Sous le soleil de minuit et la menace des ours polaires

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UN VILLAGE SCIENTIFIQUE SOUS LE SOLEIL DE MINUIT
UN VILLAGE SCIENTIFIQUE SOUS LE SOLEIL DE MINUIT

par Balazs Koranyi

OSLO (Reuters) - Ole Oeiseth n'aime pas sortir de chez lui sans être armé. "Un ours polaire peut surgir de n'importe où à n'importe quel moment. Les jeunes mâles affamés sont particulièrement imprévisibles", dit-il.

Ole Oeiseth gère Ny-Alesund, l'implantation la plus septentrionale de la planète, située sur l'île du Spitzberg, dans l'archipel norvégien des Svalbard.

Ancienne colonie minière située à 2.100 km d'Oslo, Ny-Alesund est aujourd'hui un "village scientifique" propriété de la compagnie publique norvégienne Kings Bay et sert de point de départ de nombreuses expéditions vers l'Arctique.

"Aucun de ces bâtiments n'est fermé à clefs, si un ours arrive, on peut se mettre à l'abri", explique cet ancien officier de l'armée norvégienne.

La population de Ny-Alesund oscille selon les saisons, de trente et quarante habitants l'hiver jusqu'à une centaine de scientifiques en juin, venus d'une vingtaine de pays étrangers.

L'extraction de charbon a cessé en 1962, après un accident qui a coûté la vie à 21 personnes et entraîné la chute du gouvernement de l'époque. Les mines ont été fermées et le site remplacé par une base scientifique.

Ses habitants étudient aujourd'hui l'atmosphère avec des instruments si sensibles qu'ils peuvent notamment détecter des feux de forêts en Sibérie ou mesurer le mouvement des continents.

Les scientifiques, quand ils ne sont pas affairés à leurs recherches, jouent au hockey deux fois par semaine, se retrouvent dans la salle de télévision ou se réunissent lors des soirées "tricot & alcool" organisée tous les jeudis soirs. Le bar de la base, géré par l'ensemble des habitants, sert l'alcool le moins cher de Norvège.

Les habitants de la localité peuvent louer des bateaux ou skier sur les sommets de l'Arctique, à condition qu'ils soient armés.

"Il y a de nombreux célibataires qui vivent de manière isolée. Vous pouvez imaginer toutes les idylles qui naissent et qui meurent ici", explique l'un des habitants.

"PERDRE LE CONTACT AVEC LE MONDE RÉEL"

"Il n'y a pas de téléphone portable, on ne peut pas me joindre. C'est fantastique", souligne Nina Weseth, 34 ans, employée de la communauté. Ny-Alesund possède toutefois une connexion internet des plus rapides.

Les occupants de Ny-Alesund arrivent avec un contrat de deux ans qui peut être prolongé. Mais ils doivent en repartir au plus tard quatre ans après leur arrivée, pour se préserver de l'isolement et des hivers longs et rigoureux.

Pour l'heure, le soleil ne se couche jamais. Le "soleil de minuit", qui brille au-delà du cercle arctique tout l'été, se couchera le 25 août prochain. Durant les deux mois suivant, le nombre d'heures d'ensoleillement va diminuer, avant que l'obscurité ne s'installe progressivement au-dessus de Ny-Alesund. Il faudra attendre février 2014 pour voir à nouveau le soleil se lever.

"L'hiver, c'est quand on peut ralentir, méditer et vivre en harmonie. Et puis l'été arrive, le soleil brille 24 heures par jour, alors on se précipite dehors et on ne peut même pas dormir, même quand les rideaux sont tirés", témoigne Marta Karoline Jansen, une scientifique de 24 ans.

Un petit avion de 14 passagers apporte le courrier et des légumes frais deux fois par semaine. Les provisions nécessaires pour passer l'hiver arrivent par bateau et sont conservées dans d'imposants frigos.

Contrairement à leurs collègues qui effectuent des recherches en Antarctique, les résidents de Ny-Alesund peuvent quitter la base. La ville de Longyearbyen, capitale de l'archipel, est tout de même située à huit heures de motoneige.

"Il est important d'aller une fois de temps en temps dans un endroit où vous avez besoin de verrouiller votre voiture et de regarder avant de traverser la rue", explique Christiane Huebner, de l'Institut polaire norvégien.

"Nous vivons dans une bulle et c'est assez facile de perdre le contact avec le monde réel."

Clémence Apetogbor pour le service français, édité par Pierre Sérisier

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