SNCF et intermittents, symptômes d'un malaise syndical

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SNCF ET INTERMITTENTS, SYMPTÔMES D'UN MALAISE SYNDICAL
SNCF ET INTERMITTENTS, SYMPTÔMES D'UN MALAISE SYNDICAL

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Au-delà de leurs conséquences, la grève en voie d'extinction à la SNCF et le mouvement des intermittents du spectacle sont autant de symptômes d'un malaise du syndicalisme français écartelé entre réformisme et tentation de la radicalisation.

Pour Guy Groux, directeur de recherche au CNRS et à l'Institut de sciences politiques de Paris, c'est aussi une mauvaise nouvelle pour François Hollande et son gouvernement, qui tentent d'imposer une politique social-démocrate.

"On est revenu à des clivages très forts et ce n'est jamais bon pour le syndicalisme, globalement", explique à Reuters ce spécialiste des mouvements sociaux. "Ce n'est pas bon non plus pour le gouvernement, qui essaye de faire une politique sociale-démocrate sans avoir une vraie base syndicale."

Une situation qui risque de peser sur la "grande conférence sociale" des 7 et 8 juillet prochains.

Les conflits de la SNCF et des intermittents ont en commun le rôle clef joué par des fédérations appartenant à une CGT pas encore remise de la crise interne qui a marqué la succession de Bernard Thibault au poste de secrétaire général en 2013.

Au cours de ses 14 ans à la tête de la CGT, Bernard Thibault a tenté d'amener la première centrale syndicale française, jadis liée au Parti communiste, sur une ligne réformiste, apanage de sa principale rivale, la CFDT.

Son successeur, Thierry Lepaon, peine à s'imposer, d'où un problème de gouvernance à la tête d'une confédération qui est tout sauf monolithique.

ABSENCE DE CAP

"C'est tout le problème de la CGT : il n'y a pas de cap bien défini et Thierry Lepaon reflète cette absence de cap", entre participation à la négociation collective et soutien à des conflits sociaux durs, souligne Guy Groux.

En témoigne le refus de la CGT de signer l'accord interprofessionnel conclu en décembre par les partenaires sociaux sur la formation professionnelle : la direction de la centrale était pour mais la délégation qui a participé à la négociation a fait prévaloir sa position hostile au texte.

De même, Thierry Lepaon a laissé entendre jeudi que le conflit sur la réforme ferroviaire était proche d'un dénouement mais a été contredit quelques heures plus tard par les cheminots grévistes CGT et Sud-Rail, qui ont reconduit leur mouvement malgré le vote à l'Assemblée nationale d'amendements destinés à les rassurer. (voir)

A ce problème de gouvernance s'ajoute un contexte de crise économique et politique très défavorable à la gauche au pouvoir et propice à la radicalisation, estime Guy Groux.

"Les radicaux de la CGT et de Sud ont le vent en poupe", souligne-t-il. "Défendre une ligne réformiste (au sein de la CGT) est devenu difficile."

Le numéro 2 de la CGT n'en disconvient pas : la succession de Bernard Thibault a laissé "quelques traces" et la situation de la confédération "n'est pas simple", confie à Reuters Eric Aubin, qui met cependant aussi en cause le gouvernement.

SURENCHÈRE

"On un Medef très à l'offensive, un gouvernement qui écoute plus le Medef et travaille avec une seule organisation syndicale, la CFDT. Donc, forcément, ça perturbe la CGT et en interne ça crée quelques tensions", explique-t-il.

"Il y a toujours des débats entre ceux qui pensent qu'il faut se radicaliser et ceux qui pensent qu'il faut aller vers plus de négociations", ajoute-t-il. "Il n'est pas simple d'arbitrer un débat comme celui-là dans la période actuelle."

D'autant plus difficile qu'à l'approche d'élections professionnelles à la SNCF, le radicalisme de Sud-Rail tend à pousser la fédération des cheminots CGT à la surenchère.

Si le gouvernement a tenu bon sur la réforme ferroviaire malgré deux semaines de grève et de perturbations, l'impact de ce mouvement se mesurera également lors des prochaines élections professionnelles, qui diront si la radicalisation paye ou non parmi les salariés de la SNCF.

La CGT-spectacle, qui jouit d'une grande autonomie et représente surtout les intérêts des techniciens, se montre pour sa part résolue à continuer son bras de fer contre l'agrément d'une nouvelle convention d'assurance chômage qui durcit les conditions d'indemnisation des intermittents.()

La CGT a refusé de signer cette convention Unedic, contrairement à la CFDT et la CFTC, qui joue à fond le jeu de la négociation collective, et à Force ouvrière, qui a adopté ces derniers temps une position intermédiaire.

(Edité par Yves Clarisse)

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