Sonya Yoncheva illumine "Les Pêcheurs de perles":
Il flotte un parfum délicieusement suranné sur l'Opéra- Comique en cette fin de saison qui ramène dans ses filets une nouvelle (et rare) production des Pêcheurs de perles, de Georges Bizet (1838-1875).
Le premier grand opéra de l'auteur de Carmen n'a pas eu la carrière qu'il méritait. Créé au Théâtre-Lyrique en septembre 1863, sorti après 18 représentations, il n'a été repris qu'en 1889 dans une adaptation italienne. Il passera d'ailleurs nos frontières sous cette forme - I Pescatori di perle - avant d'entrer en 1893 au répertoire de l'Opéra-Comique sous une version modifiée (notamment le dénouement, plus dramatique). C'est la version originale qui a été choisie pour ce retour des Pêcheurs de perles aujourd'hui.
La mise en scène confiée à Yoshi Oïda n'a pas cédé aux sirènes d'un orientalisme de pacotille tel que le prisait un XIXe siècle amoureux de l'ailleurs. C'est assez que les librettistes Eugène Cormon et Michel Carré aient situé l'action dans l'île de Ceylan d'avant l'occupation anglaise, où vit une peuplade aux croyances animistes. Le metteur en scène japonais Yoshi Oïda préfère l'évocation de la civilisation disparue d'Okinawa (ancien royaume indépendant de Ryukyu), où les femmes prient aussi pour la sécurité des pêcheurs.
Des costumes japonisants, quelques accessoires en osier flottant en apesanteur (paniers de pêche, barques), des lumières chaudes délimitant les espaces oniriques, le décor semé d'embarcadères est une énorme vague que dévalent les danseurs surfeurs au gré du flot musical.
Sacrilège
Dans cet univers pictural se déploie le cérémoniel de la vierge dévolue au temple et rompant ses voeux par amour - a-t-on assez reproché au livret le plagiat explicite de Norma, de Bellini, et de La Vestale, de Spontini ! - qu'Oïda décline à travers le regard de Zurga, personnage ...
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