Sonia Bonnet-Bernard (Ricol Lasteyrie) : « L'écart entre les cours de Bourse et la réalité comptable des entreprises s'est accru »

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Beaucoup de sociétés ont le sentiment que leur valeur boursière ne reflète pas leur valeur réelle. Ce décalage n'est pas tenable à long terme selon Sonia Bonnet-Bernard, associé-gérante au sein du cabinet d'expertise financière Ricol Lasteyrie.

Vous avez publié pour la troisième année consécutive une étude sur le profil financier des sociétés du Cac 40. Comment s'est manifesté l'impact de la crise financière sur ces entreprises, sachant qu'elles ont perdu en moyenne plus de 40% de leur valeur boursière en 2008 ?

Sonia Bonnet-Bernard : On constate un écart grandissant entre les cours de bourse et la valeur comptable des entreprises. Généralement, une entreprise est valorisée en bourse largement au dessus de ses fonds propres. Fin 2008, près de la moitié des entreprises du Cac 40, dix-huit précisément, avaient une valorisation boursière inférieure à leurs fonds propres, contre trois seulement un an plus tôt. Le price to book moyen (ratio de capitalisation boursière par rapport aux fonds propres) a chuté de 2,5 fin 2007 à 1,4 fin 2008 et le PER moyen (price earning ratio, rapport de la capitalisation boursière sur les bénéfices) a reculé en deux ans de 20,9 à 12,6 fin 2008, soit une baisse de 40%. Or, les entreprises qui ont procédé à des tests de dépréciations (sur les incorporels et les goodwills) ont conclu que c'était plutôt la Bourse qui avait tort ! On peut imaginer un tel décalage entre capitaux propres et capitalisation boursière sur quelque temps mais la situation n'est pas tenable à long terme.

Pourquoi ?

S-B.B : En toute logique, la persistance de la confiance des managers dans leur modèle économique et leur stratégie, reflétée par le faible montant de dépréciation d'actifs comptabilisé, devrait rassurer les marchés. Si l'écart entre capitalisation boursière et fonds propres persiste, il ne pourra plus être interprété comme un mouvement général de mauvaise humeur des marchés ou d'incertitude globale sur la conjoncture économique mais comme une défiance vis-à-vis de l'entreprise.

Comment a évolué la répartition des profits entre salaires, dividendes et investissement au sein des entreprises ? Nicolas Sarkozy a évoqué la piste du 1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires, 1/3 pour l'investissement. Quelle est la réalité aujourd'hui ?

S-B.B : Le tiers réservé aux salariés concernerait la participation qui leur serait attribuée et c'est une notion assez compliquée à mettre en oeuvre pour des entreprises mondialisées : prend-on en compte la partie variable des salaires, les bonus, l'intéressement ? La participation stricto sensu est beaucoup plus limitée. Ceci étant, les sommes versées aux salariés ont légèrement continué à croître. De même, les sociétés du Cac 40 vont verser cette année des dividendes à hauteur de 35 milliards d'euros au titre des résultats 2008, soit un « pay-out » moyen de 48,3% contre 42% un an plus tôt. Cette variation positive est le signe que les entreprises veulent fidéliser leurs actionnaires en temps de crise alors même que la valeur des actions a chuté. On constate que les entreprises du Cac 40 ont globalement maintenu un certain équilibre entre la rémunération des actionnaires et le souci de préserver la motivation des salariés.

L'endettement des entreprises du Cac 40 est-il sous contrôle ?

S-B.B : Au cours de l'année 2008, le ratio dette nette sur capitaux propres a augmenté en moyenne de 9 points, soit environ 20%. La baisse des indices aidant, on a par ailleurs observé que la moyenne dette nette sur capitalisation boursière était passé en un an de 17% à 52%, ce qui explique notamment les nombreuses opérations d'augmentation de capital effectuées au printemps 2009.

Quels secteurs sont particulièrement concernés par cette augmentation de la dette?

S-B.B : La hausse du ratio d'endettement se concentre principalement sur l'industrie/BTP d'une part et l'énergie, matières premières et services aux collectivités d'autre part.

Propos recueillis par J.G

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