Soupçon d'un pacte de corruption en handball à Montpellier

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LE PROCUREUR FAIT PART DE "TRÈS FORTES SUSPICIONS" AUTOUR DE JOUEURS DE HANDBALL DE MONTPELLIER
LE PROCUREUR FAIT PART DE "TRÈS FORTES SUSPICIONS" AUTOUR DE JOUEURS DE HANDBALL DE MONTPELLIER

par Jean Décotte

MONTPELLIER (Reuters) - De "très fortes suspicions" pèsent sur des joueurs du club de handball de Montpellier, visés par une enquête sur un match présumé truqué, a déclaré lundi le procureur de la République de la ville, évoquant un possible "pacte de corruption".

Des joueurs et des membres de leur entourage sont soupçonnés d'avoir empoché plus de 250.000 euros de gains après avoir parié sur le déroulement d'un match du MAHB en championnat de France contre Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), en mai dernier.

Cette affaire a plongé dans l'incompréhension le club, sacré champion de France chaque année depuis 2008 et vainqueur de la Ligue des champions en 2003, et qui compte dans ses rangs plusieurs champions olympiques.

Seize personnes dont sept joueurs étaient en garde à vue lundi soir dans cette enquête pour escroquerie. La plupart ont choisi de garder le silence pendant leur garde à vue, a précisé le procureur Brice Robin lors d'une conférence de presse.

Selon une source proche de l'enquête, trois des neuf joueurs ou ex-joueurs initialement interpellés ont été libérés lundi soir mais un autre a été placé en garde-à-vue à Montpellier.

L'avocat de Nikola Karabatic, maître à jouer des doubles champions olympiques français, et de son frère cadet Luka, a reconnu que les joueurs soupçonnés avaient bien parié sur la rencontre mais réfuté toute infraction pénale.

Parmi les personnes mises en cause, les compagnes des frères Karabatic devraient être les premières présentées à un magistrat mardi dans la matinée, a dit le procureur, précisant que Jeny Priez, amie du cadet de la fratrie, avait reconnu en garde à vue avoir parié 4.500 euros avec l'argent de son compagnon.

SANCTIONS SPORTIVES OU PÉNALES ?

"Il ressort de ces investigations que de très fortes suspicions pèsent sur le non-respect de l'éthique sportive dans ce match litigieux", a souligné Brice Robin.

"Des liens assez étroits voire très étroits ont été tissés entre les joueurs, inscrits ou non sur la feuille de match, et leurs parieurs. Raisons qui ont conduit le magistrat instructeur à placer en garde à vue neuf d'entre eux : Mickaël Robin, Primoz Prost, Dragan Gajic, Mladen Bojinovic, Samuel Honrubia, Luka Karabatic, Nikola Karabatic, Vid Kavticnic et Wissem Hmam."

Ce sont ces deux derniers et le gardien Mickaël Robin qui ont été relâchés lundi soir, tandis que le joueur Issam Tej était au contraire interpellé à Montpellier.

Le procureur a évoqué le cas d'un parieur, gérant d'un bar, qui a misé plus de 25.000 euros sur ce match et était lié avec notamment Dragan Gajic ou Mladen Bojinovic, aujourd'hui joueur du Paris Saint-Germain Handball.

Si les paris sont avérés, le code du sport prévoit des sanctions sportives. Seuls les soupçons de trucage du match sont en revanche du ressort de la justice.

"Peut-on jouer normalement un match quand on a engagé personnellement des sommes aussi importantes et qu'on sait qu'on a parié sur la défaite de son club ?", s'est interrogé le magistrat, qui a évoqué un possible délit de "corruption sportive".

Ce délit, établi par une loi de février 2012, est passible de cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.

Outre des mises "40 fois supérieures à ce qui est d'habitude parié", les soupçons de la Française des Jeux, puis des enquêteurs, ont été alimentés par le fait que 99,9% des mises déposées sur le score à la mi-temps étaient en faveur de Cesson, club qui luttait alors pour se maintenir dans l'élite.

L'audition des arbitres du match en question, avant lequel Montpellier était déjà assuré de remporter un cinquième titre national consécutif, a fait ressortir des éléments laissant penser que les Héraultais pourraient avoir "levé le pied" en première mi-temps, comme par exemple le faible ratio de parades du gardien Mickaël Robin, a dit le procureur de la République.

"Pour ceux qui douteraient de l'existence d'une entente voire d'un pacte de corruption, il y a là matière selon moi à se poser quelques questions légitimes."

LES DIRIGEANTS HORS DE CAUSE

Interrogé sur RTL, Me Eric Dupont-Moretti, qui défend Nikola et Luka Karabatic, a nié tout délit pénal.

"Ils ont parié (...) Je vous ferais remarquer que le pari, c'est une interdiction sportive, ce n'est pas une infraction pénale", a-t-il déclaré.

"Le match truqué, ça se démontre, c'est le procureur qui doit le démontrer et j'affirme que ces hommes contestent farouchement avoir truqué ce match et l'avoir laissé filer."

Le club de Montpellier a tenu dans l'après-midi une conférence de presse pour évoquer l'affaire et a promis d'en "tirer les conséquences" une fois que les faits seront éclaircis.

"Je qualifierai la faute en fonction des faits", a dit le président Rémy Lévy. "Si la gravité des faits est avérée, bien sûr qu'il faut une sanction exemplaire."

Le manager Patrice Canayer a assuré que le MAHB jouerait bien son match prévu mercredi soir à Toulouse en D1.

"Ce club n'appartient à personne et encore moins aux joueurs (...) Ceux qui ont trahi (nos) valeurs assumeront leurs responsabilités. On rebâtira pierre après pierre", a-t-il dit.

Le procureur de la République a mis formellement hors de cause le président et l'entraîneur de chacun des deux clubs concernés et a écarté tout parallèle avec l'affaire VA-OM qui avait agité le monde du football en 1993.

"Le parallèle n'est pas à faire avec VA-OM. Les responsables des deux clubs sont innocents dans cette affaire", a-t-il dit.

Edité par Chrystel Boulet-Euchin et Grégory Blachier

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