Sept morts et 261 blessés dans des heurts au Caire

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HEURTS AU CAIRE
HEURTS AU CAIRE

par Ulf Laessing et Mike Collett-White

LE CAIRE (Reuters) - Des affrontements entre forces de l'ordre et partisans et adversaires du président égyptien déchu Mohamed Morsi ont fait sept morts et 261 blessés durant la nuit de lundi à mardi au Caire, où les Frères musulmans, chassés du pouvoir le 3 juillet, ont jugé "illégitime" le nouveau gouvernement.

Les forces de l'ordre ont procédé en outre à l'arrestation de "401 fauteurs de troubles", dit l'agence de presse officielle Mena. Selon les indications données par Mohamed Sultan, deux personnes ont été tuées près d'un pont du centre de la capitale égyptienne et cinq autres dans le quartier de Gizeh.

Les batailles de rue, qui ont duré jusqu'aux premières heures de la matinée, sont les violences les plus meurtrières depuis la fusillade qui avait éclaté devant une caserne de la Garde républicaine au Caire le 8 juillet. Une cinquantaine de partisans de Mohamed Morsi avaient alors péri sous les balles.

"Nous étions accroupis, en prières. Soudain, des tirs ont éclaté. On a levé les yeux : les policiers sur le pont tiraient des gaz lacrymogènes dans notre direction", a raconté un partisan de Mohamed Morsi, Adel Asman, qui toussait, crachait et se versait du soda sur les yeux pour atténuer l'effet des gaz.

Au lever du jour, le calme était revenu dans les rues du Caire. Les troubles de la nuit ont été plus localisés que ceux survenus après le renversement de Mohamed Morsi, lors desquels 92 personnes avaient trouvé la mort.

Les dernières violences, survenues alors que le secrétaire d'Etat adjoint américain William Burns était accueilli sans enthousiasme, ont éclipsé les efforts du pouvoir pour nommer un gouvernement de transition.

SISSI PROMU

Le porte-parole de la présidence a fait savoir que des portefeuilles ministériels avaient été proposés à des membres des Frères musulmans, le mouvement de Mohamed Morsi, ainsi qu'au parti salafiste Al Nour, deuxième parti islamiste d'Egypte après la confrérie.

"Nous espérons que la majeure partie des courants islamistes prendront part à la réconciliation, y compris les Frères musulmans", a dit le porte-parole, Ahmed Elmoslmany. Les Frères musulmans comme Al Nour ont refusé d'entrer au gouvernement de transition d'Hazem el Beblaoui, même si les salafistes n'excluent pas une certaine coopération avec lui.

Estimant que les propos du pouvoir sur une réconciliation équivalaient à un tissu de mensonges, les Frères musulmans ont mis en cause la légitimité du nouveau gouvernement.

"C'est un gouvernement illégitime, un Premier ministre illégitime. Nous ne reconnaissons personne. Nous ne reconnaissons pas même leur autorité en tant que représentants du gouvernement", a dit à Reuters un porte-parole des Frères, Gehad el Haddad.

Le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fattah al Sissi, obtient le poste de premier vice-Premier ministre dans le nouveau cabinet, tout en conservant ses fonctions à la tête de l'armée et de ministre de la Défense et de la Production militaire. Un chrétien copte, le libéral Mounir Fakhry Abdel Nour, fait son entrée dans la nouvelle équipe, où il hérite du portefeuille du Commerce et de l'Industrie.

LA VISITE DE BURNS BOUDÉE ?

Si la situation s'est polarisée de plus en plus depuis la mise à l'écart de Mohamed Morsi, les deux camps partagent une même et profonde méfiance envers les Etats-Unis et le rôle qu'ils auraient joué dans les récents événements.

William Burns a déclaré à la presse que Washington ne voulait pas s'immiscer dans les affaires de l'Egypte, dont l'armée est la principale bénéficiaire de l'aide américaine : 1,3 milliard de dollars sur les 1,5 milliard d'aide annuelle versée par les Etats-Unis vont à cette institution.

"Seuls les Egyptiens sont à même de définir leur avenir", a dit le diplomate aux journalistes à l'ambassade des Etats-Unis.

Washington s'est refusé pour l'heure à dire s'il considérait la chute de Morsi comme un coup d'Etat. Si c'était le cas, cela impliquerait un arrêt de l'aide américaine au Caire.

Les salafistes d'Al Nour et le mouvement de protestation anti-Morsi Tamarod (Rébellion) ont déclaré l'un et l'autre avoir décliné l'invitation à rencontrer William Burns.

Un responsable du département d'Etat a démenti que la visite de Williams Burns ait été boudée par les Egyptiens.

Danielle Rouquié et Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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