Ski: Alexis Pinturault suit la voix de son père

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ALEXIS PINTURAULT, LA CULTURE DE L?EXIGENCE EN HÉRITAGE
ALEXIS PINTURAULT, LA CULTURE DE L?EXIGENCE EN HÉRITAGE

par André Assier

AIX-LES-BAINS, Savoie (Reuters) - Etoile montante du ski alpin français et vainqueur la semaine dernière du slalom de Coupe du monde de Val d'Isère, Alexis Pinturault doit à l'éducation dispensée par son père son ambition sans limite.

Devant une armoire à trophées déjà bien garnie, installée dans l'entrée de l'Annapurna, hôtel luxueux de la station de Courchevel, Claude Pinturault, 57 ans, n'est pas du genre à s'extasier devant la réussite du fils prodigue.

"S'il faut un jour mettre d'autres coupes importantes, j'enlèverai les 'moins' importantes", s'amuse celui qui dit avoir inculqué à son fils l'idée d'un engagement total et a trouvé du répondant chez un skieur qui dit prendre chaque départ pour gagner.

"Si on fait quelque chose, c'est pour tout donner et le faire à fond", résume Claude Pinturault, père de trois enfants dont l'aînée fait des études de finances et le benjamin est encore à l'école primaire.

"Deuxième, c'est le premier des derniers", pose-t-il.

"Vous allez à Wengen ou à Kitzbühel, il n'y a que le nom du vainqueur qui est inscrit sur une pierre rappelant l'histoire ou sur les remontées mécaniques", insiste cet ancien volleyeur d'honnête niveau à l'ASU Lyon.

EXIGENCE

Cet apprentissage de l'exigence a débuté alors qu'Alexis Pinturault, deux ans à peine, venait de chausser ses premiers skis dans le hall de l'hôtel pour aller dévaler la piste verte toute proche, se souvient le père de famille.

C'est pourtant le football et des duels acharnés, l'été venu, qui ont poussé le fils à vouloir dépasser le père.

"En Norvège, chez maman, nous faisions des un contre un en foot et c'était le premier à 10 buts. J'ai bien réussi à le battre", raconte Alexis Pinturault.

"Pas souvent, il me semble", coupe son père, frondeur.

"Tu as raison. Je prenais des bonnes 'peignées' mais le lendemain, j'y retournais et je lui en redemandais. Il fallait que je le batte car j'avais mal pris de perdre la veille... Mais c'était dur."

Une fois son cadet inscrit dans un club de football, le père a continué de le pousser, au bord du terrain. Jusqu'à présent, cette méthode paye. Vainqueur l'an dernier d'un slalom parallèle disputé en ville, à Moscou, Alexis Pinturault a fait une entrée remarquée sur le circuit mondial.

A 21 ans, il compte déjà huit podiums dont le dernier, il y a une semaine à peine à Val d'Isère, où il est monté sur la plus haute marche malgré une reprise tardive à cause d'une fracture durant l'été.

"C'est mon éducation. Je me dis qu'il n'y a que le podium qui compte, et même que la victoire qui compte. Il faut toujours à fond", explique le jeune skieur, dixième du classement général de la Coupe du monde l'année dernière.

"Mon but, c'est de gagner. C'est une question d'ambition mais pas d'orgueil mal placé. Je veux simplement être premier car c'est une question d'accomplissement personnel."

Le discours paternel est bien passé chez un fils qui ne le remettrait pas en cause : "Cela ne m'inhibe pas, j'ai été élevé comme cela. Quand mon père me dit quelque chose, c'est qu'il a raison", dit Alexis Pinturault.

"ON SAURA DANS DIX ANS"

Et Claude Pinturault a des arguments à faire valoir.

Non, il ne s'estime pas trop dur avec son fils car "la vie d'un sportif de haut niveau est globalement plus agréable qu'un salarié dans une entreprise".

Oui, il trouve normal de pousser Alexis car il l'a toujours fait quel que soit le domaine. "Ce qui fait plaisir en tant que parents, c'est que nos enfants réussissent", explique-t-il.

"Quand il était à l'école, c'était le bac. Il l'a eu. Maintenant qu'il est sportif professionnel, ce sont les JO et les Mondiaux qu'il faut gagner. Je serai alors le plus heureux pour lui, pas pour moi. Ce n'est pas de l'exigence. C'est de la logique."

"Vous en connaissez des familles qui ne veulent pas que leurs enfants réussissent? Je veux qu'il réussisse ce qu'il aime faire. Il aime le ski, il doit réussir. L'ADN est là. S'il était artiste peintre, je voudrais que ses peintures soient bien cotées. Je l'ai éduqué ainsi."

Dans ce portrait de famille, la mère semble en retrait mais Alexis Pinturault n'oublie pas, lui non plus, son "ADN": "Ma maman a une place aussi importante car on dit que chez les Norvégiens, il y a beaucoup de skieurs précoces."

Avec cet alliage d'inné et d'acquis, Pinturault a beaucoup d'atouts pour réussir. Ne reste donc plus qu'à aller au bout de son histoire car les nombreux podiums n'ont encore pas satisfait le nouveau leader du ski français. Pas plus que son père.

"Il n'a fait qu'une petite partie du chemin. Il s'en rend compte par lui-même. Qu'est-ce qui fait que tu restes dans l'histoire du sport, c'est que tu gagnes pendant plusieurs années", prévient Claude, qui gère les aspects administratifs et logistiques pour que son fils n'ait qu'à penser aux courses.

"On saura si c'est un grand skieur dans dix ans, s'il continue comme la saison dernière et à un niveau au-dessus."

Edité par Gregory Blachier

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