Ski: le changement de matériel laisse au mieux perplexe

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PARIS (Reuters) - Les skieurs français balancent entre fatalisme et agacement face à la modification des skis imposée par la Fédération internationale (FIS) pour améliorer, selon elle, la sécurité sur les pistes de Coupe du monde.

Les géantistes sont les plus exposés à ces nouvelles normes qui concernent également, avec des évolutions moins spectaculaires, le matériel de descente et de Super-G.

Les skis se sont allongés et leur rayon a grandi, ce qui se traduit par davantage de difficulté à les lancer dans les courbes. En slalom géant, le changement est jugé considérable.

L'objectif exposé par la FIS est de freiner les skieurs pour limiter les risques de blessures mais l'argument ne tient pas, à entendre Johan Clarey, parce que ces skis vont demander beaucoup plus d'engagement donc plus de prise de risques.

"Ce qui est paradoxal, c'est que c'est beaucoup plus dangereux. Ce sont des skis beaucoup plus physiques et en fin de manche, il y aura peut-être des surprises parce que ça fatigue beaucoup plus", expose ce spécialiste de la vitesse qui a beaucoup travaillé sa technique - donc le géant - durant l'été.

"Ce ski n'entre pas en courbe, il n'a aucune énergie, il est tout droit. On retourne 15 ans en arrière."

La slalomeuse Nastasia Noens, qui veut entrer dans le Top 30 mondial en géant, est moins catégorique mais reste perplexe.

Si elle avoue "bien aimer" le nouveau matériel et sa stabilité qui compense son ski très engagé, elle reconnaît que "ça nous fait prendre moins de vitesse et c'est dommage parce qu'(aller plus vite), c'est l'évolution naturelle".

"Ça va être assez bizarre de voir tout le monde avec ces skis-là, il va y avoir moins d'écarts, ça peut apporter des surprises", ajoute-t-elle.

La géantiste Tessa Worley sera l'une des premières à s'y essayer en compétition, ce week-end à Sölden, en Autriche.

Durant l'été, elle a dû "réapprendre techniquement à maîtriser les skis parce qu'ils sont un peu plus physiques et qu'on n'a pas les mêmes trajectoires".

Jean-Philippe Vulliet, directeur de l'équipe de France féminine de ski alpin, soulignait il y a quelques semaines, lors de la présentation du groupe, que cela avait demandé "beaucoup de boulot".

"Je pense que l'adaptation est réglée aujourd'hui mais il faut choisir le meilleur matériel et ça prend du temps."

Et parce qu'il nécessite de changer ses habitudes, parce qu'il pourrait influer sur la hiérarchie, ce changement n'a donc guère d'avocats chez les skieurs français.

Au mieux est-il accueilli avec philosophie.

"Les skis ça va, c'est des skis...", s'essaye Alexis Pinturault, quatrième de la Coupe du monde de géant l'an passé.

"On se fera peut-être un peu moins plaisir qu'avec ceux qu'on avait mais ça va rester du géant. Avant, on avait plus de sensations mais le plaisir se trouvera ailleurs probablement. On va s'habituer et on va oublier les autres à force."

Gregory Blachier

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