Soupçonnée d'un quintuple infanticide, une mère confondue par son ADN

le , mis à jour à 18:23
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Le Colonel Guillaume Le Blond, le procureur de Mulhouse, Dominique Alzeari et le Colonel François Despres, le 30 novembre 2017 à Mulhouse ( AFP / Sebastien Bozon )
Le Colonel Guillaume Le Blond, le procureur de Mulhouse, Dominique Alzeari et le Colonel François Despres, le 30 novembre 2017 à Mulhouse ( AFP / Sebastien Bozon )

Confondue par des analyses ADN après 14 ans d'enquête, une mère de 53 ans a été mise en examen et écrouée jeudi à Mulhouse, soupçonnée d'avoir, entre le début des années 1990 et 2005, tué cinq de ses nouveau-nés, sans que leur père ne se doute de rien.

Les enquêteurs pensent ainsi avoir résolu l'"une des plus anciennes affaires non résolues d'infanticide en France": l'énigme persistait depuis la découverte fortuite, en octobre 2003 dans une forêt de Galfingue (Haut-Rhin), de quatre cadavres de nouveau-nés dans ses sacs-poubelle.

Sylvie H., qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a été placée jeudi en détention provisoire, à l'issue de 48 heures de garde à vue. Elle "a reconnu l'intégralité de ces faits d'homicide sur ses enfants qui venaient de naître", a précisé lors d'une conférence de presse le procureur de Mulhouse, Dominique Alzéari.

Son concubin et ses trois enfants aujourd'hui adultes - âgés de 18 ans, 27 et 32 ans - "n'étaient manifestement absolument pas informés de ce qui s'est passé". Le père est d'ailleurs "très affecté", selon le magistrat.

La mère de famille, une employée "tout à fait insérée", a expliqué aux enquêteurs "que ces enfants, elle ne les voulait pas, qu'elle ne vivait pas ces maternités, qu'elle ne les avait pas investies, et lorsqu'elle a accouché - ce sont des grossesses qui sont allées à terme -, elle a décidé de les supprimer".

Les faits se seraient étalés sur "une dizaine d'années". La mise en examen n'a pu donner de date précise aux enquêteurs, qui évoquent une "fourchette de temps assez large, entre 1993-95, jusqu'à 2003-2005", selon le procureur.

A chaque fois, la mère dit avoir accouché seule à son domicile, sans témoin. "Ses grossesses ont été visiblement dissimulées", a précisé M. Alzeari, soulignant qu'il ne lui appartenait pas de dire si on était là face à un cas de "déni de maternité" - ce point devra être éclairci par l'enquête.

- Le hasard d'une rixe entre voisins -

Selon l'autopsie réalisée en 2003, les nourrissons découverts à Galfingue étaient nés viables et au moins deux d'entre eux avaient été étranglés avec des cordelettes retrouvées autour de leur cou.

Un 5e petit corps a été trouvé récemment par les enquêteurs au domicile actuel de la famille, à Petit-Landau, en périphérie de Mulhouse, a précisé le colonel François Despres, commandant de la section de recherches de gendarmerie de Strasbourg.

En conséquence, dans ce dossier, "il y a actuellement cinq victimes recensées, et pas quatre comme nous le croyions au départ", a observé le procureur.

D'importants moyens avaient été déployés pour tenter de résoudre cette énigme macabre - y compris via des prélèvements ADN sur des centaines d'habitants des environs de Galfingue, mais en vain jusqu'à présent.

L'enquête, close en 2009 faute de preuves, avait toutefois été rouverte en 2013, eu égard aux progrès de la science en matière de profil ADN.

Mais c'est finalement le hasard qui a aidé les enquêteurs à résoudre ce "cold case": en septembre 2016, Sylvie H., son compagnon et son fils aîné ont été impliqués dans une rixe avec des voisins, ce qui a donné lieu à une enquête de gendarmerie.

C'est dans ce cadre que leurs empreintes ADN ont été prélevées. Et les enquêteurs ont eu la surprise de découvrir, l'été dernier, que le profil génétique de Mme H. correspondait aux prélèvements effectués fin 2003 dans les sacs-poubelle de Galfingue.

Lorsque les gendarmes sont venus l'interpeller mardi, la quinquagénaire "a tout de suite compris pourquoi on venait la chercher" et a "presque présenté" ses aveux comme "une délivrance", a raconté M. Alzéari.

La mère de famille dit avoir transporté elle-même les corps des nourrissons dans la forêt de Galfingue.

La résolution de cette énigme judiciaire est la "preuve que la patience et l'abnégation payent", a souligné le procureur de Mulhouse. "Nous ne renonçons jamais", a-t-il ajouté.

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