Siemens veut du temps pour contrer l'offre de GE sur Alstom

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SIEMENS DEMANDE UN MOIS À ALSTOM POUR CONTRER GENERAL ELECTRIC
SIEMENS DEMANDE UN MOIS À ALSTOM POUR CONTRER GENERAL ELECTRIC

par Benjamin Mallet et Arno Schuetze

PARIS/FRANCFORT (Reuters) - Alstom va devoir étudier une offre de rachat de sa branche énergie par le géant américain General Electric mais également répondre à l'allemand Siemens, qui envisage une contre-proposition et demande un délai d'un mois pour étudier en profondeur la situation du français.

Surveillé de près par le gouvernement, qui est soucieux de préserver l'emploi, le conseil d'administration d'Alstom se réunissait mardi en fin de journée pour examiner les propositions des deux prétendants. Selon une source proche des discussions, cette réunion a débuté à 18h00.

Après s'être invité dimanche dans les tractations entre Alstom et General Electric (GE) avec une déclaration d'intérêt, Siemens a officialisé mardi son intention de faire une offre, précisant toutefois qu'il souhaitait disposer de quatre semaines pour effectuer des vérifications préalables (due diligence).

Des sources proches du dossier avaient auparavant déclaré à Reuters qu'Alstom était prêt à lui accorder deux ou trois semaines.

Le groupe allemand n'a pas fourni de précisions sur l'offre envisagée à ce stade mais, selon une source proche du dossier, sa proposition valoriserait la branche énergie Alstom à 14,5 milliards de dollars (10,5 milliards d'euros) en incluant du cash et des transferts d'actifs ferroviaires au groupe français.

D'autres sources évoquaient ces derniers jours une offre de GE de 13 milliards de dollars en numéraire (9,4 milliards d'euros) pour les mêmes actifs, qui regroupent notamment les turbines pour centrales électriques, l'éolien et les systèmes de transmission de l'électricité.

Ces montants sont nettement supérieurs à la capitalisation boursière de l'ensemble du groupe Alstom, valorisé en Bourse moins de 8,4 milliards d'euros.

Personne n'était disponible dans l'immédiat chez Alstom et GE n'a pas souhaité faire de commentaires.

La branche énergie d'Alstom, pour laquelle le groupe semblait sur le point d'engager des négociations exclusives avec GE, représente 70% du chiffre d'affaires total du groupe français.

L'ÉTAT VEUT "UNE ÉGALITÉ DE TRAITEMENT STRICTE"

Suspendu en Bourse depuis vendredi, Alstom avait annoncé dimanche qu'il poursuivait sa réflexion stratégique et qu'il informerait le marché d'ici mercredi matin, sans plus de précisions.

Alors que sa branche énergie emploie près de 9.000 personnes en France, le gouvernement a de nouveau tenté mardi de peser sur le dossier en recevant les syndicats et en annonçant avoir saisi l'Autorité des marchés financiers (AMF) pour demander au conseil d'Alstom "une égalité de traitement stricte" entre l'offre de Siemens et de GE.

L'AMF, en exprimant son souhait d'une reprise de la cotation d'Alstom mercredi, a ainsi demandé au conseil d'Alstom "d'examiner les différentes solutions de façon objective et professionnelle, sur la base de critères clairs".

Le ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, qui pilote le dossier pour l'Etat mais dispose de moyens limités pour contrer un rachat, a mené une charge violente contre le PDG d'Alstom Patrick Kron en l'accusant de lui avoir caché les négociations avec GE.

Bercy a en outre dû préciser que le gouvernement n'avait jamais eu l'intention de céder des titres EDF pour financer une prise de participation dans Alstom, contrairement à ce que rapportait le Nouvel Observateur.

L'Etat s'inquiète en particulier du sort de la branche transport d'Alstom, qui fabrique les trains à grande vitesse (TGV), que ni GE ni Siemens ne semblent à ce stade envisager de reprendre mais que le groupe allemand proposerait de renforcer en lui transférant ses propres trains à grande vitesse et ses locomotives.

"LE COEUR DE L'IDENTITÉ DE LA FRANCE INDUSTRIELLE"

François Hollande s'était efforcé lundi de se poser en arbitre en recevant tour à tour le président de GE, Jeff Immelt, le patron de Siemens, Joe Kaeser, et Martin Bouygues, PDG du groupe du même nom et premier actionnaire d'Alstom avec 29% du capital.

Les réactions politiques à une éventuelle vente de la branche énergie d'Alstom se sont multipliées depuis jeudi, jour où la presse a dévoilé le projet avec GE, l'Etat cherchant avant tout à préserver l'emploi au sein d'un groupe qu'il a largement contribué à sauver de la faillite il y a dix ans.

L'ex-Premier ministre François Fillon, a jugé mardi que GE et Siemens étaient des entreprises, "pas des prédateurs", tout en jugeant "insupportable dans cette affaire (...) d'apprendre un vendredi qu'une entreprise va être vendue dimanche".

Le pôle Transport, pour lequel Alstom a envisagé une introduction en Bourse qui ne serait plus d'actualité si la société était réduite à ses seules activités ferroviaires, a en outre annoncé mardi la finalisation d'un contrat de 4 milliards d'euros, le plus gros de l'histoire du groupe, pour la fourniture de trains de banlieue en Afrique du Sud.

(Avec Sophie Sassard à Londres, Maria Sheahan à Francfort, Yann Le Guernigou, Emmanuel Jarry, Grégory Blachier et Natalie Huet à Paris, édité par Jean-Michel Bélot)

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