Ses ports bloqués, le Yémen traverse une grave crise humanitaire

le , mis à jour à 18:31
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par Noah Browning et Jonathan Saul DUBAI/LONDRES, 8 juillet (Reuters) - Le Yémen, en proie à un conflit qui a coupé les voies d'approvisionnement du pays, connaît actuellement une pénurie inquiétante de denrées alimentaires et d'essence, selon plusieurs documents, dont l'un émane de la marine américaine, que Reuters a pu consulter. Les combats entre milices yéménites et les frappes menées depuis le mois de mars par une coalition formée par l'Arabie saoudite ont aggravé la situation humanitaire de ce pays, qui était déjà le plus pauvre de la péninsule arabique avant le déclenchement des hostilités. La coalition en question tente de rétablir l'autorité du président, Abd-Rabbou Mansour Hadi, contraint à l'exil par une rébellion des miliciens chiites houthis. Les pénuries s'expliquent par la baisse drastique du nombre de navires chargés de denrées alimentaires qui accostent dans les ports yéménites, notamment celui d'Aden, principale porte d'entrée maritime du pays. Selon les donnés recueillies par la marine américaine dans un document de 15 pages qui porte également le drapeau saoudien, seulement 42 navires chargés de biens d'importation ont accosté au Yémen au mois de juin, contre 100 en mars. Et les livraisons via le port d'Aden se sont quasiment arrêtées. Les raisons de la diminution des importations par la mer: les combats, mais aussi le quasi blocus maritime imposé par la coalition formée autour de l'Arabie saoudite. Les cargos qui tentent malgré tout d'accoster dans les ports du pays doivent surmonter des contraintes souvent dissuasives: les navires sont en effet longuement fouillés par les troupes de la coalition, qui veulent s'assurer qu'ils ne servent pas à fournir en cachette des armes aux rebelles. La raréfaction des approvisionnements venus de l'étranger est une catastrophe pour ce pays qui, avant le début des bombardements de la coalition, importait plus de 90% de ses denrées alimentaires, essentiellement par voie maritime. ENJEU VITAL Selon les Nations unies, plus de 80% de la population a aujourd'hui besoin d'une aide humanitaire d'urgence, sous une forme ou une autre. Dans ce contexte, les organisations humanitaires appellent à une trêve, tout en soulignant qu'elles ne pourraient suffire à elles seules à répondre aux besoins colossaux de la population. Plus de la moitié des Yéménites n'ont pas accès à des denrées consommables et les importations de nourriture, de médicaments et d'essence sont "dramatiquement" sous leur niveau d'avant la crise, a fait savoir mercredi le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'Onu. Outre les denrées alimentaires et les médicaments, l'essence représente un enjeu vital dans ce pays aride, où elle sert entre autres à alimenter les pompes hydrauliques. Selon le rapport de l'armée américaine, le Yémen n'a pu importer que 11% de ses besoins en essence au mois de juin, 18% en mai, 1% en avril et 23% en mars. Mardi, la Croix-Rouge a également rappelé l'urgence de la situation que l'aide humanitaire ne suffira pas à enrayer, selon Antoine Grand, chef de l'antenne yéménite de l'organisation. "Ce dont Aden et le pays dans son ensemble ont besoin, c'est de la reprise des importations commerciales. Ce que font les travailleurs humanitaires ne représente qu'une infime partie des besoins réels", a-t-il dit, intervenant par téléphone de Sanaa lors d'une réunion de l'Onu à Genève. "Clairement, la situation se détériore de jour en jour et c'est la raison pour laquelle la situation est si catastrophique", a-t-il ajouté. Les combats ont déjà coûté la vie à plus de 3.000 personnes. (Avec Stephanie Nebehay à Genève et Mohammed Mukhashaff à Aden; Simon Carraud pour le service français, édité par Jean-Philippe Lefief)

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