Shinzo Abe relance l'investissement industriel... hors du Japon

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SHINZO ABE RELANCE L'INVESTISSEMENT INDUSTRIEL... HORS DU JAPON
SHINZO ABE RELANCE L'INVESTISSEMENT INDUSTRIEL... HORS DU JAPON

par Wayne Arnold et Orathai Sriring

HONG KONG/BANGKOK (Reuters) - La politique de relance du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, n'a pour l'instant pas permis de relancer l'investissement privé dans l'archipel mais elle a un impact spectaculaire sur les investissements japonais ailleurs en Asie.

Les investissements en actifs fixes au Japon ont reculé de 4% sur les six premiers mois de l'année par rapport à la même période de 2012. Parallèlement, les investissements japonais en Asie ont bondi de 22% selon le Jetro, l'agence publique de promotion du commerce international.

"L'investissement manufacturier continue de se contracter parce que les entreprises investissent à l'étranger", explique Izumi Devalier, économiste chargé du Japon chez HSBC à Hong Kong.

L'augmentation de la dépense publique et la dépréciation du yen ne suffisent pas à dissimuler le fait que les industriels se détournent du Japon, de sa population déclinante, de ses coûts élevés et de son cadre réglementaire jugé défavorable, pour privilégier les économies jeunes, dynamiques et accueillantes d'Asie.

La perspective d'une poursuite de la baisse du yen ne fait que les encourager à accélérer leurs projets pour éviter de voir leur pouvoir d'achat à l'étranger reculer.

"Les incitations à investir sur le marché intérieur sont décevantes", dit Kenneth S. Courtis, ancien vice-président de Goldman Sachs en Asie qui dirige aujourd'hui Starfort Investments à Hong Kong.

"L'évolution démographique à long terme, très problématique, et la menace d'une diminution des moyens d'action liée à la valeur du yen favorisent de plus en plus l'investissement à l'étranger."

L'INDUSTRIE PÈSE DE MOINS EN MOINS LOURD

Un jugement confirmé par les chiffres: les investissements directs japonais en Asie du Sud-Est ont pratiquement triplé au premier semestre, à près de six milliards de dollars, les prêts des banques japonaises dans la région sont au plus haut et les acquisitions réalisées dans la zone par des groupes japonais ont inscrit un record historique.

Au total, 18% au moins de la production globale des entreprises japonaises a déjà été délocalisée, selon le ministère de l'Economie, et la part de l'industrie dans le PIB est tombée en 30 ans de 27% à 19%.

Certes, le gouvernement japonais encourage les investissements dans la région, pour renforcer les liens avec les pays concernés et consolider les circuits d'approvisionnement en ressources. De plus, l'investissement à l'étranger, en contribuant à affaiblir le yen, favorise la croissance des profits des exportateurs.

Mais cette hausse des bénéfices ne peut profiter à l'économie japonaise que si les entreprises s'en servent pour augmenter leurs investissements et les salaires de leurs salariés.

"Pour vaincre l'inflation, il faut que le taux d'épargne des entreprises soit négatif", souligne Takuji Aide, chef économiste de Société générale Securities à Tokyo.

Or les entreprises japonaises ont augmenté leur trésorerie de 144 milliards de dollars entre juin 2012 et juin 2013, selon les statistiques de la Banque du Japon, portant le total à 2.240 milliards. Cela signifie qu'à chaque fois que leur bénéfice net augmente de 100 yens, elles en mettent 75 à l'abri à la banque.

LA CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE EST AILLEURS

Certains économistes estiment qu'il faudra sans doute plusieurs années pour que l'investissement intègre l'impact des "Abenomics", notamment en raison de la lenteur des processus de décision au sein des conseils d'administration japonais, notoirement conservateurs. D'autres soulignent que le yen n'a pas encore suffisamment baissé.

"Les entreprises japonaises sont des investisseurs actifs à l'étranger en ce moment parce que le yen est encore trop fort" dit ainsi Takuji Aida, de Société générale Securities. "Le yen doit encore baisser, peut-être jusqu'à 110 pour un dollar, ce qui pourrait se produire l'an prochain."

Pour tenter d'inciter les entreprises à investir au Japon, le gouvernement de Shinzo Abe pourrait annoncer le 1er octobre 500 milliards de yens d'allégements fiscaux supplémentaires sur l'investissement.

Mais faire baisser les coûts des entreprises ne suffira sans doute pas car les industriels japonais vont aussi chercher ailleurs un avantage que l'archipel a perdu : une population qui augmente et une classe moyenne en expansion.

Au Japon, un habitant sur quatre a 65 ans ou plus et la population globale a baissé l'an dernier, de 284.000, à 127,5 millions. A l'inverse, la population de l'Indonésie ou du Vietnam progresse de 1,2% par an.

"Nous sommes confrontés au vieillissement de la société, reconnaît Sotaro Nishikawa, directeur des bureaux vietnamiens du Jetro. "Si nous n'investissons nos capitaux qu'au Japon, nous ne pourrons pas survivre."

Avec Yoko Kubota, Stanley White, Emi Emoto et Taiga Uranaka à Tokyo, Martin Petty et Nguyen Phuong Linh à Hanoi et Reshma Apte à Bangalore; Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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