Strasbourg se débarrasse des bidonvilles, pas des Roms

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    * Une démarche d'insertion qui porte ses fruits 
    * De nombreux Roms ont trouvé un emploi 
    * La mairie s'efforce d'empêcher de nouvelles arrivées 
 
    par Gilbert Reilhac 
    STRASBOURG, 29 septembre (Reuters) - Confrontée à un afflux 
de population rom venue d'Europe de l'Est, la ville de 
Strasbourg a choisi de ne démanteler aucun camp sans offrir un 
relogement assorti d'une démarche d'insertion, une politique qui 
porte aujourd'hui ses fruits. 
    Quatorze bidonvilles abritant 470 personnes, majoritairement 
roms et roumaines, étaient recensés en 2012 dans la capitale 
européenne, après que l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie 
dans l'Union européenne, en 2007, eut ouvert les frontières à 
ces migrants pauvres. 
    Quatre ans plus tard, le dernier camp, où résident 26 
personnes - dans des caravanes mises à disposition par la ville 
-, doit fermer à la fin de l'année.  
    Cent vingt-cinq adultes ont trouvé un emploi et obtenu un 
accès au logement pour eux et leur famille, soit 175 personnes.  
    Une trentaine de familles, soit 112 personnes, ont choisi de 
repartir, vers la Roumanie, l'Espagne ou l'Italie, voire 
"peut-être dans des villes où il y a des bidonvilles", reconnaît 
Jean-Claude Bournez, coordinateur de la "cellule Roms" de 
Strasbourg. 
    Restent 210 personnes toujours hébergées dans l'un des deux 
"espaces temporaires d'insertion" créés à partir de fin 2011 et 
où des travailleurs sociaux assistent la population. 
    "J'avais dit que, pour éradiquer ces bidonvilles insalubres 
et illégaux, il fallait leur proposer des solutions leur 
permettant de s'intégrer", a rappelé le maire socialiste Roland 
Ries, lors d'une conférence de presse à Strasbourg. 
    Le 31 juillet 2010, Nicolas Sarkozy, créait la polémique, 
dans son discours de Grenoble, en liant délinquance et 
immigration et en demandant le démantèlement des camps où 
vivaient alors 15 à 20.000 Roms étrangers. 
             
    RÈGLEMENT INTÉRIEUR 
    Le problème n'étant pas seulement français, les institutions 
européennes s'en emparaient et les 47 Etats membres du Conseil 
de l'Europe adoptaient, le 10 octobre 2010, un plan d'action en 
faveur de l'intégration des Roms auquel Strasbourg s'associait. 
    Le 26 août 2012, conformément à une promesse de François 
Hollande, les préfets ont été invités à mettre fin aux 
campements illicites en proposant des solutions alternatives. 
    Le projet d'insertion s'est alors inscrit dans une "Maîtrise 
d'oeuvre urbaine et sociale" (Mous), un dispositif pour l'accès 
au logement des plus démunis d'une durée de trois ans, d'un 
montant total d'environ 2,7 millions d'euros. 
    Les occupants des camps sont invités à intégrer l'un des 
espaces municipaux moyennant la signature d'une "convention 
d'occupation temporaire" de six mois renouvelable, assortie d'un 
règlement intérieur stipulant les droits et devoirs de chacun. 
    L'obligation de scolariser les enfants ou de suivre des 
cours de français pour les adultes y figure. Si la mendicité 
n'est pas interdite, celle des mineurs n'est plus tolérée. 
    Des actions d'insertion et de formation sont menées pour 
rapprocher de l'emploi une population dont la moitié ne comprend 
pas le français et dont un quart n'a jamais fréquenté l'école. 
     
    LE CHANTIER RESTE OUVERT 
    Si Marie-Dominique Dreyssé, adjointe écologiste chargée du 
dossier, se félicite que la municipalité ait "toujours fermé les 
sites sur la base du volontariat", des arrêtés d'expulsions pris 
et jamais exécutés ont pu aider à vaincre des réticences. 
    Le chantier reste ouvert. Un tiers des personnes encore 
hébergées en caravane sont en grande difficulté, qu'il s'agisse 
de personnes âgées ou handicapées. 
    Les emplois, dans les domaines du bâtiment, des espaces 
verts, du nettoyage ou de l'aide à la personne, sont à 80% des 
contrats de deux ans dans des entreprises d'insertion. La 
scolarisation se heurte à l'absentéisme pour un tiers des 
enfants, principalement au niveau du collège. 
    "Ces personnes ont été intégrées progressivement et on peut 
aujourd'hui les considérer comme strasbourgeoises", se félicite 
néanmoins Yonatan Shimells, de Médecins du monde, une 
association qui, quoique partenaire du programme, n'a pas 
hésité, parfois, à critiquer la municipalité. 
    Il s'interroge ainsi sur les moyens "plus ou moins 
détournés" par lesquels la ville s'efforce d'empêcher l'arrivée 
de nouveaux Roms, ce que reconnaît à demi-mots le maire. 
    "Nous estimons que nous ne pouvons pas accepter de nouvelles 
population roms. Nous avons fait le job. Il faut que la 
solidarité nationale joue à plein", affirme Roland Ries. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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  • dotcom1 il y a 2 mois

    "Le projet d'insertion s'est alors inscrit dans une Maîtrise d'oeuvre urbaine et sociale (Mous)". Je pense que tout est dit!!