique monétaire de mardi et mercredi, la Fed devrait décider de l'ampleur de la réduction de son programme de rachats d'actifs, mettant ainsi fin à des mois d'incertitudes sur les marchés.

Mark Felsenthal, avec Luciana Lopez et Rodrigo Campo, Eric Faye et Juliette Rouillon pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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