Ski: la nouvelle vie de Julien Lizeroux

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JULIEN LIZEROUX VEUT SE FAIRE PLAISIR
JULIEN LIZEROUX VEUT SE FAIRE PLAISIR

par Olivier Guillemain

PARIS (Reuters) - Julien Lizeroux sort de deux ans de rééducation au cours de laquelle il a voulu arrêter "200 fois" le ski.

Le voilà pourtant au départ d'une nouvelle saison, où il souhaite "se faire plaisir", sur des spatules et dans les couloirs de la Fédération internationale de ski (FIS).

Maudit genou gauche. En 24 mois, le skieur de La Plagne a eu le temps d'apprendre la signification du mot "patience".

Il n'a pourtant jamais baissé les bras et presque jamais perdu sa bonne humeur contagieuse, lui qui s'exprime toujours avec un large sourire.

"Physiquement, par rapport à il y a deux ans, c'est le jour et la nuit", a-t-il confié à Reuters.

"J'ai été absent longtemps, subi deux opérations mais là, j'ai fait toute la préparation physique avec les copains et je suis encore là, donc ça veut dire que cela fonctionne !"

Il y a quelques mois encore, Julien Lizeroux ne pouvait pas monter des escaliers et regardait ses "copains" à la télévision, devant son poste ou dans une cabine de présentateur.

"Cette partie là était bien. Je n'ai pas raté une course. Après, sur ma convalescence ça été souvent très long et très compliqué", raconte-t-il.

"On m'a souvent parlé du mot 'patience', j'ai vraiment appris ce que ça voulait dire. Il y a eu beaucoup de bas, très peu de hauts mais dans l'ensemble, il y avait une ligne directrice positive", poursuit-il.

"Je me suis dit 200 fois que j'allais arrêter. Mais comme je suis assez maso et assez têtu, je n'ai jamais abdiqué. Cela a pris beaucoup de temps, beaucoup d'abnégation et j'ai été super bien entouré."

Le double vice-champion du monde 2009 de slalom et du super-combiné a rechaussé officiellement ses skis en décembre dernier, en ouvrant une épreuve de Coupe du monde puis en s'alignant sur des courses mineures, comme le tournoi des douanes.

"DÉJÀ UNE ÉNORME VICTOIRE D'ÊTRE LÀ"

La reprise s'est faite progressivement et même s'il souffre encore d'un phénomène compensatoire qui le fait pencher du côté droit, par peur psychologique de se blesser à nouveau au même endroit, le voilà en piste pour "un ultime défi", à 34 ans.

"Je suis tombé tellement bas physiquement que le fait de refaire du ski, tout simplement, c'était compliqué. Et à haut niveau, cela se rapprochait de l'inenvisageable. Donc c'est déjà une énorme victoire d'être là", souligne-t-il.

"J'ai retrouvé le sourire, les copains. Après, ma carrière est faite, je ne reviendrai jamais comme avant, c'est différent. Mon seul objectif est de me faire plaisir et, pourquoi pas, de mettre une petite cerise sur le gâteau."

Le retour de Julien Lizeroux en a surpris plus d'un, à commencer par le directeur de l'équipe de France de ski alpin hommes, Gilles Brenier.

"Julien, il m'impressionne. C'est une force mentale extraordinaire. C'est un vrai challenge. C'est un fonceur, il ne se pleure pas dessus", estime le technicien.

En plus de relever ce dernier défi, Julien Lizeroux en a accepté un autre au printemps dernier : devenir représentant des athlètes du ski alpin auprès de la FIS.

"J'ai toujours pensé que certains avant moi n'avaient rien fait de concret pour notre sport donc, du coup, je me suis dit que j'allais essayer de m'investir et de faire bouger les lignes", raconte-t-il.

Sa mission est de "porter le message des athlètes", de définir des priorités, recueillir les doléances de chacun, essayer de les synthétiser et de faire changer les choses. Concrètement, cela revient à beaucoup discuter via internet et à se rendre à quelques réunions en Suisse, au siège de la FIS.

"Je suis rentré dans des sphères politiques même si je n'aime pas trop ça. Pour que les athlètes aient une meilleure écoute et que les choses évoluent, s'il faut faire un peu de politique, cela ne me dérange pas", explique-t-il.

"C'est assez intéressant. Je prends ma mission à coeur. Mais bon, si au printemps, au congrès de la FIS, je me rends compte qu'on est juste là pour faire beau, je claquerai la porte".

(Avec Chrystel Boulet-Euchin, édité par Gilles Trequesser)

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