Strasbourg se débarrasse des bidonvilles, pas des Roms

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LA VILLE DE STRASBOURG A RÉSORBÉ LE PROBLÈME DES BIDONVILLES
LA VILLE DE STRASBOURG A RÉSORBÉ LE PROBLÈME DES BIDONVILLES

par Gilbert Reilhac

STRASBOURG (Reuters) - Confrontée à un afflux de population rom venue d’Europe de l’Est, la ville de Strasbourg a choisi de ne démanteler aucun camp sans offrir un relogement assorti d’une démarche d’insertion, une politique qui porte aujourd’hui ses fruits.

Quatorze bidonvilles abritant 470 personnes, majoritairement roms et roumaines, étaient recensés en 2012 dans la capitale européenne, après que l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’Union européenne, en 2007, eut ouvert les frontières à ces migrants pauvres.

Quatre ans plus tard, le dernier camp, où résident 26 personnes – dans des caravanes mises à disposition par la ville -, doit fermer à la fin de l’année.

Cent vingt-cinq adultes ont trouvé un emploi et obtenu un accès au logement pour eux et leur famille, soit 175 personnes.

Une trentaine de familles, soit 112 personnes, ont choisi de repartir, vers la Roumanie, l’Espagne ou l’Italie, voire "peut-être dans des villes où il y a des bidonvilles", reconnaît Jean-Claude Bournez, coordinateur de la "cellule Roms" de Strasbourg.

Restent 210 personnes toujours hébergées dans l’un des deux "espaces temporaires d’insertion" créés à partir de fin 2011 et où des travailleurs sociaux assistent la population.

"J’avais dit que, pour éradiquer ces bidonvilles insalubres et illégaux, il fallait leur proposer des solutions leur permettant de s’intégrer", a rappelé le maire socialiste Roland Ries, lors d’une conférence de presse à Strasbourg.

Le 31 juillet 2010, Nicolas Sarkozy, créait la polémique, dans son discours de Grenoble, en liant délinquance et immigration et en demandant le démantèlement des camps où vivaient alors 15 à 20.000 Roms étrangers.

RÈGLEMENT INTÉRIEUR

Le problème n’étant pas seulement français, les institutions européennes s’en emparaient et les 47 Etats membres du Conseil de l’Europe adoptaient, le 10 octobre 2010, un plan d'action en faveur de l'intégration des Roms auquel Strasbourg s’associait.

Le 26 août 2012, conformément à une promesse de François Hollande, les préfets ont été invités à mettre fin aux campements illicites en proposant des solutions alternatives.

Le projet d’insertion s’est alors inscrit dans une "Maîtrise d’oeuvre urbaine et sociale" (Mous), un dispositif pour l’accès au logement des plus démunis d’une durée de trois ans, d'un montant total d’environ 2,7 millions d’euros.

Les occupants des camps sont invités à intégrer l’un des espaces municipaux moyennant la signature d’une "convention d’occupation temporaire" de six mois renouvelable, assortie d’un règlement intérieur stipulant les droits et devoirs de chacun.

L'obligation de scolariser les enfants ou de suivre des cours de français pour les adultes y figure. Si la mendicité n’est pas interdite, celle des mineurs n’est plus tolérée.

Des actions d’insertion et de formation sont menées pour rapprocher de l’emploi une population dont la moitié ne comprend pas le français et dont un quart n’a jamais fréquenté l’école.

LE CHANTIER RESTE OUVERT

Si Marie-Dominique Dreyssé, adjointe écologiste chargée du dossier, se félicite que la municipalité ait "toujours fermé les sites sur la base du volontariat", des arrêtés d’expulsions pris et jamais exécutés ont pu aider à vaincre des réticences.

Le chantier reste ouvert. Un tiers des personnes encore hébergées en caravane sont en grande difficulté, qu’il s’agisse de personnes âgées ou handicapées.

Les emplois, dans les domaines du bâtiment, des espaces verts, du nettoyage ou de l’aide à la personne, sont à 80% des contrats de deux ans dans des entreprises d’insertion. La scolarisation se heurte à l’absentéisme pour un tiers des enfants, principalement au niveau du collège.

"Ces personnes ont été intégrées progressivement et on peut aujourd’hui les considérer comme strasbourgeoises", se félicite néanmoins Yonatan Shimells, de Médecins du monde, une association qui, quoique partenaire du programme, n’a pas hésité, parfois, à critiquer la municipalité.

Il s’interroge ainsi sur les moyens "plus ou moins détournés" par lesquels la ville s’efforce d’empêcher l’arrivée de nouveaux Roms, ce que reconnaît à demi-mots le maire.

"Nous estimons que nous ne pouvons pas accepter de nouvelles population roms. Nous avons fait le job. Il faut que la solidarité nationale joue à plein", affirme Roland Ries.

(Edité par Yves Clarisse)

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