Sri Lanka-Le retour de Rajapaksa, enjeu n°1 des législatives

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* 15 millions d'électeurs appelés aux urnes lundi * La coalition gouvernementale favorite des sondages * L'ex-président Rajapaksa espère amorcer son retour * Sa campagne a été handicapée par plusieurs dossiers judiciaires par Douglas Busvine et Shihar Aneez COLOMBO, 15 août (Reuters) - Quinze millions de Sri-Lankais sont appelés aux urnes lundi pour élire leurs députés, un scrutin dont l'ex-président Mahinda Rajapaksa veut faire la première étape de son retour au pouvoir, sept mois et demi après sa défaite à la présidentielle. Battu par le réformiste Maithripala Sirisena -- qui fut son ministre -- en janvier, Mahinda Rajapaksa, 69 ans, brigue aujourd'hui le poste de Premier ministre après avoir présidé le pays pendant dix ans, un double mandat marqué en 2009 par l'écrasement de la rébellion séparatiste tamoule, alors active depuis 26 ans dans le nord du pays. Le dernier sondage autorisé pendant la campagne des législatives, réalisé fin juillet, ne lui a toutefois laissé que peu d'espoir de remporter les législatives: près de 40% des électeurs interrogés ont déclaré juger que le Premier ministre sortant, Ranil Wickremesinghe, à la tête d'un gouvernement minoritaire, était le plus qualifié pour le poste, contre 27,5% pour Rajapaksa. Les 225 députés du Parlement sont désignés par un scrutin plurinominal à un seul tour, les électeurs pouvant choisir trois noms sur chaque liste présentée par les partis en lice. Les résultats du vote devraient être connus mardi. Les observateurs estiment que l'alliance réformiste qui a permis à Sirisena de remporter la présidentielle devrait s'assurer une majorité parlementaire et ajoutent qu'elle peut compter sur l'appui de petits partis en cas de besoin. La coalition gouvernementale bénéficie d'un large soutien au sein des minorités tamoule et musulmane, alors que Rajapaksa est donné en tête parmi les Cingalais, bouddhistes, qui représentent plus de 70% de l'électorat. C'est d'ailleurs dans les régions bouddhistes du centre du pays que Rajapaksa, a tenu plusieurs des dernières réunions publiques avant le scrutin. Il s'est ainsi rendu cette semaine à Kurunegala, la capitale de la province du Nord-Ouest, où des militants bouddhistes s'en étaient pris l'an dernier à coups de jets de pierre aux mosquées et aux boutiques tenues par des musulmans. Le chef du gouvernement provincial, Dayasiri Jayasekara, candidat à un poste de député sous la bannière du Parti libéral du Sri Lanka (SLFP) de l'ex-président, l'a présenté à cette occasion comme un "héros de guerre". Le souvenir la guerre civile est de fait loin d'être éteint, même si la publication du rapport final d'enquête des Nations unies sur les atrocités commises pendant le conflit a été repoussée à après les législatives. SOUPÇONS La tâche s'annonce d'autant plus difficile pour Rajapaksa que la fin de la campagne électorale a été perturbée par l'ouverture d'une enquête pour homicide volontaire sur le décès en 2012 d'une star locale du rugby, Wasim Thajudeen, dont le corps a été exhumé lundi. Un porte-parole du gouvernement a déclaré que le rugbyman avait été torturé à mort par trois membres des services de sécurité de Rajapaksa, des accusations réfutées par ce dernier, dont le deuxième fils, Yoshitha, était capitaine de l'équipe nationale de rugby à l'époque des faits. Rajapaksa et deux de ses frères qui ont occupé des postes officiels pendant sa présidence sont en outre visés par des accusations de corruption liées à d'importants investissements chinois dans le pays. Les relations avec la Chine font d'ailleurs partie des enjeux du scrutin de lundi. Même si Ranil Wickremesinghe est ouvertement pro-occidental -- alors que Mahinda Rajapaksa passe pour le favori de Pékin -- le Premier ministre sortant connaît l'importance des milliards d'euros d'investissements déjà engagés par Pékin au Sri Lanka. Le pays est en effet l'une des étapes de la "route de la soie maritime" reliant les rivages de la République populaire à ceux de ses grands clients à l'exportation au Moyent-Orient et en Europe. "Nous voulons être un pôle d'attraction des investissements non-aligné", a déclaré à Reuters le ministre sri-lankais des Finances, Ravi Karunanayake. Prié de préciser ce qu'il entendait dire par là, il a répondu: "Recevoir tout le monde." Emblématiques de ce pragmatisme financier, des discussions sont en cours sur la relance du développement du front de mer de Colombo, la capitale, un projet de 1,4 milliard de dollars (1,25 milliard d'euros) suspendu après l'arrivée au pouvoir de Sirisena en raison de soupçons de corruption et d'infraction à la réglementation en vigueur. La construction de l'hôtel Shangri-La, propriété d'un groupe de Hong Kong, et celle de la Lotus Tower, appelée à devenir le plus haut gratte-ciel de l'Asie du Sud-Est, n'ont en revanche pas été arrêtées. (avec Ranga Sirilal, Marc Angrand pour le service français)

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