Sébastien Hénin (The National Investor) : « La capacité de résilience des Bourses arabes a été étonnante »

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Secouées provisoirement par les révoltes dans le monde arabe, les Bourses de la zone MENA (Middle East et North Africa) restent peu ouvertes aux investisseurs étrangers explique Sébastien Hénin, gérant chez The National Investor, une banque d'affaires basée à Abu Dhabi.

2011 restera comme l'année des révolutions dans le monde arabe. Comment ont réagi les Bourses d'Afrique du Nord et du Proche-Orient face à ces évènements ?

Sébastien Hénin : Les places boursières du monde arabe ont connu un mouvement de panique quelques jours après la chute de Moubarak, le 11 février. La crainte d'un effet domino suite au départ des Présidents tunisien et égyptien, à quelques semaines d'intervalles, a déstabilisé les investisseurs. L'indice S&P Panarabe a perdu plus de 15% en trois semaines. Mais ce phénomène n'a pas duré et les Bourses se sont reprises aussi rapidement qu'elles avaient baissé, notamment en Arabie Saoudite, la plus importante de la région. Face à ce mouvement, la capacité de résilience des Bourses arabes a été étonnante.

Quelles sont les principales Bourses de la région ?

S.H : Les investisseurs étrangers ont souvent tendance à juger la Péninsule Arabique par le prisme de Dubaï mais l'Arabie Saoudite est le poids lourd de la région avec 40% de la capitalisation boursière. Un milliards de dollars s'échangent quotidiennement sur ce marché. On trouve ensuite un groupe de places boursières de second rang : Koweït, Qatar et Emirats Arabes Unis (EAU) qui représentent moins de 10% de l'indice. Les EAU se partagent deux Places : Dubaï et Abu Dhabi. Quant aux Bourses des pays du Maghreb, elles ne sont pas véritablement significatives en terme de capitalisation et d'échanges. Globalement, il y a peu de diversification à l'intérieur des indices. On trouve essentiellement des valeurs financières, de l'immobilier (real estate) et des valeurs télécoms. Ce qui explique que contrairement à beaucoup de marchés émergents, ces marchés n'ont pas connu de rebond en 2009-2010.

Le pétrole est la principale source de richesses du Golfe. Quel est le poids du secteur en Bourse ?

S.H Il est assez faible. Le pétrole, déterminant dans le PIB de ces pays, est exploitée par les majors étrangères et par des grandes sociétés étatiques (ARAMCO en Arabie Saoudite). On trouve en revanche des valeurs situées en aval de la filière. C'est le cas du saoudien SABIC. Le groupe de pétrochimie est la première capitalisation boursière de la région.

Pour endiguer la vague de contestation du printemps arabe, comment les gouvernements ont-ils réagi ?

S.H : Certains gouvernements ont pris des mesures fortes vis-à-vis de leur population : augmentation des salaires, programmes d'investissement. L'Arabie Saoudite a ainsi lancé deux plans pour près de 130 milliards de dollars. La péninsule arabique est la seule région du monde qui mène une politique expansionniste sur le plan budgétaire et cela devrait se poursuivre en 2012. D'autant plus que l'endettement global des pays de la région reste assez limité. Il ne dépasse 25 à 30% du PIB. Quant à l'endettement net, si l'on intègre les actifs des fonds souverains, il est nul.

Le Qatar investit énormément en France. Quel est son poids économique dans le Golfe Persique ?

S.H : C'est un petit pays florissant qui compte à peine plus d'un million d'habitants et qui est sorti indemne de la crise. Il recueille le fruit de ses investissements dans le gaz. Leur capacité de production a doublé au cours des trois dernières années ! Le Qatar a également lancé un programme ambitieux d'infrastructures en prévision de la coupe du monde de football en 2022. Organiser une telle compétition procure une visibilité certaine et oblige le pays organisateur à tenir ses engagements.

Le monde arabe est-il prisé par les investisseurs internationaux ?

S.H : Non, c'est une zone qui n'est pas vraiment recherchée par les investisseurs étrangers. Deux pays seulement sont inclus dans l'indice MSCI Emerging Markets : le Maroc et l'Egypte et ils représentent à peine 0,5% de cet indice ! De ce fait, peu d'investisseurs étrangers viennent sur les Bourses de la zone. On trouve surtout des fonds spécialisés dans le monde arabe.

Comment l'économie du monde arabe va-t-elle évoluer en 2012 ?

S.H : Même en prenant en compte les troubles liées aux révolutions en cours, les prévisions du FMI font état d'une croissance d'au moins 4,5% pour la zone MENA l'an prochain. Au niveau régional, la démographie est dynamique (50% de la population a moins de 25 ans) ce qui engendre des besoins considérables dans le secteur du logement. En Arabie Saoudite, on constate une amélioration significative du climat des affaires. Les plans de relance vont d'autant plus soutenir la croissance que le pays a pris du retard dans le développement de ses infrastructures au cours des dernières années.

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • M8027921 le jeudi 22 déc 2011 à 13:08

    Votre homonyme baptisé le Mozart de la Finance, à la fin des années 80, est investi dans les pétroles africains, sauf erreur. Ne serait-il pas invraisemblable que ces puissants détenteurs d’énergies fossiles puissent devenir les acquéreurs de Groupes, côtés ou non, leaders des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, afin que le vent soit favorable à leur rayonnement futur ? Si oui, les marchés peuvent-ils anticiper un telle stratégie du bon sens ?