Soixante-cinq morts dans les violences au Caire

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SOIXANTE-CINQ MORTS DANS LES VIOLENCES AU CAIRE
SOIXANTE-CINQ MORTS DANS LES VIOLENCES AU CAIRE

par Tom Perry et Noah Browning

LE CAIRE (Reuters) - Soixante-cinq personnes ont été tuées samedi à l'aube dans les violences au Caire, et neuf autres ont péri dans des affrontements à Alexandrie dans la nuit de vendredi à samedi, selon un bilan rendu public samedi soir par le ministère égyptien de la Santé.

Selon les Frères musulmans, ces personnes ont péri lors de l'intervention des forces de sécurité égyptiennes contre les campements installés dans le nord du Caire par des partisans du président déchu Mohamed Morsi.

Un porte-parole des Frères musulmans, Ahmed Aref, a parlé de 66 tués mais ajoute que 61 autres personnes sont en état de "mort cérébrale", sous assistance artificielle. Plus de 4.000 personnes ont reçu des soins en raison des effets des gaz lacrymogènes ou pour des blessures par balles ou par de la grenaille, a-t-il déclaré à la presse.

"Le sang des innocents a coulé. Nous sommes revenus dix ans en arrière", a-t-il dit.

Gehad El Haddad, porte-parole des Frères musulmans dont Mohamed Morsi était le candidat à l'élection présidentielle de 2012, a rapporté que les violences s'étaient produites aux abords du sit-in que les pro-Morsi observent de manière continue depuis le 3 juillet près de la mosquée Rabaa al Adaouia.

"Ils ne tirent pas pour blesser, ils tirent pour tuer", a affirmé El Haddad, précisant que les victimes étaient le plus souvent touchées à la tête ou à la poitrine. Le médecin légiste Ibtisam Zein a confirmé que la plupart des victimes avaient été touchées à la tête.

Un journaliste de Reuters a comptabilisé 36 corps dans une morgue et des responsables médicaux ont signalé 21 autres corps dans deux hôpitaux voisins.

Selon la version du ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim, des heurts ont éclaté samedi à l'aube près de la mosquée Rabaa al Adaouia entre des habitants et des manifestants qui bloquaient un important pont routier. Il a ajouté que la police avait fait usage de gaz lacrymogènes pour tenter de mettre un terme aux affrontements.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Abdel Fattah al Sissi, avait appelé la population à manifester en masse vendredi pour lui donner un "mandat contre la violence et le terrorisme".

Partisans et adversaires de Mohamed Morsi ont organisé vendredi de grands rassemblements réunissant chacun plusieurs centaines de milliers de personnes, signe de la profonde division de la société égyptienne.

ASHTON CONDAMNE LES VIOLENCES

Les violences en Egypte depuis la destitution de Morsi par les militaires le 3 juillet ont fait plus de 200 morts.

Les responsables des Frères musulmans ont lancé samedi un appel au calme mais les manifestants qui campent près de la mosquée ont fait entendre leur colère, promettant de ne pas se laisser intimider. "Nous allons rester ici jusqu'à la mort", a dit Ahmed Ali, 24 ans.

Le chef de file du parti salafiste Al Nour, deuxième formation politique du pays, a appelé quant à lui à l'ouverture immédiate d'une enquête sur ce qu'il a présenté comme un "massacre".

C'est la deuxième fois que se produisent des affrontements aussi meurtriers dans ce quartier. Une cinquantaine de partisans des Frères musulmans avaient été tués par des tirs des forces de sécurité le 8 juillet aux abords de la caserne de la Garde républicaine, cinq jours après la destitution du chef de l'Etat islamiste.

Le ministre de l'Intérieur avait annoncé vendredi que le sit-in des partisans de Mohamed Morsi "devait prendre fin prochainement et de manière légale" en fonction de la décision du parquet, qui doit examiner les plaintes d'habitants mécontents des campements installés à leurs portes. Il a réitéré sa position samedi.

La haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, a déclaré samedi qu'elle "condamnait vivement" les violences meurtrières et a appelé les deux camps à mettre fin aux affrontements.

Le ministère français des Affaires étrangères a déploré "le bilan déjà très lourd des heurts" et appelé "toutes les parties, et notamment l'armée, à faire preuve de la plus grande retenue."

Samedi, les deux chaînes de la télévision publique ne mentionnaient guère les violences, tandis que les trois journaux d'Etat titraient sur les manifestations de vendredi, soulignant que les Egyptiens avaient donné au chef d'état-major le mandat qu'il avait sollicité.

Le ministre de l'Intérieur a par ailleurs annoncé samedi lors d'une conférence de presse que le président déchu Mohamed Morsi serait très probablement transféré à la prison de Torah au Caire où se trouve déjà Hosni Moubarak, l'ancien raïs chassé du pouvoir par la rue en février 2011.

Avec Noah Browning; Jean-Stéphane Brosse, Pierre Sérisier, Guy Kerivel, Hélène Duvigneau et Eric Faye pour le service français

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