Sonia Bonnet-Bernard (Ricol Lasteyrie) : « Pas de reprise des offres publiques en 2010 »

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2010 n'aura pas été l'année des OPA. Le manque de visibilité de la conjoncture paralyse toujours les managements constate Sonia Bonnet-Bernard, associé-gérante au sein du cabinet d'expertise financière Ricol Lasteyrie.

Ricol Lasteyrie présente la deuxième édition de son «observatoire des offres publiques ». Les OPA ne sont pas reparties en 2010 avec seulement 27 offres déposées auprès de l'AMF. Quel est l'élément principal qui explique cette relative frilosité des investisseurs ?

Sonia Bonnet-Bernard : L'attentisme reste prédominant. Les sociétés ne s'engagent plus dans des opérations de croissance externe à la va-vite. Il n'y a pas eu plus d'offres soumises à l'AMF en 2010 qu'en 2009, année marquée par un brutal coup d'arrêt consécutif au déclenchement de la crise financière, et toujours nettement moins qu'en 2008 où pas moins de 40 opérations avaient été enregistrées. Il y a un an, on pensait que les entreprises disposant de trésorerie conséquente reprendraient le chemin des OPA mais le marché n'a pas redémarré.

Quelles sont les caractéristiques des offres déposées l'an dernier ?

S-B.B : Après la crise, la priorité pour les entreprises était de reconstituer leurs fonds propres. L'an dernier, les entreprises ont privilégié le renforcement de leur contrôle : retrait d'une filiale de la cote, offre publique de rachat d'actions ou offre publique d'achat simplifiée dans le cadre de programme de rachat d'actions pour servir les plans de stock options à leurs salariés. Si ces stratégies ont du sens sur le plan boursier, elles ne sont pas le signe d'une grande audace sur le plan économique !

Quelles opérations marquantes pourra t-on tout de même retenir selon vous ?

S-B.B : L'OPA d'Honeywell sur Sperian parce qu'elle a donné lieu à une surenchère. Les actionnaires de référence de Sperian voulaient sortir du capital et n'avaient reçu qu'une offre amicale à 70 euros, celle du fonds Cinven. Des actionnaires minoritaires, avec le renfort de l'ADAM, l'association de Colette Neuville, ne l'ont pas accepté. Finalement, le groupe américain Honeywell a proposé 117 euros par action. L'opération a abouti et Sperian a été retiré de la cote le 15 octobre.

Les offres hostiles ont-elles encore la cote ?

S-B.B : Le contexte boursier ne favorise pas ce type d'opérations. Les raids de Total sur Elf, Alcan sur Pechiney ou Sanofi sur Aventis sont bel et bien derrière nous car ce type d'opérations coûte cher. Deux offres hostiles ont été recensées en 2010 : la fusion-absorption de Jacquet Metals et d'IMS, conclue de façon amicale, et l'OPA en cours d'Axel Springer sur Seloger.com. A 38 euros, l'offre améliorée d'Axel Springer vient toutefois de recevoir l'aval du conseil de surveillance de Seloger.com qui avait rejeté en septembre l'offre initiale à 34 euros. L'OPA hostile s'est muée aussi sur ce dossier en opération amicale.

Le marché des offres publiques peut-il repartir en 2011 ?

S-B.B : Les entreprises ont la trésorerie nécessaire pour reprendre le chemin des OPA. En 2010, la faiblesse des cours de Bourse a surtout incité certaines entreprises à monter au capital de leur société et les grandes valeurs sont restées frileuses par manque de visibilité sur la conjoncture. On peut cependant espérer qu'elles passeront à l'action en 2011 !

Propos recueillis par Julien Gautier

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