Stephen Burrows (Pictet AM) : « Les pays émergents redeviennent attractifs »

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Les Bourses des pays émergents ont particulièrement souffert depuis le début de la crise financière. Pour autant, la résistance des marchés domestiques et les très faibles valorisations de certains acteurs locaux rendent ce compartiment à nouveau attractif, à condition d’être particulièrement sélectifs selon Stephen Burrows, gérant actions émergents chez Pictet Asset Management.

Est-ce vraiment le bon moment pour investir dans les pays émergents ?

Stephen Burrows : Il y a fondamentalement des opportunités à saisir pour les investisseurs même si une grande prudence s’impose dans le choix des secteurs et des zones géographiques. Les prévisions de croissance sont revues à la baisse dans de nombreux pays émergents mais beaucoup de mauvaises nouvelles sont intégrées dans les cours. Nous sommes revenus aux niveaux des crises précédentes (cf. 1998). Le PE de l’indice MSCI Emerging Markets n’est que de 8 contre 10,2 pour le MSCI World. Le moment paraît donc intéressant pour revenir aux fondamentaux d’autant que certains pays disposent de marchés domestiques en pleine croissance et augmentent leurs dépenses d’infrastructure. Si la croissance mondiale va ralentir, les marchés émergents vont accroître cependant leur contribution à cette croissance.

Sur quels critères sélectionnez-vous les valeurs composant vos fonds valeurs émergentes, en particulier PF Emerging Markets ?

S.B : Nous menons une analyse financière rigoureuse en nous basant plutôt sur la valorisation boursière des sociétés en rapport avec la valeur réelle de leurs actifs plutôt que sur leurs prévisions de bénéfices. Notre univers est composé à 70% d’entreprises industrielles, à 20% de valeurs financières et à 10% de sociétés dans les services ou la propriété intellectuelle. Nous apprécions particulièrement en ce moment les valeurs télécoms ou les utilities.

Quelles sont actuellement les trois plus grosses capitalisations du fonds PF Emerging Markets ?

S.B : Le producteur russe Gazprom (2,2% du fonds) dont les réserves gazières et pétrolières se payent en Bourse moins de 3 dollars par baril ! C’est une valeur très bon marché. Nous avons aussi Kazmunaigas en portefeuille (2,1%), producteur gazier et pétrolier basé au Kazakhstan qui dispose aussi d’importantes réserves et dont la valorisation boursière est inférieure à la valeur des liquidités disponibles inscrites à son bilan ! Enfin, l’opérateur mexicain de télécoms America Movil (2,1%) très présent en Amérique Latine et qui enregistre une fort développement au Brésil.

Tout de même, la chute du prix du baril et plus généralement le dégonflement de la bulle des matières premières affectent en priorité les pays émergents...

S.B : Il est vrai que les valeurs de commodities représentent un tiers de la composition de l’indice MSCI Emerging Markets, une proportion deux fois supérieure à celle observée dans les pays développés. Cela explique pourquoi la Russie ou le Brésil enregistrent des performances relativement faibles depuis six mois mais souvenons-nous cependant que la majorité de ces entreprises énergétiques sont largement bénéficiaires. En revanche, si le baril passait sous la barre des 40 dollars, certains pays auraient des difficultés pour financer certaines dépenses d’infrastructures mais ayons à l’esprit que la moyenne du prix du baril sur l’année 2008 s’établit toujours à près de 100 dollars.

Propos recueillis par Julien Gautier


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