Sous pression, Sao Paulo et Rio baissent les prix des transports

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FACE AUX MANIFESTATIONS, RIO ET SAO PAULO ABROGENT LA HAUSSE DES PRIX DES TRANSPORTS
FACE AUX MANIFESTATIONS, RIO ET SAO PAULO ABROGENT LA HAUSSE DES PRIX DES TRANSPORTS

SAO PAULO, Brésil (Reuters) - Les manifestations se sont poursuivies mercredi à Sao Paulo, la plus grande ville du Brésil, où les manifestants ont marché sur le grand stade de la ville et bloqué une autoroute ainsi que plusieurs rues, paralysant les transports.

A l'origine de ces grandes manifestations de rue, la hausse des tarifs des transports en commun a été abrogée en fin d'après-midi à Sao Paulo et Rio de Janeiro, ont annoncé mercredi les plus hautes autorités de ces deux mégapoles.

Les manifestations, qui ont commencé la semaine dernière et se déroulent dans tout le pays, sont les plus importantes depuis 20 ans. Au départ concentré dans les grandes villes, le mouvement s'est diffusé dans les plus petites municipalités.

Les Brésiliens protestent pêle-mêle contre l'inflation galopante, qui atteint 6,5% sur une base annuelle, la déficience des services publics et la violence policière.

La nuit précédente, la contestation s'était accompagnée de quelques actes de pillage et de vandalisme. La police de Sao Paulo a procédé à une soixantaine d'arrestations après des bris de vitres, une tentative des manifestants de pénétrer dans l'Hôtel de ville et l'incendie de bâtiments de la police.

"Les gens ont le droit de participer aux manifestations", a déclaré mercredi le maire de Sao Paulo, Fernando Haddad, lors d'une conférence de presse, tout en se montrant critique vis-à-vis de troubles qui interfèrent avec "le droit de travailler, le droit de rentrer chez soi".

LIBRE CIRCULATION

En réponse, le Mouvement libre passage, qui revendique la gratuité dans les transports en commun, a fustigé ce qu'il a qualifié de "renversement du débat" par les autorités locales.

"Ils disent que les manifestations font obstacle au droit de circuler de la population. Mais ce sont les gens qui manifestent qui luttent en réalité pour garantir ce droit", a déclaré le mouvement dans un communiqué.

Plus tard dans la journée, le gouverneur de l'Etat de Sao Paulo, Geraldo Alckmin, a annoncé en personne la décision de faire passer les tarifs des transports en commun à leur niveau d'avant la hausse, la qualifiant "d'importante (...) pour que la ville puisse retrouver la tranquillité nécessaire pour que les débats aient lieu dans le calme".

A l'annonce de la nouvelle, les meneurs du mouvement à Sao Paulo ont déclaré qu'ils réorienteraient leurs revendications sur la gratuité des transports en commun, assurant que la manifestation prévue jeudi serait une "fête".

On ignore encore si cette décision permettra d'apaiser la contestation, alors que des manifestations sont de nouveau attendues jeudi dans plus de 70 villes du pays.

L'armée a été envoyée en renfort mercredi dans plusieurs villes qui accueillent des rencontres de la Coupe de football des Confédérations, dans le cadre des mesures prévues pour assurer le déroulement de cette manifestation sportive considérée comme une répétition avant le Mundial 2014.

Les renforts sont notamment présents à Fortaleza dans le nord-est du pays, où le Brésil a rencontré le Mexique mercredi, l'emportant 2 à 0, et où des manifestations ont déjà eu lieu. Avant le début de la rencontre, des milliers de manifestants ont défilé et ont franchi les barrages de police avant d'être repoussés par la force, rapportent les autorités locales.

Un journaliste de Reuters a constaté par ailleurs que la police avait pointé des pistolets armés de balles en caoutchouc sur les journalistes présents pour les obliger à reculer.

Des manifestants postés devant le stade arboraient une bannière sur laquelle était écrit: "Descendez dans la rue" ou "Santé, éducation, non à la corruption".

L'armée sera aussi déployée à Rio de Janeiro, Salvador, Belo Horizonte et dans la capitale fédérale, Brasilia.

"PERDRE LE CONTRÔLE EST IMPOSSIBLE"

Mercredi matin dans le centre de Sao Paulo, des débris de verres et de divers objets étaient éparpillés sur les pavés et sur le fronton de l'Hôtel de ville était orné de graffitis.

"Le peuple s'est réveillé", pouvait-on lire en écho aux slogans scandé par les manifestants.

Les manifestations ont été déclenchées la semaine dernière par des augmentations du prix des tickets de bus et de métro.

Interrogé par la presse à l'occasion d'un point de presse de la Fifa à Maracana, le stade mythique de Rio de Janeiro, le vice-ministre des Communications, Cesar Alvarez, s'est voulu rassurant en niant que le gouvernement ait perdu le contrôle des rues.

"Perdre le contrôle est quelque chose d'impossible. Je ne dirais pas que nous avons perdu le contrôle, non", a-t-il dit.

"Il nous faut maintenir l'ordre sur les sites tant privés que publics. Nous ne voulons pas voir des bus et des voitures partir en fumée. Nous écouterons ce que la population dit mais je ne crois pas qu'il y ait un quelconque lien entre les problèmes (liés à la cherté de la vie, ndlr) et la Coupe des Confédérations. Ces deux événements ne sont pas liés".

Le ministre a ajouté: "Le gouvernement de l'Etat ainsi que les autorités locales vont se concerter pour faire en sorte que les manifestations ne gênent pas le flux des spectateurs et que les manifestants respectent le droit de ceux qui veulent aller voir les matches".

"Il est difficile de prendre l'avantage sur ce mouvement parce qu'on ne sait pas exactement qui le compose ni ce que ces gens vont faire exactement", analyse quant à lui David Fleischer, spécialiste de science politique à l'Université de Brasilia.

Asher Levine, avec Mike Collett à Rio de Janeiro; Danielle Rouquié, Jean-Loup Fiévet et Hélène Duvigneau pour le service français

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