Sécurité renforcée en Egypte par crainte de manifestations

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    par Ahmed Aboulenein 
    LE CAIRE, 11 novembre (Reuters) - Les forces de sécurité 
égyptiennes étaient fortement déployées vendredi matin dans les 
rues du Caire, par ailleurs désertes, par crainte de 
manifestations contre la dégradation de la situation économique 
et des conditions de vie. 
    Les Égyptiens pauvres, une immense majorité de la 
population, subissent de plein fouet les effets de la forte 
dévaluation de la monnaie nationale, à laquelle les autorités se 
sont résignées devant l'épuisement de leurs réserves de devises 
étrangères. 
    La forte inflation fait déjà flamber les prix des produits 
de première nécessité et ceux de l'essence viennent aussi 
d'augmenter sur fond de refroidissement des relations entre le 
président Abdel Fattah al Sissi et l'Arabie saoudite, son 
principal bailleur de fonds, qui a suspendu brutalement et sine 
die ses livraisons de pétrole à l'Egypte. 
    L'appel à manifester ce vendredi a été lancé en août par un 
groupe peu connu, le Mouvement des pauvres, qui entend dénoncer 
la hausse des prix et le renforcement des mesures d'austérité 
dicté par l'assèchement des finances publiques et les conditions 
posées par le Fonds monétaire international (FMI) pour octroyer 
un prêt de 12 milliards de dollars à l'Egypte. 
    Cet appel a pris de l'ampleur cette semaine sur les réseaux 
sociaux après la dévaluation choc de la livre égyptienne. Il n'a 
pas été relayé par les principaux groupes de jeunes à l'origine 
de la "révolution du 25 janvier" 2011, mais a été soutenu par le 
mouvement interdit des Frères musulmans, qualifié de terroriste 
par les autorités. 
     
    LA PLACE TAHRIR BOUCLÉE 
    Au Caire, la place Tahrir, épicentre des soulèvements contre 
les anciens présidents Hosni Moubarak et Mohamed Morsi, était 
totalement vide dans la matinée, à l'exception de véhicules 
blindés et de dizaines de policiers anti-émeute. 
    La station de métro desservant la place était fermée pour 
prévenir un hypothétique afflux de protestataires, jugé peu 
probable par de nombreux Égyptiens en raison de la répression 
brutale des précédents rassemblements contre le gouvernement 
d'Abdel Fattah al Sissi et de l'épuisement de la population 
après cinq années de chaos et de difficultés quotidiennes. 
    La présence policière était également très visible dans 
d'autres quartiers du Caire et dans certaines villes de 
province. 
    "Entre vous et moi, c'est une bonne chose", a déclaré à 
Reuters Chenouda Ichak, un chauffeur de taxi dans le quartier 
populaire de Choubra. "Je ne pense pas qu'il va se passer quoi 
que ce soit mais cette démonstration de force fait peur aux gens 
et garantit que ça n'arrivera pas." 
    Abdel Fattah al Sissi a multiplié ces dernières semaines les 
appels à ne pas manifester en prévenant ses compatriotes qu'il 
ne renoncerait pas aux réformes quel que soit le fardeau qu'ils 
auraient à porter. 
    Les médias officiels ont fait monter la tension à la veille 
de la journée de rassemblement en évoquant les efforts des 
forces de sécurité pour empêcher "l'infiltration de terroristes" 
ou la découverte de caches d'armes et de munitions au domicile 
de membres des Frères musulmans qui auraient, selon la police, 
eu l'intention de s'en servir pour attaquer des postes de 
contrôle routiers. 
     
    AUSTÉRITÉ DOULOUREUSE 
    Reuters a interrogé cinq activistes de la mouvance 
révolutionnaire, qui avaient manifesté contre Hosni Moubarak et 
Mohamed Morsi et dénoncent aujourd'hui l'autoritarisme d'Abdel 
Fattah al Sissi. Tous les cinq ont dit que les manifestations ne 
mèneraient cette fois à rien et ont dit craindre des violences 
si elles ont lieu. 
    "Nous savons désormais que les manifestations de rue se 
terminent dans le sang. On ne peut rien obtenir de ce régime", a 
résumé Malek Adli, un avocat des droits de l'homme. 
    Les autorités se sont efforcées d'apaiser la grogne contre 
l'austérité en lançant une grande campagne de communication par 
panneaux géants et dans les médias, promettant notamment un 
renforcement des programmes d'aide destinés aux plus pauvres. 
    Mais nombre d'Égyptiens qui ne bénéficient pas de ces 
programmes se plaignent de ne plus pouvoir acheter de viande, 
tandis qu'une récente pénurie de sucre a réveillé les craintes 
d'une crise alimentaire durable, rappelant la "crise du pain" 
qui avait précédé le soulèvement de 2011. 
    Les maux des Égyptiens sont loin d'être terminés: les impôts 
augmentent, les subventions des produits de première nécessité 
diminuent et l'inflation approche 15%, à son plus haut niveau 
depuis huit ans. 
    Les prix de l'électricité ont bondi de 25 à 40% en août, 
avant ceux de l'essence, et le Parlement a voté dans la foulée 
la création d'une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 13%. 
    Dans ses discours, Abdel Fattah al Sissi répète que les 
Égyptiens doivent consentir à faire un sacrifice collectif pour 
éviter au pays la ruine financière. 
    Le président égyptien a même appelé ses compatriotes à 
donner à l'Etat la petite monnaie qu'ils auraient en trop, une 
suggestion qui a été tournée en dérision sur les réseaux 
sociaux. 
    Mais il aussi prévenu que l'armée pourrait être déployée en 
six heures si son pouvoir est contesté. 
     
 
 (Avec Omar Fahmy; Tangi Salaün pour le service français) 
 )
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