Six Nations: Claassen, le plus Français des Sud-Africains

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par Cécile Grès

PARIS (Reuters) - Des dents ont grincé lorsqu'Antonie Claassen a été sélectionné dans le XV de France pour affronter l'Angleterre mais si le troisième ligne sud-africain dit comprendre ces critiques, il affirme aussi ne pas s'en émouvoir outre mesure.

"Bien sûr que mon cas est particulier et je comprends que certains ne soient pas contents", dit-il dans une interview par téléphone. "Je sais que je vais avoir un peu plus de pression que les autres et que je vais être plus observé."

Tout a commencé lundi lorsque le sélectionneur Philippe Saint-André a fait de lui une des cinq incarnations du changement pour redresser la barre contre l'Angleterre après deux matches du Tournoi des Six Nations perdus face à l'Italie et au Pays de Galles.

Le troisième ligne de Castres reconnaît qu'il a été le premier surpris et que son père Wynand, ancien troisième ligne et capitaine des Springboks, l'a suivi de près car c'est lui qu'il a appelé en premier.

D'autres bien sûr ont été surpris.

"Du sang neuf et étranger dans le commando pour Twickenham", a été un des titres dans la presse. La Voix du Nord a qualifié le choix de Saint-André de "controversé".

Sur Twitter, les réactions ont été plus polémiques. La femme d'Imanol Harinordoquy, visiblement contrariée que son mari n'ait pas été rappelé, a exprimé sa colère en 140 signes : "Je ne connais pas Claassen mais il me semble que nous ne sommes pas dépourvus de troisième ligne français ! Ça m'énerve."

Claassen refuse d'entrer dans une polémique. "Rien de ce que j'ai pu lire n'a amoindri la joie avec laquelle je vis depuis lundi. Je suis fier, c'est magique", dit-il.

Né en Afrique du Sud il y a 28 ans, le troisième ligne sait qu'il répond à tous les critères pour devenir le neuvième étranger à porter le maillot du XV de France. Il a aussi pour force la fierté d'un parcours entrepris en 2007.

"Ça fait cinq ans que je suis en France, je suis mieux ici qu'en Afrique du Sud. Je ne sais même pas comment l'expliquer, c'est une affaire de sensations, j'aime vivre ici et j'aimerais y vivre toute ma vie", dit-il.

"EN FRANCE, BIEN SÛR"

Antonie Claassen est arrivé à Brive en 2007. Il y a retrouvé Gerhard Vosloo, autre troisième ligne sud-africain qu'il considère comme son "frère" et qui joue aujourd'hui à Clermont.

"Il m'a présenté Laurent Seigne, l'entraîneur de l'époque. J'ai fait des essais, j'ai joué avec les Espoirs au début puis j'ai rejoint l'équipe première et mon aventure française a commencé", raconte Claassen qui avait commencé à jouer au rugby avec les Blue Bulls de Pretoria.

En Corrèze, il se fond dans le CAB. Il doit attendre février 2008 pour faire ses débuts, à cause de problèmes administratifs, mais dispute ensuite 14 matches sur 19 en championnat. Puis il s'installe : 20 titularisations en 26 journées l'année suivante, 22 celle d'après.

Très vite, il tape dans l'oeil de Marc Lièvremont. "A l'époque, j'avais été flatté mais je ne remplissais pas encore les critères pour jouer en équipe de France donc je ne m'étais pas pris la tête", dit-il.

Détendu, jovial, Claassen raconte sa vie à Brive où il achète des appartements qu'il rénove, toujours avec Vosloo. "C'est un petit business sympa, je me vois bien faire ça après ma carrière. En France bien sûr", dit-il.

La France, il n'a que ce mot à la bouche. "J'ai appris la langue et assimilé les traditions mais ce n'était pas un effort pour moi, plus une marque de respect", dit-il. Il n'aura ainsi pas besoin d'apprendre la Marseillaise qu'il dit "connaître par coeur depuis longtemps".

En 2012, il annonce qu'il quitte Brive pour Castres mais ça ne l'empêche pas de pleurer à chaudes larmes quand le CAB est relégué en ProD2. "J'étais effondré. Je me souviens, j'étais si triste pour les joueurs, les supporters, la ville..."

Avec un accent sud-africain bien prononcé mais dans un français presque parfait, Claassen bavarde, partage les mille sentiments qui lui passent par la tête, spontané.

"Je me demande comment ça va être à Marcoussis mais j'y vais avec Christophe Samson (deuxième ligne de Castres, NDLR) et il y a d'autres joueurs que je connais un peu, ça va être cool, j'ai tellement hâte !", dit-il.

La délivrance viendra samedi lorsque le XV de France se rassemblera pour une semaine de préparation du "crunch".

"Twickenham, j'y étais il y a deux ans avec des potes pour assister à Angleterre-France", se réjouit-il. "Mon Dieu l'ambiance !"

Edité par Jean-Paul Couret

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