SFR: l'AMF au secours des actionnaires minoritaires ?

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(CercleFinance.com) - C'est officiel : on sait maintenant pour quelles raisons l'Autorité des marchés financiers (AMF) a bloqué l'offre d'échange qu'Altice voulait lancer sur sa filiale française SFR Group. Dans une décision peu fréquente, le gendarme boursier parisien a, en quelque sorte, pris la défense des actionnaires minoritaires, qui détiennent un peu plus de 22% du capital de l'opérateur télécoms français.

Contrôlé, via un système compliqué d'actions à droits de vote majorés (les titres Altice de classe B) par le magnat des télécoms Patrick Draghi, le holding néerlandais Altice voulait simplifier sa structure. Comment ? En rachetant la totalité de sa filiale française SFR, déjà détenue à plus de 77%.

Le schéma prévu comprenait une offre publique d'échange (OPE) à raison de huit actions Altice (de classe A, dotées de 25 fois moins de voix que les B) contre cinq SFR, soit un ratio de 1,6 pour 1. De l'avis de la plupart des analystes, les actionnaires de SFR devaient se contenter d'une prime réduite (à peine de plus de 2%), même si le cabinet Accuracy a jugé cette parité équitable. Sans oublier un système compliqué de “rémunération” annexe entre SFR et Altice qui a manifestement déplu à l'AMF.

A l'appui de la déclaration de “non conformité” de l'OPE d'Altice, qui bloque l'opération, le gendarme boursier écrit que “les objectifs et intentions de l'initiateur (Altice, ndlr) font état d'un projet de contrat de rémunération dont la mise en oeuvre et les modalités demeurent imprécises, dont l'impact serait négatif et potentiellement significatif sur la détermination des fourchettes de parité et devrait être pris en compte par les actionnaires dans leur analyse de l'offre.” Ce qui, selon l'AMF, se conjugue avec une parité (1,6 pour 1) “au point le plus bas des fourchettes de parité retenues par l'expert”,

L'AMF assène que “ces circonstances ne permettent pas (...) de considérer que l'information destinée aux actionnaires minoritaires, notamment sur la justification de la parité d'échange retenue, soit complète, compréhensible et cohérente”. Exit, l'OPE d'Altice sur SFR.

Chez Aurel BGC, les analystes soulignent que l'AMF a pris soin d'axer le coeur de sa décision sur les modalités annexes de l'opération, non sur la parité proposée.

Un enjeu d'importance, selon leurs confrères de Bryan Garnier : “nous estimons que le modèle de rémunération prévu (par Altice), soit potentiellement entre 2 et 3% du chiffre d'affaires de SFR, pourrait avoir un impact négatif sur SFR tout en profitant à Altice”, indique une note de recherche.

L'AMF aurait-elle donné un coup de pouce aux minoritaires de SFR ? On peut le penser. En tout cas, Société Générale écrivait voilà quelques jours, à propos du projet d'OPE : “l'opération ne nous semble pas attrayante pour les actionnaires de SFR, mais nous la considérons comme positive pour Altice, qui prendra le plein contrôle de SFR dans des conditions favorables, bénéficiant d'une faible valorisation de marché principalement due à des performances commerciales médiocres en France.”

D'autant qu'Altice avait fort bien choisi son heure, poursuivait SG : “Nous estimons que les tendances en termes de nouveaux abonnés de SFR devraient s'améliorer dans les prochains trimestres, et la performance financière devrait également continuer à progresser au vu des réduction des coûts. Par conséquent, nous pensons que le timing de l'offre de rachat est très favorable aux actionnaires d'Altice.'

EG


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