Sociétés de gestion : appliquer l'ESG-Climat pour survivre ?

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Sociétés de gestion : appliquer l'ESG-Climat pour survivre ?
Sociétés de gestion : appliquer l'ESG-Climat pour survivre ?

 

40 % des investisseurs ne croient pas en la capacité d’atténuation des risques de l'ESG-climat. La plupart des investisseurs ne comprennent pas comment ces facteurs influent sur leurs portefeuilles[i]. Cet article propose de comprendre le pourquoi et le comment d’une intégration de l’analyse ESG-Climat pour la survie des sociétés de gestion.

 

Pourquoi ?

L’incompréhension des investisseurs est alimentée par deux facteurs. D’abord, certains acteurs pensent que l’ESG-Climat n’est qu’un effet de mode. Ensuite, leur vision partielle ne les amène pas à considérer les trois enjeux ESG-Climat dans leur globalité : réglementaire, commercial et gestion du risque.  Or il est plus que nécessaire de les traiter de manière conjointe.

Premièrement, nous sommes loin de l’effet de mode. Sur le plan législatif, dès 2017, les investisseurs devront s’expliquer sur leur prise en compte de l’ESG et leur effort en matière de préservation du climat (article 173 de la LTE[ii]). Même si cette législation ne concerne pour l’instant que la France et les grandes sociétés de gestion, de nombreux pays s’intéressent à sa transposition nationale : la demande en matière de gestion ESG-Climat est alimentée par le fait que le réchauffement climatique n’est pas une vue de l’esprit mais l’état de la science (GIEC[iii], Changements climatiques 2014 : Incidences, adaptation, et vulnérabilité).

S’agissant de l’enjeu commercial, une grande partie des investisseurs institutionnels français (assureurs, mutuelles, fonds de réserve etc.), dont le poids représente plus de 25 000 milliards d’euros, souhaitent se conformer à la LTE et vont reporter leurs exigences sur les sociétés de gestion. Attention à celles qui ne sauront répondre. Du côté réseau bancaire, même la clientèle privée semble s’y intéresser de plus en plus puisqu’un français sur deux déclare accorder une place importante aux impacts environnementaux et sociaux dans ses décisions de placements[iv].

Enfin, le risque n’est pas appréhendé sur la bonne temporalité puisque le court-termisme des investissements ne facilite pas le lien entre analyse ESG-Climat et risque financier. Cette incapacité à comprendre la valeur ajoutée de l’ESG-Climat dans la gestion des risques est connue sous le terme de « tragédie de l’horizon » (Gouverneur de la Banque d’Angleterre Marc Carney) selon laquelle les investisseurs sont incapables d’évaluer les risques au-delà de leur horizon. Pourtant, l’analyse ESG-Climat a bien montré sa capacité à amortir les chocs financiers, à réduire les risques[v] et demain à saisir les nouvelles opportunités financières[vi].

 

Parmi les sociétés de gestion les plus dynamiques en 2016[vii], certaines ont pour point commun le développement de leur gamme ESG / ISR auprès des institutionnels telles que Comgest, Candriam, OFI AM. Cependant, Sycomore Asset Management est sans doute la société de gestion en France qui a su le mieux intégrer la thématique ESG-Climat en cohérence avec sa forte expertise de gestion financière. Dès sa création, la société a en effet mis l’accent sur la dimension extra-financière. Cette spécialisation reconnue au fil des années lui a permis de maintenir sa croissance des encours, de décrocher des mandats auprès d’institutionnels pour atteindre aujourd’hui près de 3 milliards d’euros.

 

Comment ?

Il ne fait nul doute aujourd’hui que l’analyse ESG-Climat soit un élément indispensable pour survivre dans le monde ultra concurrentiel de la gestion d’actifs.  En complément de nombreux guides pratiques existants (AF2i, AFG, FIR, FFSA), le groupe de travail sur le reporting financier des risques liés au climat[viii] vient de publier ses recommandations afin d’aider les investisseurs, les prêteurs et les assureurs à « évaluer et à tarifer correctement les opportunités et les risques liés au climat ». En outre, de nombreuses agences spécialisées dont EthiFinance accompagnent les investisseurs à l’intégration d’une stratégie ESG-Climat dans leur processus d’investissement.

De la gouvernance aux actions correctives ESG-Climat : 5 phases pour être en marche

  • Gouvernance : constituer les équipes de gouvernance chargée du pilotage des risques et de l’identification des opportunités ESG-Climat.

 

  • Stratégie : identifier les risques et décrire les opportunités et les impacts potentiels des différents scénarios climatiques et des risques ESG.

 

  • Gestion des risques ESG-Climat : inclure les risques ESG-Climat dans la gestion globale des risques.

 

  • Objectifs et outils de mesure : créer les outils de suivi, mesurer la démarche ESG-Climat et ses impacts.

 

  • Actions correctives : mesurer les écarts et appliquer les modifications afin d’atteindre une efficacité opérationnelle.

 

Jean-Marc CLAMY

Directeur Analyse et Conseil extra-financiers auprès des investisseurs

EthiFinance

 

[i] RBC Global Asset management 

[ii] Loi de Transition Energétique 15 août 2015 et son décret d’application 29 décembre 2015

[iii] Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat

[iv] Sondage Vigeo Eiris, Forum de l’investissement 2016

[v] Your entry to in-depth, knowledge in finance, Deutsche Bank & Wealth Management, Avril 2013

ESG Indices Financial Risk: Performance measures based on Value-at-Risk approach, Amélie CHARLES, Olivier DARNE, LEMNA, Jessica FOUILLOUX, December 17, 2015 

Reputation Risk Management, J. Larkin, 2003

[vi] Implementing the Recommendations  of the Task Force  on Climate-related  Financial Disclosures, December 14, 2016

[vii] Option finance, 25 avril 2016

[viii] Task Force on Climate-related Financial Disclosure, TCFD

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