Sous les avions, ce village abandonné se bat pour survivre

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EN IMAGES - À cinq kilomètres de Roissy, le vieux pays de Goussainville, fait figure de village fantôme avec ses maisons en ruines. Quarante ans après avoir été vidé de ses habitants, il reçoit pourtant de nouveaux résidents.

Il a des allures de village «fantôme» et pourtant... Cerné par les pistes de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle et la ligne du TGV Nord - à 25 kilomètres de Paris -, le village du vieux pays de Goussainville (Val-d’Oise) qui a vu baisser sa population de 1000 à 300 habitants dans les années 70, accueille désormais de nouveaux résidents. Et cela malgré les nuisances sonores des avions qui passent au dessus des maisons.

Pour arriver au village de Vieux Pays de Goussainville depuis la capitale, il faut empreinter la ligne D du RER et descendre à son terminus: Goussainville. Après vingt minutes de marche sur le long d’une départemantale très fréquentée, le village se présente enfin à nous.

Un village figé depuis 1973

Maisons abandonnées, fênetres et portes murées, façades couvertes de graffitis, rues désertes, végétation abondante qui a repris ses droits dans les jardins... le premier mot qui vient à l’esprit est no man’s land pour décrire Vieux Goussainville, resté figé dans le temps depuis 1973. Seuls des cris d’enfants venus d’une école primaire dans la rue principale viennent claquer dans un silence pesant!

Pour comprendre ce qui s’est passé dans ce village, il faut remonter à la fin des années 60. Les autorités publiques veulent construire un aéroport, celui de Roissy-Charles-de-Gaulle, situé à seulement cinq kilomètres de Vieux Goussainville. Mais qui dit nouvelles pistes, dit nouveaux couloirs aériens pour les avions qui passent au dessus du village, avec leurs lots de nuisances sonores.

Pour mener à bien le projet, Aéroports de Paris (ADP) propose aux riverains de racheter leurs propriétés! Pour les convaincre et générer une certaine peur, ils envoient des experts tester les nuisances sonores des bruits d’avion devant les habitants. Pire, ils certifient que ces derniers largueront leur surplus de kérozène avant chaque atterrissage sur les pistes de Roissy! Une fronde de plusieurs habitants qui refusent de lever le camp se met en place pour dénoncer l’opération immobilière. Certains vont jusqu’à proposer à ADP de quitter leurs maisons contre un milliard de francs. Mais en 1973, le crash du Tupolev sur une école de la commune qui fera plusieurs morts et blessés pousse des dizaines habitants à vendre. Au final Aéroports de Paris finit par racheter au double de leurs prix une centaine de propriétés qui seront murées en vue d’être rasées. Mais c’était sans compter sur un monument historique...

Sauvé par une église

C’est une dame bâtie aux XIIe et XVIe siècles qui va sauver les maisons et l’urbanisme du Vieux Goussainville: l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Inscrite aux monuments historiques depuis le début du XXe siècle, les Bâtiments de France - qui gèrent la modification de l’urbanisme - refusent catégoriquement que l’on démolisse toutes constructions dans un rayon de 500 mètres autour de l’édifice religieux. Dont acte!

Toutefois en ce qui concerne l’activité du village, elle ne pourra être sauvée! Perdant les deux tiers de sa population, les commerces de Vieux Goussainville (boulangerie, bouchier, bistrots...) baissent le rideau, faute de clients. Seule une librairie de livres anciens et d’occasions ouverte dans le milieu des années 90 fait aujourd’hui figure d’exception.

Quel avenir?

Depuis une quarantaine d’années, la mairie de Goussainville a lancé un nombre important d’études et de projets pour réhabiliter le vieux village (village du livre, village de l’artisanat, village dédié aux sourds et muets...) sans les voir aboutir, avant de récupèrer, après des années d’attente, la centaine de maisons détenues par ADP en 2004. Le coup de l’opération immobilière: un euro symbolique.

Mais ni la réhabilitation, ni la démolition de ces habitations ne sont actuellement possible. «Quand le conseil municipal vote un budget pour démolir les maisons concernées, les Bâtiments de France nous le refusent, explique Alain Figuière, conseiller municipal délégué à la rénovation du Vieux Pays et à la protection du patrimoine de Goussainville. Et quand nous souhaitons réhabiliter, la préfecture nous le refuse également.»

Selon cet élu, cette dernière position ne peut pas tenir. «Le décret de 1973 relatif à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle n’interdit en rien de réhabiliter pour loger des gens dans les maisons, et cela malgré le bruit des avions, assure Alain Figuière qui refuse que son village soit décrit comme un lieu «fantôme». Les gens qui décident de venir habiter ici savent très bien pour le trafic aérien.»

Aujourd’hui, si ce village attire surtout de nombreux curieux venus photographier les lieux - notamment la villa bourgeoise du parc à la façade éventrée - l’on note l’arrivée de nouveaux habitants. En quelque années, la population est passée de 300 à 350 résidents, venus chercher des loyers moins élevés que dans le reste de la région parisienne. Mais faudra-t-il donner quarante ans de plus aux pouvoirs publics pour redonner une réelle seconde vie au vieux pays de Goussainville? La question se pose...

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