Seconde chute de la Bourse suisse (-5,96% en clôture) : pourquoi une telle décision de la BNS ?

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La Bourse suisse poursuivait vendredi sa forte baisse de la veille.
La Bourse suisse poursuivait vendredi sa forte baisse de la veille.

La chute de la Bourse suisse survenue jeudi 15 janvier n'est pas terminée. Vendredi 16 janvier, l'indice national suisse SMI s'affichait de nouveau en baisse de 5,96% à la clôture, après une chute de 8,67% la veille.

Après la chute de très grande ampleur de la Bourse suisse survenue au cours de la journée de jeudi, les investisseurs sont restés très attentifs aux évolutions de l'indice SMI de la Bourse suisse vendredi. Or, le repli du marché suisse s'est poursuivi dans des proportions presque équivalentes à la séance de la veille.

Poursuite de la hausse du franc suisse

Vendredi matin, le franc suisse (CHF) continuait de s'apprécier face à l'euro, dans des proportions néanmoins plus mesurées que la veille. A la clôture des marchés, le franc suisse s'échangeait à 1.01 CHF pour 1 EUR, la monnaie suisse s'appréciant de 1,80% par rapport à la veille.

Pour rappel, la parité de la monnaie suisse était, jusqu'à jeudi matin, bloquée arbitrairement à 1.20 CHF pour 1 EUR par la Banque Nationale Suisse (BNS). C'est la suppression de ce plancher jeudi matin qui avait provoqué une véritable tourmente financière en Suisse, toutefois peu répercutée sur les autres places européennes malgré un bref moment de panique lors de l'annonce (lire l'article d'hier consacré au sujet).

Ajustement "logique" face à la monnaie

Le nouvel ajustement à la baisse des actions suisses vendredi n'est pas illogique sur le plan macroéconomique. Avec une monnaie qui s'est appréciée de plus de 15% en deux jours face aux autres monnaies mondiales, il est techniquement normal que les entreprises suisses, dont les véritables fondamentaux n'ont évidemment pas profondément changé en deux jours, voient leur valorisation de marché s'affaisser en francs suisses.

C'est a priori pour cette même raison que jeudi matin, les investisseurs réajustaient leurs prix d'échange des valeurs suisses jusqu'à provoquer une baisse en séance de plus de 13% de la Bourse suisse alors que la monnaie s'appréciait internationalement d'environ 15%. L'effet de panique et de spéculation dans ce mouvement restait néanmoins indéniable.

Le rebond de la seconde moitié de la séance de jeudi sur l'indice SMI pouvait ainsi être vu comme une aubaine exceptionnelle : pour un investisseur étranger ayant investi sur des valeurs suisses, la journée d'hier a été globalement très positive avec un panier d'actions en baisse moyenne de 8%, mais libellé dans une monnaie s'appréciant d'environ 16%. La nouvelle chute boursière de vendredi, qui dépasse largement l'appréciation journalière du franc suisse précédemment mentionnée, peut être vue comme un phénomène de réajustement par rapport à ce différentiel de la veille. Reste que les Suisses investis sur leurs valeurs nationales subissent cette chute boursière de plein fouet.

Pourquoi une telle décision de la Banque Nationale Suisse ?

Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi la Banque Nationale Suisse a pris une telle décision vis-à-vis de sa monnaie. Il a beaucoup été répété jeudi 15 janvier que le maintien de la parité à 1.20 CHF contre 1 EUR devenait "difficilement tenable". Pourtant, la BNS est loin d'être confrontée à des restrictions financières. Les raisons de la décision semblent en réalité multiples :

- Tout d'abord, la fixation d'une parité à 1.20 CHF pour 1 EUR était à l'origine une mesure temporaire de la BNS, prise 2011 en temps de crise. Il fallait donc s'attendre un jour ou l'autre à son abandon.

- Surtout, avec la dévalorisation de l'euro qui devrait se poursuivre du fait de la politique monétaire accommodante de la BCE, la BNS aurait dû racheter encore plus d'euro en vendant de grandes quantités de franc suisse pour tenir la parité. Or, en achetant de l'euro qui se dévalorise régulièrement, la BNS aurait été obligée de faire une très mauvaise affaire, impliquant des pertes non négligeables sur le marché des changes.

- Dans la même idée, la Banque Nationale Suisse se considérait probablement comme trop dépendante de la BCE du fait de cette parité fixe. Cet argument est notamment avancé dans une récente note de JP Morgan. La parité avec l'euro avait été décidée en 2011 à l'époque où la BCE conservait encore une politique monétaire très restrictive, susceptible de convenir à la Suisse. Or, la BCE a désormais fait volte-face en choisissant d'adopter une politique monétaire très accommodante (via le fameux "quantitative easing", injectant indirectement de la monnaie dans l'économie). Or, la BNS, à l'instar de l'a Bundesbank allemande, était probablement défavorable à cette mesure. La Suisse est en effet un "pays d'épargne" où une monnaie forte peut être vue comme un avantage pour revaloriser le pouvoir d'achat des nombreux épargnants.

- Néanmoins, avec un franc suisse fort, la BNS pénalise très lourdement les entreprises exportatrices suisses. La Banque centrale suisse a probablement considéré que cela était un "moindre mal" pour retrouver son indépendance en matière monétaire.

Valeurs touchées

Les valeurs du luxe étaient de nouveau parmi les plus touchées par la baisse de vendredi. Swatch s'affichait en baisse de plus de 7% à la clôture, alors que Richemont (habillement et accessoires de luxe) était en baisse de plus de 6%.

La plus forte baisse de l'indice était Julius Baer (secteur bancaire), en chute de plus de 14% à la clôture. Swisscom (secteur des télécoms) affichait la baisse la plus modérée de l'indice suisse (-3,3%).

L'indice SMI avait touché un point bas peu avant 11h à -6,40%.

Vous pouvez consulter la composition complète des valeurs de l'indice suisse SMI sur Boursorama.

Xavier Bargue

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  • d.e.s.t. le vendredi 16 jan 2015 à 18:03

    Qu'est-ce qu'on se marre de voir ces célèbres recéleurs d'argent sale se faire piéger! Vraiment trop drôle, même si le moins drôle est que tous ces voyous qui ont des comptes, dont beaucoup de Français, ont gagné 20% en une nuit!

  • gaia2011 le vendredi 16 jan 2015 à 16:46

    Ce qu'ils ont surtout ni-qué c'est leurs propres entreprises qui se retrouvent d'un seul coup en mauvaise position pour leurs exportations.... et si la Grèce venait à faire encore un peu baisser l'Euro ce problème serait encore aggravé.

  • jl-m le vendredi 16 jan 2015 à 16:30

    les suisses ont raison, s'arrimer à l'€ avec le vote grec à venir et la mauvaise santé des pays de la zone éatit une mauvaise idée,ha, ha, ha, ils ont rectifier le tir et en même temps renvoyer un coup coup de bâton aux us qui les ont rançonné et fait perdre le secret bancaire donc beaucoup de client fortunés........ pour une fois qu'un pays ni-que les us c'est pas mal!!!!!!

  • ZvR le vendredi 16 jan 2015 à 16:06

    Tout les Zélus qui ont leurs sous bien au chaud en suisse loin des impôts qu'ils votent sont très contents de cette situation.

  • jmclech le vendredi 16 jan 2015 à 15:50

    Les français qui avaient placé leur argent "propre" en Suisse en monnaie CHF, vont le revendre maintenant en valeur €uro et empocher une royale plus-value d'environ 20%....

  • d.e.s.t. le vendredi 16 jan 2015 à 14:44

    Qu'est-ce que ça fait plaisir de voir ces complices des pires fripouilles de la planète se trouver en difficulté! Une véritable jouissance!

  • wurselen le vendredi 16 jan 2015 à 12:51

    1CHF= 1€ c'est tordant en sachant qu'il était a 0.82CHF/ pour 1€ si c'est pas de la dynamite les suisses sortent de l'hivernation ...

  • b26crest le vendredi 16 jan 2015 à 12:47

    Normal : le Franc Suissi monte, Zürich baisse - l'euro baisse les bourses de la zone euro montent... vases communicantes !

  • M5680050 le vendredi 16 jan 2015 à 12:13

    La réaction de la BNS est à surveiller/expliquer. C'est une sécurisation du FS. Si décorrelation il y a, c'est pour se démarquer de la future baisse de l'euro. le délestage est en cours...

  • spcmg71 le vendredi 16 jan 2015 à 12:13

    excellent, l'humour de Pierusan....