Sarkozy joue "tapis", baroud d'honneur ou dernière chance ?

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Sarkozy joue "tapis", baroud d'honneur ou dernière chance ?
Sarkozy joue "tapis", baroud d'honneur ou dernière chance ?

par Emmanuel Jarry et Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - Comme un joueur de poker au bout de la nuit, Nicolas Sarkozy jouera cette semaine son "tapis" avec sa "vraie fête du travail" du 1er mai et son duel télévisé de mercredi soir contre François Hollande, pour tenter d'arracher in extremis sa réélection.

A l'orée de la dernière semaine de campagne présidentielle, le candidat socialiste, arrivé en tête du premier tour et favori des sondages pour le second, paraît avoir la meilleure main.

Les enquêtes sur les intentions de vote créditaient avant le week-end François Hollande de 54% à 55% des voix, une fourchette qui n'a guère varié depuis le début de la campagne.

"Tout va se jouer entre le 1er et le 2 mai", confie un haut responsable de l'UMP, le parti du chef de l'Etat sortant. "Le rassemblement (du 1er mai) plus le débat vont faire évoluer les choses. Vous dire dans quel sens, c'est une autre affaire."

Confiant dans ses talents de débatteur, Nicolas Sarkozy a bien tenté de bluffer, en proposant trois face-à-face télévisés au lieu d'un et un débat inédit à la radio. Mais le candidat du PS est resté impavide et fidèle à sa stratégie d'évitement.

Plus que jamais challenger et sur la défensive face à un François Hollande posant de plus en plus en futur chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy s'est enfermé dans une double stratégie qui trouble la partie la plus modérée de sa majorité.

Il s'est lancé dans une chasse aux voix des 6,5 millions d'électeurs qui ont voté pour la candidate du Front national, Marine Le Pen, au premier tour.

C'est encore à eux qu'il devrait s'adresser mardi lors de cette "vraie fête du travail" convoquée au Trocadéro, dans le très bourgeois XVIe arrondissement, face au traditionnel défilé organisé par les syndicats entre Denfert-Rochereau et Bastille.

MAUVAIS JOUEUR

L'occasion une fois encore de pourfendre l'"assistanat" et de distinguer les Français exposés à la crise et la concurrence, "qui travaillent dur (et) qui souffrent", de ceux qui jouissent du "statut" protecteur de la fonction publique.

C'est aussi mardi que Marine Le Pen dira si elle donne une consigne de vote et laquelle à ses électeurs, lors de l'hommage rendu chaque 1er mai à Jeanne d'Arc par le FN.

Parallèlement, et au risque de paraître mauvais joueur, le chef de l'Etat n'a eu de cesse de se poser en victime de règles de campagne qui l'ont contraint, dit-il, à être "seul contre neuf" au premier tour, ou de commentateurs et d'un "système médiatique" accusés de lui intenter des "procès staliniens".

"Ils sont tous contre nous et pourtant (...) je sens monter une mobilisation extraordinaire, je sens bouillir la France profonde", lançait-il jeudi au Raincy, en Seine-Saint-Denis.

Nombre de responsables et d'élus, pourtant, ne croient plus à la victoire. Et ceux qui veulent encore y croire mettent en avant tant de conditions que leur conjonction relève du pari.

Un membre de la direction de l'UMP juge nécessaire que 75% des électeurs qui ont voté Marine Le Pen reportent leurs voix sur Nicolas Sarkozy mais mise aussi sur un report de cinq des 9% de suffrages du candidat du Modem, François Bayrou.

Or plus le chef de l'Etat convoite les voix FN, plus il risque d'effaroucher les électeurs centristes. Le débat de mercredi sera donc "décisif", juge ce spécialiste des élections, car c'est la dernière chance pour Nicolas Sarkozy de s'adresser directement à cet électorat pour y susciter un "déclic".

Reste la mobilisation des abstentionnistes et des indécis, auxquels le président-candidat a lancé des appels pressants en brandissant le spectre d'une régularisation massive des immigrés illégaux, du vote des étrangers et d'un effondrement économique à la grecque ou à l'espagnole si François Hollande est élu.

"On peut encore avoir 1% ou 2% de votants en plus", estime le responsable de l'UMP, pour qui le débat de mercredi peut aussi faire basculer 300.000 à 600.000 hésitants.

L'EFFET TSS

"Mais il y a un bémol à tout ça", ajoute-t-il. "Il y a l'effet TSS, 'Tout sauf Sarkozy', dans l'opinion publique et les médias. Quelle ampleur ça aura ? On ne le mesure pas, c'est la part d'irrationnel, même dans un certain électorat de droite."

La plupart des analystes estiment en outre limité l'impact réel du face-à-face télévisé de l'entre-deux tours.

"En général ça ne déplace pas massivement les lignes parce que les électorats sont déjà très cristallisés", explique le directeur du centre de recherche de Sciences Po Paris (Cevipof).

L'effet "statistiquement marginal" du débat ne peut être décisif que si le rapport de forces est très serré, comme en 1974 quand Valéry Giscard d'Estaing a battu de moins de 500.000 voix le socialiste François Mitterrand, ajoute Pascal Perrineau.

Pour lui aussi, cependant, "ce débat est un peu la dernière chance" de Nicolas Sarkozy, qui aura une "carte à jouer" en termes d'image : "Sur le régalien, la présidence de crise, la capacité à prendre des décisions difficiles, Hollande reste nettement derrière lui et doit faire ses preuves."

Tel ministre espère aussi que le face-à-face permettra aux Français de "changer de regard" sur le programme du candidat PS. "Si on réussit à sortir du débat sur l'image et le bilan, il reste une toute petite chance de l'emporter", dit-il.

Mais la députée UMP Chantal Brunel craint que l'attente du camp Sarkozy concernant ce débat soit "trop grande" - "J'espère qu'il n'y aura pas de déceptions. Cette attente me fait peur."

Un renversement de situation "supposerait une telle capacité de convaincre de Nicolas Sarkozy que ça paraît vertigineux", renchérit Gaël Sliman, de l'institut de sondage BVA.

"Sarkozy est admirable de courage, il en bave", soulignait ces jours-ci un haut responsable de l'UMP un peu désabusé.

Peut-être faut-il voir dans cette confidence du président-candidat à Radio J un reflet de son état d'esprit à J-7 : "Est-ce que vous croyez que la politique rend heureux ? Si vous croyez ça, c'est que vous ne connaissez pas la politique."

Edité par Sophie Louet

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