Saur en appelle au FSI contre le projet de reprise de Séché

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par Julien Ponthus

PARIS (Reuters) - La direction de Saur, numéro trois français de l'eau, a averti le Fonds stratégique d'investissement que son éventuelle prise de contrôle par Séché Environnement risquerait de mettre sa survie en péril.

Le projet pourrait compromettre la situation financière de l'entreprise, selon un courrier adressé au directeur général du Fonds stratégique d'investissement (FSI), son premier actionnaire, et signé par l'ensemble du comité exécutif de Saur, dont Reuters a pu obtenir une copie mercredi.

"Les risques financiers que créerait un changement de contrôle de la gouvernance ou même la prolongation de la déstabilisation de l'entreprise (...) sont de nature à mettre en jeu nos covenants (convention de crédit bancaire) à court terme avec des conséquences extrêmement graves sur le coût de notre endettement", explique la direction.

"Pour poursuivre son développement, la Saur a besoin de stabilité et de continuité dans la gouvernance. Les banques, avec lesquelles nous devrons prochainement négocier un refinancement le souhaitent également", expliquent encore les dirigeants de Saur.

"Nous constatons que les avantages initialement escomptés (d'une prise de contrôle par Séché) se révèlent chimériques", écrit la direction dans cette lettre datée du 29 novembre, expliquant que les espoirs de synergies entre les deux groupes ne sont pas fondées.

MISE EN DANGER DE L'ENTREPRISE

"Il serait très difficile pour l'équipe de direction comme pour le personnel de la Saur de comprendre que l'actionnaire public concoure à cette mise en danger de l'entreprise", concluent les cadres dans leur missive au FSI.

Selon Le Parisien, le ministère de l'Industrie soutient la prise de contrôle de Saur par Séché mais le FSI s'y oppose.

Pour le journal Les Echos, le nouveau patron du FSI, Jean-Yves Gilet, subirait des pressions de l'Elysée pour accepter un montage financier qui lui est défavorable.

La Caisse des dépôts, le FSI, le ministère de l'Industrie, Séché Environnement et la Saur n'ont pas souhaité faire de commentaires à Reuters mercredi sur le dossier.

Le capital de Saur est détenu par un consortium d'actionnaires composé du FSI (38%), de Séché (33%), d'Axa Private Equity (17%) et de Cube (12%), un fonds d'infrastructures géré par la banque d'affaires française Natixis.

Séché dispose d'une option d'achat de 18% du capital de Saur auprès du FSI, dont l'exercice lui assurerait la majorité, mais sa petite taille ainsi que ses capacités financières limitées posent problème.

En 2010, Saur, qui revendique 10.000 collectivités sous contrat en France et emploie 13.000 personnes, a réalisé un chiffre d'affaires de 1,55 milliard d'euros, contre 402 millions d'euros pour Séché.

Parallèlement, alors que Séché affiche une valorisation boursière de 240 millions d'euros, Saur affiche une dette de plus de deux milliards d'euros selon Les Echos, dette qu'elle devra bientôt renégocier avec ses créditeurs.

LE PRÉCÉDENT HEULIEZ

Un affrontement entre le FSI et le gouvernement pourrait se transformer en test de crédibilité pour Jean-Yves Gilet.

Son prédécesseur, Gilles Michel, avait dû affronter en 2009 une forte pression politique pour imposer ses conditions pour renflouer l'équipementier automobile Heuliez.

Le sauvetage de ce dernier avait suscité une forte médiatisation après les mobilisations, notamment, de la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal, et du ministre de la Relance de l'époque, Patrick Devedjian.

Beaucoup d'observateurs y avaient vu un moment clé pour le FSI, dont certains critiques prévoyaient qu'il deviendrait rapidement une sorte de "voiture balai" de l'industrie françaises aux ordres du gouvernement.

Certains commentateurs suggèrent aussi qu'une pression trop appuyée de l'Elysée sur le dossier Saur pourrait déclencher une polémique dans le sens où l'Etat pourrait être accusé de subventionner avec l'argent des contribuables, l'émergence d'un nouvel acteur privé dans un service public comme l'eau.

Ces personnes font aussi remarquer que les concurrents de Saur, Veolia Environnement et Suez Environnement, pourraient aussi accuser l'Etat de faire financer sur fonds publics l'émergence d'un concurrent.

Lancé au plus fort de la crise par Nicolas Sarkozy fin 2008, le FSI a une capacité d'investissement d'environ deux milliards d'euros par an.

Il vise à prendre des participations minoritaires dans des entreprises à fort potentiel ou dont l'activité est considérée comme stratégique pour la France.

Il a investi près de six milliards d'euros dans des entreprises de toutes tailles, allant de Technip, Valeo, Vallourec, Nexans et Limagrain pour les plus grandes, jusqu'à de grosses PME familiales comme Daher (aéronautique) ou Grimaud (agroalimentaire)

édité par Marc Angrand

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