Sea Shepherd, la vie sans Paul Watson

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Les requins sont des piliers de la biodiversité marine.
Les requins sont des piliers de la biodiversité marine.

La justice allemande a ordonné son extradition vers le Costa Rica, qui pour rappel l'accuse d'avoir attenté à la vie de l'équipage d'un bateau lors du tournage d'un film-documentaire sur l'odieuse pratique du shark finning, mais Paul Watson reste officiellement introuvable. On suppose toutefois que ses troupes savent où il se cache, comme l'a d'ailleurs sous-entendu la présidente de Sea Shepherd France Lamya Essemlali la semaine dernière. Elles continuent en tout cas le combat du capitaine.



Le président-fondateur de l'ONG craint pour sa sécurité et a manifestement opté pour la clandestinité, mais quelle que pourrait être la suite de l'histoire, avec ou sans lui aux manettes, Sea Shepherd poursuit ses actions de préservation de la biodiversité marine. Le ton, lui, reste vindicatif. En atteste l'article à charge paru avant-hier sur l'antenne française de son site Internet, rédigé par Mme Essemlali et qui s'en prend frontalement à Michel Lalande, préfet de la Réunion « dépassé », accusé de céder aux pressions des associations de surfeurs « et autres professionnels du nautisme ».


L'ONG de protection de l'environnement lui reproche en fait son attitude à la suite de la mort tragique d'un surfeur de vingt-deux ans ayant succombé à ses blessures après avoir été mordu par un requin le 23 juillet dernier. D'après elle, M. Lalande se laisserait en effet « aller aux mêmes errances que lors du dernier accident, en septembre 2011, où il s'était laissé convaincre d'autoriser des battues ''préventives'' ciblant les requins de la réserve marine ». Et de citer l'article 10 du décret relatif à la création de ladite réserve, lequel stipule il est vrai que, si elles peuvent être réglementées par le préfet, « les activités sportives, ludiques, pédagogiques, touristiques et de promenade ne doivent pas porter atteinte à l'intérêt et au patrimoine de la réserve ».




Les requins, ces régulateurs de l'écosystème marin que l'Homme doit protéger


En conséquence, l'ONG estime inappropriée la décision de M. Lalande d'inciter les associations de surfeurs et professionnels du nautisme précités à « encourager (financièrement) des pêcheurs professionnels à tuer les requins dans certaines zones de la réserve marine ». Un point de vue justifié par le fait que l'Homme ne fait pas partie du régime alimentaire des squales qui, vu d'en-dessous, le confondent souvent avec une otarie et relâchent le plus souvent leur proie une fois qu'ils se sont rendus compte de leur méprise (il n'est certes pas rare que ce soit trop tard).


De même, on ne répètera jamais assez l'importance fondamentale que revêtent ceux que Sea Shepherd a élégamment surnommé les « seigneurs de la mer » dans la chaîne alimentaire marine, qu'ils dominent et dans laquelle ils jouent le rôle majeur de « nettoyeurs ». L'engouement croissant pour les ailerons, qui se manifeste entre autres par la démocratisation du « potage aux nageoires », met synonyme de prospérité et longtemps réservé aux seules classes aisées dans l'Empire du Milieu, entraîne par ailleurs la mort de plusieurs dizaines de millions d'individus chaque année. Délestés de leur aileron, ces derniers sont ensuite rejetés à la mer et expirent finalement dans d'atroces souffrances.


Le shark finning a beau être interdit dans un nombre croissant d'eaux territoriales, il faudra encore beaucoup de temps pour l'éradiquer. Tel est aussi l'avis de Sea Shepherd, qui dans le cas de la Réunion souligne que les requins-bouledogues, « impropres à la consommation en raison de la contamination de leur chair », sont à ce titre traqués uniquement parce qu'ils sont « considérés comme des ''gêneurs'' par certains ''usagers de la mer'' ». L'ONG insiste enfin sur le fait que les allégations du préfet ébranlent le programme CHARC (Connaissances de l'écologie et de l'HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte ouest de la Réunion), lancé à la Réunion en octobre, qui a déjà coûté sept cent mille euros au contribuable et vise à « mieux comprendre le comportement des requins pour mieux gérer les risques ».


Sans doute son président-fondateur n'aurait-il pas dit autre chose.


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