Stéphane Cadieu (Federal Finance) : « Les entreprises ont tendance à relever leurs perspectives annuelles »

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Les niveaux actuels de cours intègrent toujours des scénarios très pessimistes alors que le risque d'une rechute de l'activité reste peu probable selon Stéphane Cadieu, directeur de la gestion actions chez Federal Finance.

Les résultats plutôt encourageants mais sans grandes surprises des « stress tests » sur les banques européennes (pour rappel : sept banques recalées sur 91 établissements européens) vous ont-ils rassuré ?

Stéphane Cadieu : Nous n'attendions pas de révélations cruciales étant donné que ces tests de résistance n'étaient pas perçus comme très agressifs car limités aux « trading books » des banques. Nous n'avions d'ailleurs pas d'inquiétudes majeures sur le secteur bancaire européen. Les besoins de capitalisation se concentrent sur des petits acteurs nationaux : « cajas » en Espagne, banques régionales allemandes etc. La situation française est plus rassurante. Les établissements bancaires hexagonaux ont une longueur d'avance en matière de consolidation par rapport à l'Allemagne ou à l'Espagne.

Ces tests étaient-ils nécessaires et convaincants en soi ?

S.C : L'origine de ces tests de résistance est essentiellement politique. Ils interviennent de toute façon bien tard, plus de six mois après les dernières vagues d'augmentation de capital des banques et bien après les « stress tests » américains d'avril 2009. En fait, je ne pense pas que les investisseurs européens éprouvaient des craintes réelles. Il s'agissait surtout de rassurer les investisseurs non-résidents. Les tests qui seront engagés dans le cadre de l'adoption des normes de Bâle III devraient être plus pertinents. D'ici là, les banques devraient pouvoir se refinancer sans difficultés majeures sur les marchés.

Les marchés ont bien accueilli ces tests, sans enthousiasme particulier lundi mais les valeurs bancaires étaient orientées en forte hausse mardi. Ces dernières restent-elles attractives ?

S.C : Les valorisations du secteur bancaire demeurent très raisonnables. Les ROE implicites calculés en fonction des valorisations actuelles ressortent à des niveaux extrêmement faibles. Si une certaine prudence reste requise concernant ce secteur, des bonnes surprises ne sont pas exclues.

Plus globalement, quel est le scénario macroéconomique retenu par Federal Finance ?

S.C : Les indicateurs macroéconomiques ont tendance à décélérer aux Etats-Unis. L'économie est repartie très vite après la crise de 2009. Cette légère rechute n'indique pas cependant que nous nous dirigions vers un scénario de « double dip ». La dégradation devrait se poursuivre jusqu'en septembre mais nous n'attendons pas pour autant que l'indice ISM repasse en dessous de 50 (le niveau qui sépare une hausse d'une contraction de l'activité).

Comment voyez-vous évoluer les marchés dans les prochains mois ?

S.C : La période de publication des résultats semestriels qui n'est pas encore terminée est plutôt satisfaisante. Les entreprises, américaines notamment, relèvent leurs perspectives pour la fin de l'année et les chiffres sont bien souvent supérieurs aux attentes.

Où faut-il investir de préférence ?

S.C : Nous aimons bien les actions européennes car le marché a "pricé" un scénario qui nous semble très pessimiste. La frilosité des investisseurs se ressent aussi au vu des dividendes implicites sur les futures à 3-4 ans. Ils sont en moyenne de 40% inférieurs aux prévisions des analystes financiers. Le marché ne croit ni aux scénarios des analystes financiers ni aux prévisions des entreprises. Il peut être opportun de profiter des cours actuels et de se positionner sur des valeurs comme Michelin (bonne diversification de l'activité et exposition aux émergents) ou Publicis (stratégie pertinente d'acquisitions dans les activités numériques).

Propos recueillis par Julien Gautier

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