Schäuble s'inquiète d'une hostilité à l'euro en Allemagne

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SCHÄUBLE S'INQUIÈTE D'UNE HOSTILITÉ À L'EURO EN ALLEMAGNE
SCHÄUBLE S'INQUIÈTE D'UNE HOSTILITÉ À L'EURO EN ALLEMAGNE

par Michelle Martin et Gernot Heller

BERLIN (Reuters) - Le soutien à l'euro s'effrite de manière inquiétante en Allemagne en raison de la Grèce et de la décision de la Banque centrale européenne (BCE) de se lancer dans le rachat de dettes souveraines, a déclaré lundi à Reuters le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

Prié de dire s'il sentait monter une hostilité à l'euro chez les Allemands en raison de la situation en Grèce et de la politique monétaire non conventionnelle de la BCE, le dirigeant conservateur a répondu: "Il faut voir le danger, cela ne fait aucun doute."

L'initiative annoncée le 22 janvier par la BCE consistant à injecter plus de 1.000 milliards d'euros sur les marchés via des rachats d'actifs, dont des obligations d'Etat, pour redresser l'inflation dans la zone euro a semé la consternation dans la classe politique, les cercles économiques et les médias allemands.

Le désarroi est d'autant plus marqué au sein du camp conservateur de la chancelière Angela Merkel que cette politique accommodante pourrait aider le parti eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD) à mordre davantage sur son électorat.

Le sentiment est répandu en Allemagne que le programme de la BCE pourrait inciter les pays en difficulté financière comme la Grèce à relâcher leurs efforts en matière de réformes structurelles.

Interrogé dans son bureau à Berlin dans le cadre du sommet zone euro organisé par Reuters, Wolfgang Schäuble dit avoir entendu l'"écho" provoqué en Allemagne par la décision de la BCE.

"Le gouvernement allemand peut seulement faire ce qu'il tente de faire le mieux, c'est-à-dire convaincre que l'intégration économique en Europe au sein de la monnaie commune est dans le meilleur intérêt des Allemands", a-t-il dit.

"CERTAINS DE NOS AMIS POURRAIENT FAIRE PLUS"

L'émergence dans de nombreux pays, après la Grèce, de formations politiques contestant l'orientation économique de l'Union européenne fait "partie du débat démocratique", a poursuivi le ministre allemand des Finances.

"Mais au bout du compte, ce sont les majorités qui doivent décider et en Europe, nous savons que nous pouvons seulement jouer un rôle dans ce monde en rapide évolution si nous sommes ensemble, donc l'Europe doit devenir plus compétitive. L'Allemagne fait sa part mais certains de nos amis pourraient faire plus", a-t-il déclaré.

Wolfgang Schäuble n'a pas désigné ces pays invités à faire davantage mais Angela Merkel a elle-même nommé en décembre la France et l'Italie parmi les pays dont les efforts lui paraissent insuffisants.

Aux yeux du ministre allemand, l'affaiblissement actuel de l'euro, partiellement dû à la politique de la BCE, renforce à court terme la compétitivité de tous les pays de la zone euro mais il aura d'autres conséquences à long terme. Il n'a pas dit lesquelles.

Wolfgang Schäuble a en outre rejeté les reproches visant l'Allemagne, accusée par certains de ses voisins et au-delà de ne pas exploiter suffisamment ses marges de manoeuvres financières pour relancer l'activité dans la zone euro, via notamment des dépenses d'investissement.

PAS DE CHANGEMENTS UNILATÉRAUX AU PROGRAMME GREC

L'excédent de la balance des opérations courantes allemande devrait avoir atteint un nouveau record de 285 milliards de dollars (252,30 milliards d'euros) en 2014, selon un rapport publié lundi par l'institut Ifo.

"Cela a aussi à voir avec la politique monétaire de la BCE et le taux de change", a remarqué Wolfgang Schäuble. "Si nous commençons à avoir un débat sur la croissance des excédents allemands, je dirai 'c'est aussi la conséquence de l'euro faible pour lequel de nombreuses personnes militaient'."

Il a prévenu que Berlin n'accepterait pas de changements unilatéraux au programme d'aide mis en place pour la Grèce, où le nouveau gouvernement emmené par le parti de la gauche radicale Syriza entend remettre en cause la politique d'austérité liée à cette aide et effacer une partie de la dette du pays.

"Nous souhaitons que la Grèce poursuive sur la voie de la réussite, dans l'intérêt du pays et des Grecs, mais nous n'accepterons pas de changements unilatéraux au programme", a dit Wolfgang Schäuble.

Le ministre allemand des Finances rencontrera son homologue grec Yanis Varoufakis dans les jours à venir, mais aucun rendez-vous n'a encore été calé, a déclaré sa porte-parole. Yanis Varoufakis effectue actuellement une tournée des grandes capitales européennes pour militer en faveur d'un nouvel accord entre la Grèce et la "troïka" de ses créanciers (Commission européenne, BCE et Fonds monétaire international).

S'il admet que le terme "troïka" a désormais un "impact symbolique" négatif sur de nombreux Grecs, Wolfgang Schäuble juge que les trois institutions doivent continuer à superviser la mise en oeuvre par la Grèce des conditions associées à leur aide financière. C'est inscrit dans les traités européens et "on ne peut pas les changer", a-t-il dit.

(Benoît Van Overstraeten et Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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