"Sans eux, nous serions tous morts": l'hommage aux "héros du Thalys"

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par Morade Azzouz et Alex Dobuzinskis LILLE/LOS ANGELES, 23 août (Reuters) - En se jetant au péril de leur vie sur l'homme qui venait d'ouvrir le feu vendredi en fin d'après-midi à bord du Thalys, Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler, trois jeunes Américains âgés de 22 et 23 ans, ont sans doute évité un carnage et accédé au statut de héros. Leur bravoure, saluée de part et d'autre de l'Atlantique, leur a valu de recevoir samedi soir un coup de téléphone de Barack Obama et d'être invités ce lundi à l'Elysée par François Hollande. Deux autres passagers, un Français et un Britannique, sont également intervenus pour tenter de maîtriser Ayoub el Khazzani. Le premier a été grièvement blessé par le tireur marocain; le second, Chris Norman, 62 ans, a aidé les autres à le ligoter. Touché lui aussi dans la mêlée par des coups de cutter, Spencer Stone est sorti samedi après-midi de la clinique de Lille-Sud, à Lesquin, le bras gauche en écharpe. Ses deux amis, Alek Skarlatos et Anthony Sadler, avaient pu raconter les événements dès vendredi soir dans une brasserie d'Arras. Tous trois ont été entendus samedi par la police. Les trois jeunes Américains se connaissent depuis leur enfance passée en Californie. Le "First Class" Stone, 23 ans, de l'armée de l'air, basé aux Açores, et le soldat Skarlatos, 22 ans, de la Garde nationale dans l'Oregon, sont des militaires, Sadler, 23 ans, un étudiant. Tous trois se trouvaient dans le Thalys 9364 circulant entre Amsterdam et Paris pour une nouvelle étape de leurs vacances en Europe. Il semble que ce soit Stone, gaillard de 1 m 90 et adepte des arts martiaux, qui ait pris le plus de risque. "Il a été le premier à sauter sur le type, c'est lui qui a été entaillé", a confié Sadler à Reuters. "C'est notre ami, alors lorsque nous l'avons vu se lever, nous devions le suivre et l'aider (...) C'était une situation de folie", a poursuivi l'étudiant, inscrit à la Sacramento State University. Sadler ajoute que tout s'est passé très vite après un premier coup de feu, celui qui a blessé le passager français, alors que la Kalachnikov AK-47 du tireur semblait enrayée. "J'ai vu que tout le monde baissait la tête et lorsque je me suis retourné, le tireur venait juste d'entrer dans la voiture avec son AK." Tard vendredi soir, le Britannique Chris Norman, 62 ans, avait expliqué devant la presse: "Alek a dit à Spencer 'Vas-y, occupe-toi de lui'. Spencer s'est précipité et l'a plaqué au sol. Ils ont commencé à maîtriser le terroriste." "Sans Spencer, nous serions tous morts", a-t-il précisé samedi. Les trois Américains ont roué Khazzani de coups jusqu'à ce qu'il perde connaissance. Aidé du passager britannique, ils l'ont ligoté puis ont porté assistance au passager français. "CES HOMMES SONT DES HÉROS" Barack Obama, qui avait salué dès vendredi soir leur "acte héroïque", les a appelés samedi soir au téléphone pour leur dire "combien l'ensemble des Américains étaient fiers de leur courage extraordinaire", a rapporté la Maison blanche. "Ces hommes sont des héros", a déclaré le général Philip Breedlove, commandant suprême des forces de l'Otan en Europe. François Hollande, qui s'est entretenu samedi matin au téléphone avec eux, les recevra lundi matin à l'Elysée afin de leur "témoigner la gratitude de la France", a annoncé la présidence française. La SNCF va quant à elle aider leurs familles à venir en France si elles le souhaitent. Joint par téléphone chez lui, à San Jose, en Californie, Tim Eskel, l'oncle du "First Class" Stone a dit combien toute sa famille était fière de lui. "Spencer est quelqu'un de très courageux, il a un coeur énorme", a-t-il ajouté. Emanuel Skarlatos, le père d'Alek, se réjouissait lui que les choses aient bien tourné. Son fils rentrait d'une affectation en Afghanistan. "Un gars rentre d'Afghanistan et doit livrer bataille en vacance dans un train en France...", dit-il, interdit. Quant à Anthony Sadler Sr, le père du troisième de la bande, il dit éprouver toujours des difficultés à réaliser ce qui s'est passé vendredi à bord du Thalys. "Mais nous sommes fiers de lui et nous sommes très reconnaissants envers Dieu qu'il n'ait été ni touché, ni tué", dit ce pasteur de 57 ans qui officie à l'église baptiste de Shiloh, à Sacramento. (avec Lucien Libert et Chine Labbé à Paris, Laila Kearney à New York et Fiona Ortiz à Chicago; Henri-Pierre André pour le service français)

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