Soudan du Sud-Crainte de guerre civile après la reprise des combats

le , mis à jour à 04:24
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    * Au moins 272 morts depuis le début des affrontements jeudi 
    * Les Etats-Unis demandent la fin immédiate des combats 
    * Un casque bleu chinois tué, d'autres casques bleus blessés 
    * Le Conseil de sécurité de l'Onu pourrait renforcer sa 
mission 
 
 (Actualisé avec nationalité des casques bleus, fin du Conseil 
de sécurité) 
    par Denis Dumo et Michele Nichols 
    JUBA/NATIONS UNIES, 11 juillet (Reuters) - De nouveaux 
affrontements ont eu lieu dimanche à Juba, la capitale du Soudan 
du Sud, et les forces loyales au vice-président sud-soudanais 
Riek Machar affirment que sa résidence a été attaquée par les 
troupes du président Salva Kiir, ce qui laisse craindre un 
basculement vers un conflit ouvert dans ce pays âgé de cinq ans 
à peine. 
    "La résidence du Dr. Machar a été attaquée à deux reprises 
aujourd'hui y compris à l'aide de chars et d'hélicoptères de 
combat", a déclaré le porte-parole du vice-président, ajoutant 
qu'un calme relatif était revenu à Juba dimanche après plusieurs 
heures de combats. 
    Le gouvernement de Salva Kiir n'a pas répondu dans 
l'immédiat aux déclarations du porte-parole de Riek Machar. Le 
ministre de l'information Michael Makuei avait dit plus tôt que 
la situation était sous contrôle et avait demandé aux personnes 
de rester chez elles. 
    Les affrontements entre le hommes du président et ceux de 
l'ancien chef rebelle Riek Machar ont fait 272 morts, dont 33 
civils, depuis les premiers heurts jeudi, a-t-on appris de 
source proche du ministère de la Santé. Les deux hommes, qui se 
sont entretenus vendredi, ont dit ignorer la cause de cette 
reprise des violences et ont lancé un appel au calme.  
    Un casque bleu chinois des Nations unies a été tué, a 
annoncé un responsable de l'Onu. Plusieurs autres casques bleus 
chinois et rwandais ont été blessés, a annoncé l'ambassadeur du 
Japon aux Nations unies, Koro Bessho, à l'issue de la réunion du 
Conseil de sécurité, que son pays préside ce mois-ci.  
    Les bâtiments de l'Onu à Juba ont été la cible de tirs à 
l'arme lourde, ainsi que d'attaques à l'arme légère, a rapporté 
la mission de l'Onu dans le pays (Minuss).  
    "Le Conseil de sécurité a exprimé sa volonté d'envisager un 
développement de la Minuss pour mieux assurer la capacité de la 
mission et de la communauté internationale à prévenir et 
répondre aux violences au Soudan du Sud", a dit Koro Bessho à 
des journalistes. 
    Le Conseil de sécurité a encouragé les pays de la région à 
se préparer à envoyer des troupes supplémentaires si le Conseil 
décidait de développer la Minuss, déjà forte de quelque 13.500 
personnes. Le Conseil a également souligné la nécessité de 
protéger les civils par tous les moyens possibles. 
    Le département d'Etat américain a demandé un arrêt immédiat 
des combats et a appelé ses employés à l'ambassade de Juba qui 
ne sont pas attachés à la gestion de la crise, à partir. 
    "Nous sommes très préoccupés sur ce qui semble être une 
absence de commandement et de contrôle sur les troupes", a 
déclaré l'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, 
Samantha Power, qui se rendait à la réunion du Conseil de 
sécurité demandée par les Etats-Unis.  
    Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, s'est dit 
profondément préoccupé vendredi par cette reprise des violences 
qui, selon lui, "illustre une fois de plus le manque 
d'implication sérieuse des parties dans le processus de paix".  
     
    REFUGE 
    Dans une note confidentielle que Reuters a pu consulter 
dimanche, le département du maintien de la paix déclare: "La 
Minuss a adopté une position proactive et a effectué des 
patrouilles à l'intérieur et en dehors" de ses bâtiments et a 
renforcé le périmètre de sécurité pour améliorer la sécurité des 
civils déplacés et du personnel de l'Onu. 
    Les combats entre camps rivaux "comportent l'usage 
d'hélicoptères d'attaque et de chars", précise la note, qui 
rapporte que les bâtiments onusiens sont pris au milieu des 
combats. 
    Commencés jeudi, ces affrontements sont les premiers depuis 
le retour en avril de Riek Machar à Juba, en vertu de l'accord 
conclu en août dernier qui a mis fin au soulèvement de ses 
partisans. 
    Dimanche, des tirs ont été entendus à Gudele et à Jebel, 
deux faubourgs de la capitale, aux abords de casernes des forces 
de Riek Machar, qui a repris ses fonctions de vice-président 
dans le cadre du fragile processus de paix, rapportent des 
témoins.  
    "Pendant 30 à 40 minutes, nous avons entendu des tirs 
d'artillerie lourde en direction du secteur de Jebel", a 
confirmé un membre du personnel humanitaire. 
    Trente-trois civils ont été tués dans les derniers 
affrontements, indique-t-on au ministère de la Santé. 
    Selon la note des Nations unies, 3.000 civils, y compris de 
hauts responsables de l'opposition, ont trouvé refuge sur un 
site de l'Onu, tandis que 800 sont entrés dans un autre bâtiment 
de l'organisation. 
    Le conflit, alimenté par les tensions entre Nuers et Dinkas, 
ethnies respectives de Riek Machar et de Salva Kiir, a éclaté en 
décembre 2013 quant le second a limogé le premier. Il a fait 
plusieurs milliers de morts et deux millions de déplacés.  
    L'International Crisis Group a invité récemment les chefs 
d'Etat africains à faire pression sur les anciens belligérants 
pour qu'ils réaffirment leur attachement à l'accord de paix 
conclu en août.  
    "Au cours des neuf mois de cessez-le-feu, les forces en 
présence ont seulement mis fin aux hostilités mais sont restées 
face à face. Il n'y pas eu de mesures conjointes pour superviser 
la sécurité ni d'initiative en faveur de l'unification et de la 
démobilisation", déplore l'ONG dans un rapport publié en 
juillet.   
 
 (Avec George Obulutsa à Nairobi; Jean-Philippe Lefief et Julie 
Carriat pour le service français, édité par Danielle Rouquié) 
 
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