Scandale des manuscrits : des investisseurs dénoncent l'escroquerie

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À la suite de la mise en redressement judiciaire d'Aristophil, des investisseurs déboussolés se regroupent au sein d'une nouvelle association, Adilema. D'autres refusent toujours de croire à l'escroquerie.

Ce vendredi, de nouveaux investisseurs en colère se regroupent pour dénoncer «l'une des plus grosses escroqueries potentielles qu'il y ait jamais eu en France», comme le résume l'avocat Philippe Julien du cabinet PDGB. L'association Adilema, qui a déposé ses statuts le 4 mars 2015, se veut la première association nationale et indépendante regroupant les investisseurs lésés d'Aristophil, la société d'achat et de vente d'anciens manuscrits fondée et gérée par Gérard Lhéritier. L'idée était alléchante: en plus d'un retour sur investissement ultracompétitif, on devient propriétaire en indivision de manuscrits de Proust, Saint-Exupéry... Ce qui poussait certains investisseurs à se revendiquer «défenseurs du patrimoine littéraire.»

«Le système est bien huilé», raconte Xavier, chef d'entreprise, dont les parents ont investi 1,8 million d'euros dans la société. «Le courtier avait réponse à tout, venait les chercher dans sa Jaguar rutilante pour les conduire à Paris au Musée des Arts et des Lettres. Ils avaient l'impression de faire partie d'une élite avertie qui savait placer son argent. Être pour partie propriétaire du Petit Prince, cela les touchait. Ma mère avait une photo du manuscrit».

Rendement de 8% garanti

Attirés par le rendement de 8%, et rassurés en voyant les personnalités politiques et littéraires dont savait s'entourer Gérard Lhéritier (Patrick Poivre d'Arvor était notamment parrain du Musée des Lettres et des Manuscrits), ils sont plus de 18.000 à avoir investi quelques 800 millions d'euros dans la société. Mais ne savent pas aujourd'hui s'ils pourront récupérer leur capital.

«Les investisseurs n'ont pas tant acheté des manuscrits que des actifs avec potentiel de plus-value», explique Me Philippe Julien. «Entre le prix d'acquisition lors des enchères à Sotheby's, Drouot ou Christie's et la mise en indivision, la direction des fraudes (DGCCRF) a constaté un écart moyen de valorisation de l'ordre de 150%. Mais Aristophil absorbait toute la plus-value dès le départ, lors de la mise en indivision. Il proposait ensuite 8% de rendement sur un actif surévalué sur lequel il avait déjà fait un gain moyen de 150%. C'est probablement grâce a cet effet de levier que la société a construit sa fortune».

Il pourrait donc s'agir d'un système de Ponzi, comme le suggère ce témoignage de Françoise, retraitée de 72 ans, qui a investi 40.000 euros en 2009: «Le terme de mon contrat était en octobre 2014, j'ai appelé le directeur régional qui m'a proposé de réinvestir, j'ai trouvé cela curieux, et surtout lorsqu'il m'a dit que pour récupérer mon argent, il faudrait attendre plus que les 6 mois du contrat, le temps qu'ils trouvent d'autres investisseurs».

Mise en garde de l'AMF

L'Autorité des marchés financiers (AMF) avait pourtant mutliplié les mises en garde depuis 2003 sur Aristophil et ces produits en décalage avec ceux du marché, et, qui, parce que non financiers, ne tombent pas sous sa régulation. Le parquet a finalement ouvert une enquête préliminaire courant 2014. Le 19 novembre, le Musée des Lettres et des Manuscrits ainsi que le domicile de Gérard Lhéritier sont perquisitionnés. Le 4 mars 2015, Gérard Lhéritier, son juriste, son expert et sa fille sont mis en garde à vue. Dans le cadre de l'instruction en cours, 100 millions d'euros d'actifs ont été saisis et gelés. La société a été placée en redressement judiciaire et en cessation de paiements. Les investisseurs ont reçu un courrier les invitant à déclarer leurs créances et faire une revendication de propriété. Ils ont jusqu'au 15 mai pour y remédier. Mais comme le souligne Me Philippe Julien, «si l'investisseur déclare mal une créance, il n'a pas le droit de bénéficier de la répartition lors de la liquidation judiciaire».

Création d'une myriade d'associations

Depuis l'éclatement du scandale, une myriade d'associations s'est créée. Mais difficile de s'y retrouver pour les investisseurs. Car beaucoup ont été créées à l'initiative de ces mêmes courtiers qui leur ont distribué les produits Aristophil. «C'est le réflexe des conseillers en gestion de patrimoine (CGP) dans ce type d'affaires», explique encore Me Philippe Julien, qui représente l'association Adilema. «Ils veulent prendre en charge la défense des clients pour éviter qu'ils ne se retournent contre eux, et pour contenir leurs velléités. Il y a d'ailleurs des soupçons d'abus de faiblesse dans beaucoup de dossiers».

Malgré tout, certains investisseurs ne croient pas à l'escroquerie. «Leur conseiller leur dit qu'il n'y a aucun problème, ils vont toucher l'argent en août», explique Xavier Deroche, fondateur d'Adilema. «Il y a trois semaines encore, le courtier de mes parents leur a dit que c'était un coup monté de l'État. Il leur a même dit que les Chinois devaient rentrer dans le patrimoine. Qu'un non-lieu allait arriver, que la presse allait être attaquée en diffamation». Reste aussi le cas extrême de ceux qui défendent indéfectiblement Aristophil comme l'association «Notre culture, notre patrimoine Aristophil».

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