Suez craint une crise durable dans les déchets

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par Benjamin Mallet et Elena Berton

PARIS (Reuters) - La baisse des volumes de déchets traités par Suez Environnement en Europe devrait atteindre 3% environ en 2012 et elle risque de se poursuivre "au moins" au premier semestre 2013, a déclaré lundi le directeur financier du groupe.

Jean-Marc Boursier, lors d'un entretien à Reuters, a aussi déclaré que les hausses d'impôts des entreprises prévues dans le budget de la France pour 2013 pénaliseraient les résultats du spécialiste du traitement de l'eau et des déchets à hauteur de 30 millions d'euros en année pleine.

La baisse de la production industrielle a affecté au premier semestre la performance de l'activité Déchet Europe du groupe, numéro deux mondial des services à l'environnement, entraînant une réduction de 3,2% des volumes traités à fin juin.

"On reparlera précisément des ?guidances' au mois de février mais, si les fermetures d'usines et les plans sociaux se poursuivent, il est certain qu'il y aura un effet rémanent et les volumes continueront à baisser sur le premier semestre 2013", a dit Jean-Marc Boursier.

"Quand on discute avec nos grands clients industriels producteurs de déchets - ArcelorMittal, Renault, Peugeot, Saint-Gobain ou encore Lafarge -, leur visibilité sur la partie européenne est faible. Mais il est certain que nous sommes dans une phase de contraction de la production industrielle partout en Europe."

Pour s'adapter à cette conjoncture, Suez Environnement a annoncé fin juin qu'il augmentait de 40 millions d'euros l'objectif de son plan de réduction de coûts Compass, le portant ainsi à 150 millions pour 2012, et qu'il réduisait de 100 millions son programme d'investissements, à 1,2 milliard.

"UN RISQUE POUR LE DYNAMISME"

Dans la collecte de déchets, le groupe prévoit de réduire sa flotte de véhicules - quelques centaines de camions sur 12.000 en Europe -, de ne plus recourir aux heures supplémentaires, de diminuer l'appel aux intérimaires et de moins recruter, a expliqué Jean-Marc Boursier.

Dans le traitement, Suez Environnement envisage de fermer ou mettre sous cocon une quinzaine de sites d'ici à la fin de l'année, un plan qui concerne en particulier la France, la Grande-Bretagne et le Benelux.

En France, les impôts supplémentaires sur les entreprises vont en outre pénaliser la compétitivité de Suez Environnement et l'obliger à faire par ailleurs de nouvelles économies, selon le directeur financier.

"Les mesures (d'économies), malheureusement, vont passer par un rééquilibrage de nos investissements et de nos recrutements entre l'Europe et le reste du monde. Il est certain qu'on va aller chercher la croissance là où elle se trouve", a-t-il dit.

"Oui, on va désendetter le budget a court terme, mais on risque de casser la croissance et de réduire le dynamisme."

Jean-Marc Boursier a notamment estimé que la taxe sur les dividendes et la réduction de la déductibilité des frais financiers - qui s'ajoutent à des hausses du taux d'impôt sur les sociétés et du forfait social - compliqueraient l'accès aux financements.

CROISSANCE DE 5% À MOYEN TERME EN ESPAGNE

Le directeur financier de Suez Environnement a réaffirmé que les activités espagnoles du groupe restaient peu affectées par les conséquences de la crise de la dette, et que celle-ci pourrait même accélérer le mouvement de privatisations dans le secteur de l'eau en Espagne.

Sa filiale Agbar, dont les activités sont cantonnées à l'eau, est en particulier très peu exposée aux collectivités locales espagnoles et facture directement aux consommateurs en s'efforçant d'étaler dans le temps les hausses de tarifs.

"Devant les difficultés financières, de plus en plus de collectivités locales sont tentées de privatiser la gestion du service", a souligné Jean-Marc Boursier, citant des villes telles que Madrid, Valence, Barcelone, Alicante, Séville ou Saragosse.

Contrairement à la France, où la consommation d'eau baisse de 1,2% par an en tendance depuis une dizaine d'années, Suez Environnement table sur une stabilité en Espagne d'ici à 5 ans.

Toujours à moyen terme, le groupe vise cependant une croissance de 5% sur le marché domestique d'Agbar, avec un effet prix de 3% à 4% complété par de nouveaux contrats.

La France et l'Espagne ont respectivement représenté 36% et 10% du chiffre d'affaires de Suez Environnement au premier semestre. La société a enregistré en 2011 un résultat net, part du groupe, de 323 millions d'euros.

A 16h35, l'action Suez Environnement prenait 0,78% à 8,889 euros, contre un gain de 1,29% pour l'indice sectoriel européen des "utilities". La capitalisation boursière du groupe atteint 4,53 milliards d'euros.

Edité par Dominique Rodriguez

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