Sous pression de la rue, Madrid dévoile un budget "très sévère"

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MALGRÉ LES PROTESTATIONS, MADRID VA PRÉSENTER UN BUDGET D'AUSTÉRITÉ
MALGRÉ LES PROTESTATIONS, MADRID VA PRÉSENTER UN BUDGET D'AUSTÉRITÉ

par Paul Day et Tracy Rucinski

MADRID (Reuters) - Au lendemain de la grève générale qui a paralysé une partie de l'Espagne et dégénéré à Madrid et Barcelone, Mariano Rajoy, le président du gouvernement de droite, présente vendredi son projet de budget d'austérité "très sévère".

Alors que les objectifs de réduction du déficit impliquent une baisse des dépenses d'au moins 35 milliards d'euros, le chef du gouvernement a prévenu mardi que son budget, le premier depuis son arrivée au pouvoir, serait "très, très sévère".

Confronté à la montée de la contestation sociale, le gouvernement conservateur est pris entre deux risques: plonger encore plus le pays dans la récession ou voir le coût de sa dette s'envoler s'il ne maîtrise pas les comptes publics.

Si les sondages font ressortir une certaine résignation des Espagnols à l'austérité, le succès de la grève nationale qui était organisée jeudi montre que leur patience a des limites.

A l'appel de l'Union générale des travailleurs (UGT) et des Commission ouvrières (CCOO), les deux principales centrales syndicales du pays, les Espagnols ont arrêté le travail et sont descendus en nombre dans les rues des grandes villes du pays pour protester contre la réforme du marché du travail qui assouplit les conditions encadrant les licenciements et permet aux employeurs de baisser les salaires.

Les usines et les ports, dont ceux de Valence et de Séville, sont restés fermés, tandis que les télévisions publiques ou régionales et les transports ont connu de nombreuses perturbations durant toute la journée.

Le mouvement était considéré comme un test de la patience des Espagnols face à la politique de rigueur du gouvernement en raison du déséquilibre des comptes publics qui inquiète les marchés.

Les syndicats ont évalué la participation à la grève à 77%, en comptant les services minimum. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans plus de 100 villes de la péninsule ibériques.

Les cortèges ont globalement défilé dans le calme, mais des échauffourées ont éclaté à Madrid, où le Parlement avait été bouclé par un cordon de police et où plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées.

A Barcelone, la capitale de la Catalogne, la police a eu recours à des balles en plastique pour disperser des protestataires qui ont incendié des poubelles et détruit des vitrines.

Au total, le ministère de l'Intérieur a recensé 176 interpellations et fait état de 104 blessés à travers le pays.

LA COLÈRE MONTE PARMI LA POPULATION

"Cette grève générale est un succès démocratique indiscutable", s'est réjoui Candido Méndez, secrétaire général de l'Union générale des travailleurs (UGT).

Dans les grandes villes de la péninsule, de nombreux manifestants ont défilé aux cris de "Yo a esta crisis no la pago" (Je ne veux pas payer pour cette crise) ou de "Mariano, Mariano, no llegas a verano" (Mariano tu ne tiendras pas jusqu'à l'été).

Les banques ont été la cible du mécontentement des manifestants, qui estiment qu'elles sont à l'origine de la crise et de l'éclatement de la bulle immobilière qui a précipité le pays dans la crise en 2008 après une croissance moyenne de 3,4% sur la période de 2001-2007.

"Nous n'avons pas beaucoup d'espoir, mais ce n'est que le début", veut croire Trini Cuesta, employée d'un hôpital public de Barcelone. "Il ne s'agit pas seulement de la réforme du travail, mais de ces politiques qui ont provoqué notre ruine sociale et économique", poursuit cette femme de 58 ans.

Cependant, de nombreux employés n'ont pas observé la grève, de crainte de perdre leur travail. "Je viens travailler car si je ne viens pas, ils me virent", explique, anonyme, une femme rencontrée devant le Corte Inglés de Barcelone, le grand centre commercial de la ville protégé par un important cordon de police.

La population a fait preuve jusqu'ici d'une tolérance remarquable alors que le gouvernement dirigé par le Parti populaire (PP) s'efforce de respecter les stricts objectifs de déficit fixés par l'Union européenne.

Mais cette patience pourrait toucher à sa fin alors que l'économie, frappée par un chômage de 23% touchant près d'un jeune de moins de 25 ans sur deux, entre dans sa quatrième de croissance faible ou nulle.

La victoire sans majorité du PP dimanche aux élections régionales en Andalousie, quatre mois seulement après le triomphe de la droite aux législatives, a également traduit la colère croissante des Espagnols.

"Les résultats des scrutins dominicaux sont un signe du refus des Espagnols de ce genre de réformes (...) et pourraient marquer un nouveau cycle caractérisé par une opposition plus active à la politique mise en oeuvre ces derniers mois", estime Xavier Vence, professeur d'économie à l'université de St-Jacques de Compostelle.

L'ESPAGNE SOUS SURVEILLANCE

La dernière grève générale en Espagne remontait à septembre 2010, sous le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. Elle n'avait eu qu'un impact limité sur les transports et dans les usines.

Le projet de réforme du marché du travail au coeur de la contestation de jeudi prévoit de rendre les licenciements moins coûteux pour les employeurs et de démanteler le système national de négociations collectives.

Pour le gouvernement, cette réforme actuellement soumise au Parlement est nécessaire pour lutter contre le chômage. "On ne pourra pas arrêter l'agenda de la réforme", a prévenu la ministre du Travail, Fatima Banez.

Le projet de budget attendu vendredi ne fera rien pour apaiser la colère des manifestants.

Rajoy a certes obtenu le mois dernier une concession de la Commission européenne, qui a accepté de ramener l'objectif de déficit public pour cette année à 5,3% du produit intérieur brut (PIB) contre 4,4% auparavant.

Mais l'Espagne, dont le déficit a atteint 8,5% du PIB l'an dernier, est désormais sous surveillance, comme l'illustrent les tensions sur le rendement de sa dette à long terme, et doit toujours revenir sur le seuil des 3,0% du PIB en 2013.

La politique d'ajustement des finances publiques fait redouter que l'Espagne enclenche un cercle vicieux qui verrait le PIB se contracter, le secteur bancaire se fragiliser, les ménages et les entreprises serrer leurs dépenses, le chômage augmenter, ce qui accentuerait la baisse du PIB.

"L'Espagne est sur une pente très, très glissante désormais (...) Le risque pays spécifique refait surface, l'Espagne est confrontée à des problèmes structurels et il faudra des années et des années pour les résoudre. Ce paquet fiscal est auto-destructeur", estime Nicola Spiro, du cabinet de consultants spécialisé dans les risques souverains, Spiro Sovereign Consulting.

Avec Carlos Ruano, Feliciano Tisdera et Manuel Ruiz; Jean-Loup Fiévet, Benjamin Massot, Marc Joanny et Henri-Pierre André pour le service français

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