Star de l'architecture, Renzo Piano se bat contre la force de gravité

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L'architecte italien Renzo Piano devant une maquette du centre culturel Tjibaou de Nouméa. (AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET)
L'architecte italien Renzo Piano devant une maquette du centre culturel Tjibaou de Nouméa. (AFP PHOTO / DOMINIQUE FAGET)

(AFP) - Musée à Oslo, tour du New York Times, hôpital en Ouganda : Renzo Piano construit partout, avec bonheur. Une réussite due pour beaucoup à la méthode Piano qu'une stimulante exposition veut faire partager, à la Cité de l'architecture à Paris.

"Ce n'est pas une formule, ce n'est pas le +Discours de la Méthode+, ce n'est pas une philosophie", dit avec humour l'architecte italien, devant l'alignement de tables et de maquettes de l'exposition (jusqu'au 29 février).

"C'est même une méthode sans discours", renchérit Francis Rambert, directeur de l'Institut français d'architecture et co-commissaire de l'exposition. 

Pour Renzo Piano, qui va fêter ses 50 ans d'activité, s'il y a une méthode, elle a à voir avec le travail d'équipe, le débat, le désir de légéreté, l'envie "de faire des lieux pour les gens" .       

La plupart de ses associés font partie de l'agence depuis les années 80. "On se respecte, chacun pense que l'autre est bon, mais après on se dispute (...). On est un peu comme les Gaulois d'Astérix, s'amuse le prix Pritzker 1998. Et jamais ne se pose la question de savoir qui a eu l'idée". 

Dans le travail du Renzo Piano Building Workshop (RPBW) - 150 personnes de plus d'une vingtaine de nationalités réparties entre Paris, Gênes et New York -, il y a aussi "un désir de se battre contre la force de gravité, la plus têtue des lois de la nature, de pousser plus loin la technique, l'invention". Et le travail sur le matériau: un des derniers projets de l'agence est un centre de chirurgie pédiatrique entièrement bâti en pisé à Kampala. 

"Si méthode veut dire l'ensemble de tout ça, oui il y a une méthode Piano", résume l'architecte. 

- Pas de geste d'artiste -

C'est ce travail basé sur la discussion, le recours aux maquettes, l'échange avec le client qu'essaie de restituer l'exposition, conçue avec l'agence et la fondation de Renzo Piano : une table pour chacun des projets retenus, une quinzaine balayant toute la carrière de l'architecte, du Centre Pompidou à l'Académie des Sciences de Californie, du Parlement de Malte à la tour "The Shard" à Londres. 

Des échantillons de matériaux ou de systèmes d'assemblage, des documents et des brochures pour accompagner les maquettes: le visiteur peut prendre son temps, assis dans un fauteuil, pour entrer dans l'univers des projets. Pour chacun, l'architecte en charge en explique la genèse dans une vidéo. 

"Pas de geste de l'artiste, même si Renzo dessine énormément", dit Francis Rambert. "Je dessine tout le temps, confirme l'architecte que son célèbre feutre vert ne quitte jamais. Je le fais aussi pour le plaisir, mais c'est dangereux, on peut rester prisonnier du geste de l'esquisse". 

Même méfiance pour l'informatique. "On se fait avoir avec l'ordinateur, les images de synthèse sont toujours fausses, en mieux ou en pire". D'où l'importance de la maquette fabriquée dans un atelier maison. 

"On peut être un architecte stupide avec ou sans ordinateur, mais avec le computer, on est un imbécile plus rapide, c'est ça le drame", ironise Renzo Piano, qui a plusieurs projets en cours en France, notamment le nouveau Palais de justice de Paris et le campus universitaire créé dans la citadelle d'Amiens.  

"Je n'ai rien contre les édifices privés, mais je préfère les bâtiments publics, confie l'architecte, parce qu'ils deviennent plus facilement des lieux de partage - comme une bibliothèque, un auditorium, un musée, même un Palais de justice -, des lieux dans lesquels les mots de cité ou de civilisation ont un sens".  

En revanche, RPBW a réalisé peu de logements sociaux. "J'aimerais bien en faire, dit Renzo Piano, mais ce n'est pas l'architecte qui décide. On ne peut pas dire : +j'ai envie de faire un logement social+". 

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