Schulz, un Allemand de caractère qui a accru la visibilité du Parlement européen

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Le président du Parlement européen Martin Schulz à Bruxelles le 24 novembre 2016 ( AFP / Emmanuel DUNAND )
Le président du Parlement européen Martin Schulz à Bruxelles le 24 novembre 2016 ( AFP / Emmanuel DUNAND )

Homme de caractère, le social-démocrate allemand Martin Schulz, qui va quitter la présidence du Parlement européen l'an prochain pour se consacrer à la politique allemande, a considérablement accru la visibilité et le poids de cette institution.

Depuis que le Parlement européen est élu au suffrage universel, en 1979, M. Schulz, 60 ans, est le seul à l'avoir présidé pendant une période aussi longue: presque cinq ans.

Tous ses prédécesseurs n'ont occupé le "perchoir" que pendant une demi-mandature, en application d'un accord entre gauche et droite qui stipule que la présidence revient alternativement à l'un puis à l'autre camp, tous les deux ans et demi.

Il se murmurait qu'il aurait aimé encore prolonger, mais l'idée faisait grincer des dents à la droite de l'hémicycle, qui aspirait à l'alternance.

Avenant et simple, mais aussi autoritaire, voire brutal, cet ancien libraire devenu au fil des ans une "figure" de l'UE, avait échoué à devenir président de la Commission européenne en 2014: les conservateurs avaient battu les socialistes aux élections européennes et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker avait pris la tête de l'exécutif européen.

C'est toutefois pendant cette période que Martin Schulz a acquis une certaine notoriété, particulièrement en Allemagne, lors de duels télévisés plutôt courtois et sans violents affrontements avec son rival Juncker. Les deux hommes s'apprécient.

Après cet échec, M. Schulz a continué à s'efforcer de donner davantage de visibilité au Parlement européen, qu'il connaît parfaitement pour y être élu depuis 22 ans.

Fonceur, ce chauve trapu aux yeux bleu clairs est aussi un homme qui répugne à la langue de bois. "Il faut parler sans ambages pour que les gens nous comprennent", dit-il.

Né le 20 décembre 1955, Martin Schulz a grandi dans les environs d’Aix-la-Chapelle, à cheval sur trois pays: la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. Polyglotte, son français qu'il a notamment pratiqué dans la région de Morlaix, en Bretagne, où il a longtemps passé ses vacances, est si parfait qu'il en maîtrise également l'argot.

- Le 'Kapo' de Berlusconi -

A première vue, rien ne le destinait à la politique. Lycéen dans une institution catholique, ce supporteur du club FC Cologne rêve de devenir footballeur professionnel avant de s'adonner à sa passion pour les livres et devenir libraire à Würselen, dans la banlieue d'Aix-la-Chapelle. Il se consacrera à ce métier de 1982 à 1994.

Mais Martin Schulz est un citoyen engagé, dans les rangs du parti social-démocrate allemand, auquel il adhère à 19 ans. A 31 ans, il devient le plus jeune maire de la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, mandat qu'il exerce pendant 11 ans, avant de faire son entrée au Parlement européen en 1994.

Il y entame une ascension rapide. En 2000, il devient chef de file des députés du SPD, avant d'être élu vice-président du groupe des députés socialistes européens. En 2004, il est porté à la tête de ce groupe, le deuxième du Parlement européen, qui rassemble notamment les élus du SPD allemand, du PS français et du Parti démocrate italien.

On commence alors à remarquer l'élu allemand, à la barbe poivre et sel toujours bien taillée.

Mais sa véritable notoriété doit beaucoup à un coup d’éclat de l’ex-président du Conseil italien Silvio Berlusconi, en 2003, alors que l'Italie présidait l'Union européenne.

Lors d'un débat au Parlement européen, en présence de Silvio Berlusconi, M. Schulz avait évoqué "le virus des conflits d'intérêts". Piqué au vif, le Cavaliere avait répondu qu'il le verrait bien dans le rôle d'un "Kapo".

"Mon respect pour les victimes du national-socialisme m’interdit de vous répondre": très digne, la répartie de Martin Schulz est unanimement saluée.

En quittant le Parlement européen, il retourne aux sources: la Rhénanie du Nord-Westphalie, la région la plus peuplée d'Allemagne (un peu moins de 18 millions d'habitants), très industrialisée, berceau de la Ruhr du charbon et de l'acier et bastion du SPD, dont il mènera la liste l'an prochain.

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