Standard Chartered poursuivi pour des relations avec l'Iran

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STANDARD CHARTERED SOUPÇONNÉ DE RELATIONS AVEC L'IRAN
STANDARD CHARTERED SOUPÇONNÉ DE RELATIONS AVEC L'IRAN

par Jonathan Stempel et Carrick Mollenkamp

(Reuters) - Standard Chartered est poursuivi aux Etats-Unis dans le cadre d'une procédure qui risque de lui faire perdre outre-Atlantique sa licence bancaire en raison de soupçons de relations d'affaires dissimulées avec le régime iranien.

Selon une autorité de régulation de l'Etat de New-York, la banque britannique aurait échafaudé un système grâce auquel au moins 250 milliards de dollars de transactions réalisées avec des entités liées au gouvernement iranien ont été camouflées.

La République islamique est l'objet d'une série de sanctions, politiques et économiques, destinées à l'isoler sur la scène internationale.

Les occidentaux soupçonnent l'Iran de chercher à se doter de la bombe atomique sous couvert de son programme nucléaire, ce que Téhéran dément, affirmant que ses recherches ne visent qu'à maîtriser les usages civils de l'atome.

En aidant Téhéran, Standard Chartered a violé la législation américaine de lutte contre le blanchiment et en engrangeant de copieuses commissions sur les transactions en cause, plusieurs centaines de millions de dollars, selon l'accusation qui ajoute que la banque britannique aurait été aidée par le cabinet Deloitte & Touche, spécialisé dans les audits, qui aurait volontairement omis de transmettre des informations aux autorités.

Benjamin Lawsky, directeur du département des services financiers de l'Etat de New York, déclare que les agissements de la banque "ont laissé le système financier américain en proie à des terroristes, des marchands d'armes, des barons de la drogue et des régimes corrompus".

"En résumé, Standard Chartered Bank s'est comporté comme escroc", ajoute-t-il dans une ordonnance rendue publique ce lundi.

DES ENQUÊTES SUR D'AUTRES PAYS

Un porte-parole de Standard Chartered a déclaré que la banque "passait en revue l'historique de son respect des sanctions américaines, une revue dont elle discute avec les régulateurs américains".

"Le groupe ne peut prévoir quand cette revue et ces discussions seront terminées ni quelle en sera l'issue."

Benjamin Lawsky souligne qu'il enquête également sur des agissements "apparemment similaires" avec d'autres pays sujet à des sanctions des Etats-Unis, tels la Libye, le Myanmar et le Soudan.

Ni Deloitte ni Benjamin Lawsky ni la réserve fédérale de New York n'ont réagi dans l'immédiat après avoir été sollicités par Reuters.

Les accusations portées contre Standard Chartered illustrent comment des banques ont peut-être réussi à faire transiter des dollars américains vers des pays soumis à un régime de sanctions malgré une volonté fédérale de mettre un terme à de tels procédés.

Avec une licence bancaire accordée par l'Etat de New York, des banques étrangères peuvent gérer une plate-forme pour effectuer des transactions en dollars, la devise la plus communément utilisée dans le monde.

Sans une telle plate-forme, un établissement bancaire perdait l'accès aux marchés en dollars.

Le retrait d'une licence bancaire serait un fait sans précédent et la menace de la perdre pourrait contraindre Standard Chartered à payer une lourde amende.

Selon Benjamin Lawsky, Standard Chartered a fait transiter des sommes via son agence de New York pour le compte de clients financiers iraniens, dont la banque centrale iranienne et les banques publiques Bank Saderat et Bank Melli, soumises au régime de sanctions américain.

Au centre des accusations figure les transactions dites "demi-tour", soit de l'argent déplacé pour le compte de clients iraniens de banques en Grande-Bretagne et au Moyen-Orient puis compensé par l'agence de Standard Chartered à New York, mais dont le circuit n'a ni commencé ni fini en Iran.

De telles transactions étaient autorisées jusqu'en novembre 2008, mois où le département du Trésor les a interdites parce qu'elles étaient soupçonnées d'être utilisées pour échapper aux sanctions.

Selon l'ordonnance de Benjamin Lawsky, Standard Chartered a trouvé le moye de contourner cette interdiction en masquant la nature des transactions.

Rédaction de New York, Nicolas Delame pour le service français, édité par Matthieu Protard

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