Subventions étatiques : "Toute aide publique aux entreprises est une forme d'intervention dans la gestion des entreprises" (Marie-George Buffet)

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Boursorama a envoyé 10 questions d'ordre économique à l'ensemble des candidats à la présidentielle.

4) Concernant les subventions aux entreprises : quels sont les critères pour justifier une aide de l’Etat ?

Marie-George Buffet : Toute aide publique aux entreprises est une forme d'intervention dans la gestion des entreprises. D'ailleurs, les dispositifs existants, fondés sur la baisse du coût du travail, sont des incitations à multiplier les emplois à bas salaires, les emplois précaires et le sous emploi (temps partiel contraint) qui sont tous massivement aidés. Cela modèle un type de gestion qui pousse à baisser les coûts de l’entreprises en écrasant les coûts salariaux, tout en mobilisant le crédit et les profits de l’entreprise pour les investissements et placements financiers à l’opposé d’une conception de la gestion et de mobilisation des ressources financières des entreprises favorisant l’efficacité par l’économie de moyens matériels et financiers (avec des partages et des mutualisations) et par la promotion des capacités humaines des salariés (avec la formation, les qualifications, l’amélioration de l’organisation et des conditions de travail). C'est pourquoi il faut proposer des dispositifs d’aides publiques aux entreprises favorisant ainsi d'autres objectifs sociaux et une autre logique financière pour inciter à d’autres choix de gestion. C'est le sens de la proposition d'incitation à la création d'emplois par des baisses sélectives de charges financières du crédit plutôt que par des baisses de charges sociales patronales.

Jean-Marie Le Pen : Nous souhaitons supprimer 10% des subventions d’Etat aux entreprises (environ 6 milliards d’euros). De plus, toutes les aides aux entreprises qui auront délocalisé devront être remboursées. En revanche, des aides spécifiques en direction d’entreprises appartenant à des secteurs stratégiques et menacées de disparition ou d’OPA hostiles seront maintenues dans le principe.

Olivier Besancenot : Je suis pour supprimer toute subvention ou allégement de charge aux entreprises privées. Elles les empochent et licencient quand même. En 20 ans, leur montant a été multiplié par 15, sans effet sur l’emploi : si le chômage avait été divisé par 15, ça se saurait !

Dominique Voynet : Je suis, sur le principe, opposée aux aides publiques à destination des entreprises mobiles, et donc des grandes entreprises. Des études de l’Insee ont montré que ces aides ont peu d’impact sur les décisions de localisation, qu’elles constituent de l’argent de poche, un effet d’aubaine, pour les grandes entreprises qui mettent en concurrence des territoires similaires pour glaner quelques millions d’euros. Une étude menée dans la région Nord-Pas-de-Calais montre que le même montant d’argent public versé à Toyota et à la caisse solidaire régionale, qui est une sorte de fonds d’investissement solidaire, a créé beaucoup plus d’emploi dans le second cas que le premier. Les économies faites sur les aides aux grandes entreprises peuvent donc être utilisées de manière très créatrices d’emplois non délocalisables auprès des PME et dans l’économie sociale et solidaire. Pour aller dans le bon sens, ces aides publiques seront conditionnées au développement d'activités écologiquement soutenables et/ou socialement utiles.

Ségolène Royal : Une aide publique doit être justifiée par la création d’emplois et de valeur associée à un projet d’entreprise innovant. Aujourd’hui, les aides publiques, qui se montent au total à près de 65 milliards d’euros par an, sont distribuées sans conditions. Je propose, pour ma part, de réserver les aides publiques aux entreprises qui s’engagent à ne pas licencier quand elles dégagent des profits, ainsi qu’à celles qui innovent et qui recrutent. A l’inverse, les aides versées à des entreprises qui délocalisent devront être remboursées.

Philippe de Villiers : Je m’oppose au dirigisme et à l’interventionnisme socialiste comme au libéralisme sauvage. La voie que je préconise est celle du patriotisme économique, qui implique que l’Etat puisse se porter au secours de ses fleurons lorsqu’ils sont menacés. Pour cela je mettrai en place une grande politique contre les OPA hostiles des entreprises étrangères, qui délocalisent ensuite dans les pays à bas coûts. Cette réglementation protectrice sera fondée sur le modèle du dispositif américain (Trade Act, section 301), qui interdit toute prise de contrôle étrangère d’un secteur stratégique.

Lire l'intégralité du questionnaire économique envoyé aux candidats

Nicolas Sarkozy (UMP), François Bayrou (UDF), Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), Frédéric Nihous (CPNT), José Bové (Gauche antilibérale) et Gérard Schivardi (Candidat de Maires soutenu par le Parti des Travailleurs) n'ont pas répondu à ce questionnaire.
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