Situation sanitaire "au bord de l'explosion" au Yémen-MSF

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* Plus de 3.500 morts en quatre mois de conflit * Acheminement de l'aide humanitaire entravée par les combats * Hôpitaux pris pour cibles, pénurie de médicaments PARIS, 4 août (Reuters) - La situation sanitaire est au "bord de l'explosion" au Yémen, où les combats rendent difficile l'acheminement de l'aide humanitaire et privent la population civile d'accès aux soins et aux produits de première nécessité, ont déclaré mardi des responsables de Médecins sans frontières. "Le pays fait face à des pénuries en termes de nourriture, de carburant et (...) de médicaments", a indiqué Xavier Guinotte, directeur adjoint des opérations MSF à la presse à Paris. "La situation du système sanitaire est clairement au bord de l'explosion : il est très difficile pour la population d'avoir accès aux structures de santé ou nous d'avoir accès à la population en raison des bombardements et des combats". Plus de 3.500 personnes, pour la moitié des civils, ont été tuées depuis le début des affrontements en mars entre les rebelles chiites houthis et les forces loyalistes soutenues par une coalition arabe sunnite emmenée par l'Arabie saoudite. Selon l'Onu, 80% de la population yéménite a besoin d'aide humanitaire et des millions de personnes sont exposées à la famine. En quatre mois de conflit, aucune des trêves humanitaires ne s'est concrétisée. "Aden est complètement détruite, il n'y a plus aucun service public, c'est un dépotoir à ciel ouvert ce qui entraîne des risques au niveau sanitaire", dit Thierry Goffeau, coordinateur de projet à Aden, de retour d'une mission sur place. Conséquences de la pénurie de fioul, les générateurs dans les hôpitaux ne sont plus alimentés et l'alimentation en eau, basée sur un système de forage, se raréfie. Faute de soins, plusieurs femmes enceintes qui n'étaient pas en mesure de se déplacer jusqu'à l'hôpital sont décédées ces derniers mois. AIDE PAS A LA HAUTEUR MSF compte neuf structures de soin au Yémen. Au plus fort du conflit, les deux antennes de MSF à Aden recevaient quelque 350 nouveaux patients par semaine. Au total, 20.000 blessés ont été recensés depuis le début des affrontements, dont 9.000 ont été pris en charge par MSF. A Aden, la situation s'est légèrement améliorée depuis la reprise de la ville par les forces pro-gouvernementales qui a été suivie par un arrêt des combats, permettant à l'Onu de procéder à sa première livraison d'aide humanitaire depuis le début du conflit en mars. "Maintenant les quelques quartiers qui étaient encore sous contrôle de la résistance revivent", souligne Thierry Goffeau. "Il y a des commerces qui commencent à rouvrir, l'essence est disponible donc quelques voitures circulent, la vie revient", ajoute-t-il même si les balles perdues sont encore le lot quotidien des habitants et des médecins qui ont fixé des plaques de métal sur les fenêtres des hôpitaux pour limiter les risques. Demeure la question de l'embargo sur les armes à destination des houthis prévu par le conseil de sécurité de l'Onu qui selon MSF entrave l'acheminement de l'aide humanitaire faute d'accord sur le mécanisme d'inspection des bateaux et des avions. "Aujourd'hui il y a un besoin d'un déploiement massif de l'aide humanitaire", indique Xavier Guinotte. Or "ce déploiement n'est pas à la hauteur parce qu'il se heurte à des problèmes techniques d'ordre juridique". (Marine Pennetier, édité par Yves Clarisse)

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