Sept morts au Venezuela, nouveaux appels à manifester

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LE BILAN DES VIOLENCES AU VENEZUELA S'ALOURDIT À SEPT MORTS
LE BILAN DES VIOLENCES AU VENEZUELA S'ALOURDIT À SEPT MORTS

par Brian Ellsworth et Andrew Cawthorne

CARACAS (Reuters) - Le bilan des violences post-électorales de lundi au Venezuela, après la courte victoire du candidat chaviste Nicolas Maduro à la présidentielle, s'est alourdi à sept morts, a annoncé mardi Luisa Ortega Diaz, procureur général de Caracas.

Par ailleurs, 61 personnes ont été blessées et 135 autres interpellées pour leur participation présumée aux violences, a-t-elle ajouté en imputant la responsabilité des affrontements à l'opposition. Un précédent bilan faisait état de quatre morts.

Nicolas Maduro, proclamé président de la République par le Conseil électoral, et Henrique Capriles, qui conteste ce résultat et réclame un nouveau décompte des voix, ont tous deux appelé leurs partisans à se mobiliser "pacifiquement" dans la journée.

Maduro, proclamé vainqueur de l'élection, a accusé mardi l'opposition de fomenter un coup d'Etat.

Il a annoncé que la manifestation prévue mercredi à Caracas par l'opposition pour exiger un nouveau décompte était interdite. "Il est temps d'agir d'une main ferme", a-t-il dit.

La situation est exacerbée par la décision du Conseil électoral de ne pas procéder à un nouveau décompte des voix.

Lundi, des opposants ont bloqué des rues, brûlé des pneus et, dans certains cas, affronté les forces de l'ordre à Caracas et dans d'autres villes.

La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser de jeunes manifestants qui lançaient des pierres dans un quartier chic de la capitale, après le refus d'Henrique Capriles de reconnaître la victoire du dauphin de Hugo Chavez.

300.000 VOIX

Le Conseil national électoral (CNE) a proclamé lundi la victoire de Nicolas Maduro, un ancien syndicaliste âgé de 50 ans qui assurait l'intérim à la tête de l'Etat depuis la mort d'Hugo Chavez, décédé d'un cancer le 5 mars. Selon le conseil, Nicolas Maduro l'a emporté avec 50,8% des suffrages, soit une avance de 265.000 voix, contre 49% à son adversaire.

De sources proches de l'opposition, on assure qu'Henrique Capriles s'est au contraire imposé avec plus de 300.000 voix d'avance. L'équipe de campagne du candidat de l'opposition dit en outre détenir la preuve de 3.200 irrégularités.

Le CNE a exclu un nouveau décompte en arguant du fait qu'une vérification de 54% des suffrages exprimés grâce au système de vote électronique avait déjà été menée.

Nicolas Maduro, qui doit être investi dans ses fonctions vendredi, a invité ses partisans à se mobiliser dans le calme.

"J'appelle le peuple à lutter pacifiquement, à se mobiliser dans tout le pays (...) Les abus doivent cesser", a-t-il déclaré à la presse. "Ils essayent de bafouer la majorité (...) Nous les appelons à respecter la volonté du peuple."

"Imaginez ce qui se passerait si j'appelais le peuple et les forces armées à descendre dans la rue ? Qu'est-ce qui arriverait à ce pays ? Combien de millions (de Vénézuéliens) descendraient dans la rue ?", a demandé Nicolas Maduro en imputant à son adversaire la responsabilité des violences.

"Nous n'allons pas le faire. Ce pays a besoin de paix. Où sont les opposants qui croient en la démocratie ?"

INGÉRENCE

De son côté, Henrique Capriles a assuré qu'il ne baisserait pas les bras. "Nous sommes convaincus d'avoir gagné (...) Nous voulons que ce problème soit réglé pacifiquement. Il n'y a pas de majorité, mais deux moitiés", a-t-il dit.

A Caracas, des manifestants se sont rassemblés aux abords du siège de la télévision publique et devant le domicile de la présidente du CNE, Tibisay Lucena, sans faire fléchir cette dernière.

"Les menaces et les intimidations ne sont pas le bon moyen pour faire appel des décisions prises par le CNE", a dit celle que l'opposition juge à la botte du Parti socialiste au pouvoir.

Elle a en outre accusé les Etats-Unis et l'Organisation des Etats américains (OEA) d'ingérence dans les affaires du Venezuela, parce qu'ils ont appuyé l'idée d'un nouveau décompte.

Plus virulent encore, le président de l'Assemblée nationale, Diosdado Cabello, autre fidèle d'Hugo Chavez, a menacé Henrique Capriles de poursuites judiciaires.

"Capriles, fasciste, je m'assurerai personnellement que tu paieras pour les dommages que tu causes à notre pays et à notre peuple", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

En octobre dernier, lors de la précédente présidentielle, Hugo Chavez avait battu Henrique Capriles de 11 points, soit 1,6 million de voix de différence. L'opposant avait obtenu un peu plus de 44% et Hugo Chavez plus de 55%.

Lors de la campagne, Henrique Capriles a accusé Nicolas Maduro d'incompétence et d'être une pâle copie de Chavez, incapable de régler les nombreux problèmes du pays.

Avec Diego Ore et Girish Gupta, Eric Faye, Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français, édité par Guy Kerivel

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  • baljo le mardi 16 avr 2013 à 23:15

    L'union des mauvais perdants fait école.

  • janaliz le mardi 16 avr 2013 à 21:31

    J'ai peur que ce soit ce qui nous attend...