Sarkozy a proposé Pérol à la tête de BPCE, dit Guéant

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FRANÇOIS PÉROL A ÉTÉ PROPOSÉ À LA TÊTE DE BPCE PAR NICOLAS SARKOZY, SELON CLAUDE GUÉANT
FRANÇOIS PÉROL A ÉTÉ PROPOSÉ À LA TÊTE DE BPCE PAR NICOLAS SARKOZY, SELON CLAUDE GUÉANT

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - C'est Nicolas Sarkozy qui a proposé en 2009 le nom de François Pérol, secrétaire général adjoint de l'Elysée, pour prendre la tête du groupe bancaire BPCE, a déclaré jeudi Claude Guéant.

L'ex-ministre de l'Intérieur, qui était à l'époque secrétaire général de l'Elysée, était entendu comme témoin au procès pour prise illégale d'intérêts de l'actuel président du directoire de BPCE, maison mère de la banque Natixis.

"Le président (de la République) est celui qui a présenté l'idée de nommer François Pérol à cette fonction", a-t-il déclaré devant le tribunal correctionnel de Paris, indiquant ne pas savoir ce qui avait emporté "sa conviction".

"François Pérol n'avait pas du tout envie de prendre cette fonction", a-t-il ajouté. "Il a ressenti ça comme un devoir, beaucoup plus que comme une satisfaction."

D'après Claude Guéant, Nicolas Sarkozy aussi a dû se faire violence pour proposer le nom de celui qu'il voyait comme un "collaborateur extrêmement précieux", dans un contexte où les Banques populaires et les Caisses d'épargne, en proie à de vives "chamailleries", n'arrivaient pas à se mettre d'accord.

François Pérol est soupçonné d'avoir pris en 2009 la tête de BPCE après avoir été associé "de manière étroite" aux négociations sur la fusion des Banques populaires et des Caisses d'épargne quand il était conseiller auprès de Nicolas Sarkozy.

Il lui est notamment reproché d'avoir émis des avis auprès des autorités compétentes sur le montant de l'aide qui serait accordée au futur groupe, sa structure juridique, l'origine de son dirigeant et le délai d'exécution du rapprochement.

Le rôle et l'influence du président de la République, dont il était le conseiller, est ainsi au coeur des débats.

Claude Guéant a exclu jeudi une responsabilité directe de François Pérol dans le dossier BPCE, estimant qu'il "avait à l'Elysée beaucoup moins de prise qu'un directeur de cabinet du ministre des Finances".

Il a toutefois reconnu que ce sujet "ne laissait pas indifférent" le président, qui s'en était "emparé".

Nicolas Sarkozy "a considéré que le sujet méritait son attention active", a-t-il déclaré. Mais "l'Elysée n'était que le catalyseur."

PAS D'IMPULSION POLITIQUE, SELON NOYER

Avant lui, le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, avait aussi dédouané François Pérol, assurant qu'il n'avait jamais reçu "d'instruction" de la part des pouvoirs publics sur l'aide à apporter aux banques.

L'idée de relancer le processus de mariage entre les deux groupes est sortie de ses propres services et non d'une "impulsion politique", avait-il ajouté.

"Déontologiquement, je n'ai pas eu le sentiment qu'il y avait un problème (avec la nomination de François Pérol), sinon je lui aurais dit", a encore déclaré Christian Noyer.

Interrogé sur la nécessité d'une validation de la présidence, compte tenu du contexte de crise financière et des montants évoqués, le gouverneur de la Banque de France a indiqué qu'il informait régulièrement le secrétaire général de l'Elysée de l'évolution du dossier.

"J'imagine que si le président de la République avait dit qu'il n'était pas question d'aider tel groupe, le ministre des Finances se serait retourné vers ses services", a-t-il dit, reconnaissant qu'il n'était pas "dans le secret des entretiens."

Mais "tout ce que nous avons élaboré techniquement a été repris par le ministère des Finances."

Depuis le début de son procès, lundi, François Pérol conteste toute prise illégale d'intérêts, assurant n'avoir eu aucune "autorité décisionnelle" à l'Elysée.

Quand il recevait les dirigeants des banques, alors en pleine négociation sur leur rapprochement, il ne faisait que leur "taper sur la tête" et "relayer" les messages du ministère des Finances, seul arbitre des décisions liées à leur fusion, a-t-il insisté mercredi.

Son procès est prévu jusqu'au 2 juillet. Il encourt jusqu'à deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

(Edité par Yves Clarisse)

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