Sous pression, l'Espagne demande à l'UE d'agir vite

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L'ESPAGNE CONFRONTÉE À L'ENVOLÉE DE SES COÛTS DE FINANCEMENT
L'ESPAGNE CONFRONTÉE À L'ENVOLÉE DE SES COÛTS DE FINANCEMENT

par Paul Day et Julien Toyer

MADRID (Reuters) - Confrontée à l'envolée de ses coûts de financement, qui risquent de la contraindre à solliciter une aide extérieure, l'Espagne a demandé mardi à l'Union européenne d'appliquer rapidement les décisions prises fin juin par les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro pour endiguer la crise de la dette.

Le Trésor espagnol a dû consentir un rendement de 3,691% pour emprunter des capitaux à six mois, soit près d'un demi-point de plus que le mois dernier, l'un des taux les plus élevés servis à court terme depuis la création de l'euro.

Cette adjudication s'est déroulée sur fond de craintes croissantes de voir les difficultés budgétaires des régions espagnoles remettre en cause la priorité du gouvernement de Mariano Rajoy: éviter un plan d'aide européen à l'Etat lui-même en plus de celui déjà décidé pour les banques.

Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a déclaré que l'Espagne, l'Italie et la France souhaitaient "la mise en oeuvre immédiate des accords du dernier Conseil européen".

A l'issue de leur réunion des 28 et 29 juin, les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro s'étaient mis d'accord sur la mise en oeuvre d'une supervision commune des banques et sur des mesures d'urgence censées enrayer l'envolée des taux d'intérêt.

Ils avaient notamment exprimé leur "ferme détermination à faire ce qui est nécessaire pour assurer la stabilité financière de la zone euro, notamment en ayant recours aux instruments existants du FESF/MES de manière souple et efficace".

LES RENDEMENTS OBLIGATAIRES EN ZONE ROUGE

Le communiqué publié mardi par Madrid associait Rome et Paris à son appel à l'UE mais l'Italie et la France ont démenti avoir lancé un appel commun. Le communiqué espagnol avait disparu du site internet du ministère des Affaires étrangères peu après ces démentis.

Le secrétaire d'Etat espagnol à l'Union européenne, Iñigo Méndez de Vigo, cité dans le communiqué, a déclaré regretter l'existence d'un "écart préoccupant entre les décisions prises lors du Conseil européen et leur mise en application".

Au terme d'une réunion organisée à Berlin, le ministre espagnol de l'Economie Luis de Guindos et le ministre allemand de l'Economie Wolfgang Schäuble ont indiqué dans un communiqué vouloir une application rapide des décisions prise lors du dernier sommet européen, en particulier sur la question de l'Union bancaire.

Luis de Guindos rencontrera mercredi son homologue français Pierre Moscovici.

Sur le marché de la dette, le rendement des obligations d'Etat espagnoles à dix ans atteignait 7,63% en fin de journée, un niveau record largement supérieur au seuil de 7% jugé insoutenable sur la durée.

L'Irlande, le Portugal et la Grèce avaient eux-mêmes vu le rendement à dix ans de leur dette dépasser 7% peu avant d'être contraint de solliciter une aide financière de l'UE.

Plus préoccupant: sur le marché secondaire, les rendements à cinq ans espagnols ont dépassé pour la première fois les rendements à dix ans pour la première fois depuis juin 2001.

Le fait qu'un émetteur doive payer plus cher à moyen terme qu'à long terme signifie généralement qu'aux yeux des investisseurs, le risque d'un défaut de paiement ou d'une restructuration de la dette a augmenté.

Lundi, le ministre espagnol de l'Economie, Luis de Guindos, avait assuré que Madrid n'avait pas besoin d'une aide supplémentaire.

APRÈS LES BANQUES, LES RÉGIONS

L'Espagne peut déjà compter sur une enveloppe susceptible d'atteindre 100 milliards d'euros pour renflouer ses banques, considérablement affaiblies par l'éclatement de la bulle immobilière des années 2000 et par quatre ans de crise économique.

Mais c'est désormais la situation des régions autonomes qui préoccupe les marchés. La Communauté de Valence a été vendredi la première d'entre elles à solliciter l'aide de l'Etat central pour assurer ses besoins de financement.

Mardi la Catalogne, qui représente à elle seule près de 20% de l'activité économique du pays, a déclaré envisager de faire appel au fonds de 18 milliards d'euros mis en place par le gouvernement pour venir en aide aux régions, privées de fait de tout accès aux marchés de capitaux.

Le cabinet de Mariano Rajoy a présenté il y a moins de deux semaines un plan d'austérité de 65 milliards d'euros mêlant hausses de prélèvements et baisse des dépenses, au risque d'accentuer la récession.

Pour les autres pays de la zone euro, ce regain de tension intervient au lendemain de la menace de Moody's de priver l'Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg de leur note "triple A", justifiée par l'agence par le risque accru de sortie de la Grèce de la zone euro et par la possibilité d'une contagion à d'autres Etats comme l'Espagne ou l'Italie.

Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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