"Sommes-nous en sécurité" avec Trump ? Les géants américains qui craignent pour leur avenir

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"Sommes-nous en sécurité?" : la PDG du géant américain Pepsico, Indra Nooyi, a relayé ce jeudi 10 novembre les craintes de certains de ses employés. Même son de cloche du côté de la Silicon Valley. La victoire surprise de Donald Trump laisse le secteur technologique américain dans une position inconfortable, obligé de composer avec un futur président dont il ne voulait pas et avec le risque de politiques défavorables.

(Photo d'illustration) Le dynamisme de la Silicon Valley sera-t-il remis en cause par l'élection de Donald Trump ? ( AFP / JOSH EDELSON )
(Photo d'illustration) Le dynamisme de la Silicon Valley sera-t-il remis en cause par l'élection de Donald Trump ? ( AFP / JOSH EDELSON )

"Nos employés, spécialement ceux qui ne sont pas blancs ou qui sont LGBT (lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel, ndlr) demandent : 'sommes-nous en sécurité'?", a déclaré Mme Nooyi, PDG de Pepsico, elle-même d'origine indienne lors d'un colloque à New York. "Félicitations à @realDonaldTrump. Je lui présente mon esprit le plus ouvert et lui souhaite un grand succès dans son service pour le pays", a tweeté de son côté Jeff Bezos, le patron-fondateur d'Amazon, un message conciliant illustre bien le revirement du secteur des technologies.

Car les dirigeants qui avaient ouvertement pris le parti de la démocrate Hillary Clinton, comme c'est le cas d'Indra Nooyi ou des grands patrons de l'innovation technologique, craignent que les déclarations au vitriol du futur président américain sur les immigrants, les musulmans ou les minorités ne soient pas que de simples "arguments de campagne".

UNE SILICON VALLEY TRÈS MAJORITAIREMENT DÉMOCRATE

La Silicon Valley et les élections américaines
La Silicon Valley et les élections américaines ( AFP / Christopher HUFFAKER )

Jusqu'ici, Jeff Bezos proposait plutôt de se débarrasser du candidat républicain en "lui réservant un siège sur la fusée Blue Origin", son autre entreprise active dans le transport spatial. A l'exception notable de l'investisseur Peter Thiel, la Silicon Valley était toute acquise à Hillary Clinton et n'avait pas du tout anticipé la victoire de son adversaire républicain, parfois ouvertement accusé d'incompétence.

Les grands patrons jouent désormais l'apaisement. "Le seul moyen d'avancer est d'avancer ensemble", a écrit Tim Cook aux salariés d'Apple, tandis que chez Facebook, Mark Zuckerberg affirmait que "créer le monde que nous voulons pour nos enfants" est une tâche "plus grande qu'une quelconque présidence".

Il n'empêche que le secteur technologique reste l'un des rares sanctionné à Wall Street après l'élection : jeudi 10 novembre, l'indice Dow Jones a atteint un nouveau record, mais Amazon, Alphabet, Apple, Facebook et Microsoft ont tous perdu 2% à 4%.

Donald Trump a critiqué et menacé directement Amazon ou Apple.

LA MENACE DE MESURES PROTECTIONNISTES

Par ailleurs, "les entreprises technologiques ont été les grandes bénéficiaires de la mondialisation" et risquent de particulièrement souffrir en cas de mesures protectionnistes, a rappelé Jack Ablin de BMO Private Bank.

L'impact de la présidence Trump reste néanmoins incertain, car "les questions technologiques n'étaient pas en haut de l'agenda" pendant la campagne, indique Melinda Jackson, professeure de science politique à l'université californienne de San José.

Hillary Clinton a passé du temps dans la Silicon Valley, mais surtout pour des levées de fonds, tandis que Donald Trump n'a pas spécialement cherché à discuter avec les dirigeants du secteur et n'avait pas besoin de leur argent, rappelle-t-elle.

"Trump s'est largement concentré sur des questions autres que la technologie et l'innovation", avec des commentaires "occasionnellement très critiques" sur le secteur mais finalement "peu de positions politiques articulées en dehors de la fiscalité et du commerce", résume l'Information Technology and Innovation Foundation (ITIF).

Avec Trump au pouvoir, "la fabrication en Amérique est à nouveau sexy", ce qui pourrait profiter à des entreprises ayant des usines aux États-Unis comme Intel ou Tesla, estime aussi Trip Chowdhry, analyste chez Global Equities Research.

LES LÉSÉS DE LA MONDIALISATION

"La première chose que nous devons faire est de s'assurer que tout le monde aux États-Unis est en sécurité", a poursuivi la patronne du géant des boissons non-alcoolisées (Pepsico, Gatorade, Tropicana...) et de la biscuiterie (Frito-Lays, Cheetos, Doritos, Quaker Oats...).

A ses côtés, le patron de la chaîne de cafés Starbucks, Howard Schultz, a, lui, estimé que la victoire de M. Trump et de son programme protectionniste reflétaient le nombre croissant d'Américains qui s'estiment lésés par la mondialisation. "(Il y a) un grand nombre de personnes en Amérique qui estiment avoir été abandonnés", a estimé le PDG, lui aussi ancien soutien de Mme Clinton pendant la campagne.

De leur côté, Canada et Mexique se sont dit prêts à rouvrir l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), comme le souhaite le président élu Donald Trump qui avait même évoqué pendant la campagne électorale américaine sa pure abrogation.

"Si les Américains veulent parler de l'Aléna ou de n'importe quel autre accord commercial, (le Canada) est toujours ouvert pour en discuter avec eux", a indiqué jeudi le Premier ministre canadien Justin Trudeau, farouche défenseur du libre-échange.

La veille, la ministre mexicaine des Affaires étrangères Claudia Ruiz Massieu avait relevé sur CNN que l'accession de M. Trump à la Maison Blanche était "l'occasion de réfléchir si nous devons moderniser" le traité économique "d'une manière qui soit encore plus avantageuse pour les trois pays signataires".

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  • jopaf il y a 4 semaines

    LGBT ? C'est le monde selon flanby !

  • mlaure13 il y a 4 semaines

    Catastrophé...que nenni...Troublé ?...que nenni...D'accord ou pas, c'est un mec qui en a (pas comme nos socialopithèques et UMP associé)...et on saura bientôt si elles sont pendues comme il faut ...Mais de toute façon, c’est un pied de nez à l’establishment qui nous ruine pour son profit depuis plus de 40 ans … L'heure de la révolte a sonné et l'Amérique nous montre le chemin...;-)))

  • rougegre il y a 4 semaines

    Leur salariés pardon ...

  • rougegre il y a 4 semaines

    Nike et les autres fabriquent ou ? Et en payant combien leurs martyrs ?

  • loco93 il y a 4 semaines

    Apple du 100% made in china, pas problème.

  • M7097610 il y a 4 semaines

    au lieu d'exploiter les pays du tiers monde, qu'ils commencent à regarder les 100 millions d'américains pauvres, si si, en bas de chez eux, ceux qui dorment dans leur voiture !

  • tourisc il y a 4 semaines

    Capable de faire des supercalculs pour envoyer des mecs sur la Lune ou sur Mars et pas capable de faire un sondage correct, c'est ce qui arrive quand on manipule les chiffres et les opinions.

  • d.e.s.t. il y a 4 semaines

    Un créationniste borné ne peut rien comprendre au hi-tech, hélas, pas plus qu'un énarque, d'ailleurs!

  • tourisc il y a 4 semaines

    tous ces mecs de la silicon valley avec leur supers chercheurs, leurs supers ordinateurs, leurs supers matheux, leurs super visionnaires et leur supers moyens financiers : RIEN vu venir?? Ca montre a quel point ils sont dans leur bulle complétement déconnectée de la realité du peuple.

  • Neova il y a 4 semaines

    LGBT (lesbienne, gai, bisexuel, transsexuel, ndlr)... y'a d'la joie à la rédaction, ça fait plaisir à voir, lol