Silvio Berlusconi replonge l'Italie dans la crise politique

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SILVIO BERLUSCONI REPLONGE L'ITALIE DANS LA CRISE POLITIQUE
SILVIO BERLUSCONI REPLONGE L'ITALIE DANS LA CRISE POLITIQUE

par Catherine Hornby et Antonella Cinelli

ROME (Reuters) - Silvio Berlusconi a replongé samedi l'Italie dans la crise politique en provoquant la démission des ministres appartenant à sa formation, le Peuple de la liberté (PDL), et en accusant le président du Conseil Enrico Letta d'avoir trahi le "pacte de coalition" unissant le PDL et le Parti démocrate (centre gauche) du Premier ministre.

Le monde politique italien va une nouvelle fois entrer dans une phase de tractations pour chercher une nouvelle majorité parlementaire prête à soutenir un autre gouvernement afin d'éviter de renvoyer les électeurs devant les urnes, sept mois après les dernières législatives.

A la tête depuis cinq mois d'un cabinet de coalition de centre droit et de centre gauche, Enrico Letta a éprouvé les pires difficultés à faire adopter les réformes nécessaires au pays pour mettre fin à deux ans de récession, une décennie de léthargie économique, une dette publique de 2.000 milliards d'euros et un taux de chômage des jeunes atteignant les 40%.

Cette nouvelle crise est le produit de la possible éviction de Berlusconi du Sénat à la suite de sa condamnation définitive, prononcée en août par la Cour de cassation, pour fraude fiscale dans l'affaire Mediaset. Une commission sénatoriale doit se réunir le 4 octobre pour se prononcer sur une éventuelle déchéance du "Cavaliere".

Le vice-président du Conseil et dirigeant du PDL Angelino Alfano a annoncé sa démission et celle des autres membres de sa formation du gouvernement quelques minutes après que Silvio Berlusconi a demandé leur départ tout en attaquant vivement le Premier ministre.

"GRAVE VIOLATION"

Il lui a notamment reproché d'avoir réclamé un vote de confiance au Parlement -qu'il qualifie d'ultimatum "inadmissible et inacceptable"- et d'avoir gelé dans l'intervalle toutes les décisions du gouvernement.

"La décision prise par le Premier ministre Enrico Letta de geler les activités du gouvernement, et par conséquence de déclencher une hausse de la TVA, constitue une grave violation du pacte sur lequel ce gouvernement a été formé", ajoute Silvio Berlusconi dans un communiqué.

Vendredi, Enrico Letta, rentré précipitamment de New York pour affronter la crise politique, avait convoqué un conseil des ministres pour tenter d'obtenir des ministres PDL qu'ils entérinent des mesures budgétaires, au nombre desquelles un relèvement du taux de TVA de 21 à 22%.

Cette hausse de la TVA, décidée par le gouvernement précédent, devait entrer en vigueur au 1er octobre, mais les ministres membres du PDL, qui a mené campagne contre le relèvement de la TVA, ont maintenu leur opposition.

Enrico Letta a immédiatement riposté en accusant Silvio Berlusconi d'avoir proféré "un énorme mensonge". "Pour justifier l'acte irresponsable et fou de ce jour, qui n'a pour but que de couvrir ses propres problèmes personnels, Berlusconi tente de tordre la réalité, en utilisant la TVA comme alibi."

"Chacun au parlement devra assumer la responsabilité de ses actes devant la nation", a ajouté le chef du gouvernement, qui pourrait renoncer à son projet initial d'un vote de confiance et soupeser d'abord le soutien dont il peut encore bénéficier au parlement.

TROUVER UNE MAJORITÉ

Certains dans l'opposition n'ont pas tardé à réclamer des élections anticipées, mais le vice-ministre de l'Economie Stefano Fassina, membre du Parti démocrate, a dit avoir bon espoir de voir émerger une nouvelle coalition gouvernementale.

"Je ne vois pas des élections. Nous ne voulons pas y aller, nous trouverons une solution au parlement où il existe, j'en suis sûr, une majorité pour éviter des élections", a-t-il assuré.

Enrico Letta peut trouver sans trop de difficultés une majorité à l'Assemblée. Au Sénat, il peut rallier à lui des élus PDL en rupture de ban avec Berlusconi, ainsi que des membres du mouvement contestataire Cinq-Etoiles de Beppe Grillo.

Quelques heures encore avant la démission des ministres PDL, le président Giorgio Napolitano, seul habilité à décider une dissolution du parlement et un nouveau scrutin, déclarait que l'Italie avait avant tout besoin d'un gouvernement stable et non de retourner aux urnes.

"Nous avons besoin d'un parlement qui débatte et travaille, et non qui soit dissous en permanence. Nous avons besoin de continuité", estimait le chef de l'Etat.

"Nous n'avons pas besoin d'être en permanence en campagne électorale. Ce qu'il nous faut, c'est résoudre les problèmes concrets", ajoutait-il.

Il a fait savoir dans la soirée qu'il avait été informé par Enrico Letta de la démission des ministres PDL et qu'il réfléchirait avec le Premier ministre à la conduite à tenir.

Les derniers sondages donnent les deux grands blocs au coude à coude au parlement, et de nouvelles législatives risqueraient fort, étant donné le mode de scrutin italien, de se solder par une impasse politique.

Avec Giselda Vagnoni, Stephen Jewkes et James Mackenzie, Henri-Pierre André, Eric Faye et Pascal Liétout pour le service français

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