Séquence sécuritaire pour un exécutif français fragilisé

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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - L'exécutif français, jusqu'ici concentré sur la crise économique, prend à bras le corps le thème de la sécurité, mettant en lumière le couple François Hollande-Manuel Valls dans un contexte de doute de l'opinion sur la crédibilité du pouvoir.

Pour les analystes interrogés par Reuters, l'attitude volontariste affichée contre le terrorisme et la délinquance montre que la gauche n'a rien à envier à la droite sur ce thème, ce qui ne saurait pour autant suffire à redorer les cotes de popularité en berne du président et de son Premier ministre.

La vague d'arrestations de ce week-end dans les milieux islamistes a en outre illustré la place prise par le ministre de l'Intérieur, considéré comme l'une des personnalités les plus en vue du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, désormais aussi mal placé dans les sondages d'opinion que François Hollande.

"Les Français s'interrogent sur leur autorité à l'égard des personnes qu'ils sont censés encadrer, et sur la direction qu'ils veulent donner au pays", dit Jean-Daniel Lévy, de Harris Interactive, pour qui le "manque d'autorité et de charisme déstabilise une partie des Français".

"Dire que cet épisode sécuritaire va redorer l'image de François Hollande et Jean-Marc Ayrault serait aller vite en besogne, mais cela peut montrer l'efficacité de l'action".

Philippe Robert, directeur de recherches au Centre national de recherche scientifique (CNRS), insiste sur la clarté du message à envoyer du sommet de l'Etat.

"On n'a pas besoin actuellement d'un gouvernement qui donne l'impression d'hésiter. Il faut une direction claire assortie d'explications", a-t-il dit à Reuters. "C'est peut-être en cela que Manuel Valls s'en sort bien, en suivant son chemin".

AYRAULT "NE FAIT PAS UN NUMÉRO DE CLAQUETTES"

Le président et Manuel Valls se sont rendus ensemble le 1er octobre à Echirolles (Isère) pour une visite surprise aux parents des deux jeunes gens tués par une bande et les images d'un François Hollande interpellé par des habitants du quartier ont fait penser à celles de Nicolas Sarkozy sur le terrain.

Sur des images filmées dimanche matin, on voit le ministre de l'Intérieur et sept responsables juifs parcourir à pied la cinquantaine de mètres qui sépare la place Beauvau du palais de l'Elysée, où les attend François Hollande.

Samedi soir, Manuel Valls déclarait sur TF1 qu'il existait "une menace terroriste en France". Lundi, il expliquait sur RTL que la France comptait jusqu'à plusieurs centaines d'islamistes radicaux capables de passer à l'action.

Membre le plus populaire du gouvernement selon les sondages, l'ex-candidat à la primaire PS et ancien directeur de campagne du candidat Hollande sourit quand des journalistes lui lancent, pour rire, des "M. le vice-président".

Il récolte les fruits d'un "discours constant sur la République, pas de circonstance", pense Jean-Daniel Lévy. "Il n'y a pas de procès en valeurs de gauche le concernant".

A la différence de l'ambitieux ministre classé à la droite du PS, les cotes de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne cessent de s'éroder, le nombre de Français mécontents surpassant désormais celui de satisfaits.

Malgré quelques mots samedi à Lille et sur RTL dimanche, le Premier ministre est resté plutôt en retrait ce week-end.

"Chacun était dans son rôle. Jean-Marc Ayrault est en phase avec Manuel Valls dont il a salué le travail à plusieurs reprises", assure un conseiller de Matignon.

Selon ce dernier, le chef du gouvernement, dont le prédécesseur Alain Juppé fustige le manque de crédibilité, ne saurait se faire éclipser par son ministre de l'Intérieur.

"Ce que le Premier ministre recherche, c'est la cohérence et l'efficacité. Il ne fera pas un numéro de claquettes", dit-il.

ET LA "PETITE VIOLENCE" ?

A Matignon, on explique que la sécurité a toujours été prioritaire au même titre que l'emploi, la justice et l'éducation, seuls secteurs où le nombre de fonctionnaires a légèrement augmenté malgré la situation budgétaire contrainte.

Le sujet, traditionnellement "de droite", ne saurait échapper au pouvoir socialiste, souvent taxé dans le passé d'"angélisme" face à la délinquance, dit-on à Matignon.

"Il y a une génération politique à gauche, dont Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls font partie, qui a l'expérience de la sécurité en tant qu'élu, sur le terrain", dit un conseiller en insistant sur le contraste avec l'exécutif précédant.

"On préfère l'efficacité à la politique du chiffre. L'ordre public se construit dans la durée, pas en faisant remonter des chiffres à Paris tous les mois", ajoute-t-il.

Philippe Robert juge pour sa part "un peu prématuré de décider maintenant qu'il y a une nouvelle politique de sécurité" même s'il constate une rupture avec "le tout carcéral" et une politique "basée sur des indicateurs d'efficacité".

Le chercheur rappelle que les questions de terrorisme ou d'ordre public sont loin de constituer le quotidien des Français, confrontés à la "petite violence" que sont les vols, menaces et autres injures.

"Le taux d'élucidation des cambriolages, par exemple, est très faible, de l'ordre de un sur six", dit-il. "C'est un phénomène massif, je m'étonne qu'on en parle pas".

Avec la politique actuelle, dit-il, "on risque de ne satisfaire ni les gens qui ont peur pour eux, ni ceux qui haïssent le désordre".

Edité par Yves Clarisse

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  • ANOSRA le lundi 8 oct 2012 à 18:06

    Encore un chercheur qui ne cherche rien de scientifique, avec ce CNRS on s'étonnera encore que notre industrie va mal! "Philippe Robert, directeur de recherches au Centre national de recherche scientifique (CNRS), insiste sur la clarté du message à envoyer du sommet de l'Etat."